CHAPITRE XX
Un ordre du ciel fait chercher un époux pour la très sainte Vierge.
Cependant Marie continuait d’obéir dans le temple aux pieuses matrones chargées de la conduire. Broder les tentures du temple et les vêtements sacerdotaux, prendre soin de la propreté de ces vêtements et de tous les objets du culte, tels étaient les travaux ordinaires de Marie et de ses compagnes. Chacune d’elles avait sa cellule où elle priait et méditait. Ainsi vivaient-elles jusqu’à ce qu’elles eussent atteint l’âge nubile : on leur cherchait alors un époux. Il y avait, chez les pieux Israélites, comme une sorte de pressentiment que le mariage d’une de ces vierges devait concourir un jour à l’avènement du Messie. Et c’est ce qui en poussait beaucoup à conduire leurs filles au temple et à les consacrer à Dieu. Marie vécut ainsi dans le temple jusqu’à quatorze ans. C’était l’âge où elle devait en sortir pour se marier ; sept de ses compagnes devaient quitter le temple avec elle.
Elle reçut alors une visite d’Anne, sa mère. Joachim, son père, ne vivait plus, et Anne, sur un ordre du Ciel, avait épousé un second mari. Lorsqu’on annonça à Marie qu’elle devait quitter le temple et prendre un époux, elle parut toute troublée ; elle répondit au prêtre qu’elle désirait demeurer au temple ; qu’elle avait fait vœu de n’appartenir qu’à Dieu, et que le mariage n’avait aucun attrait pour elle.
Puis elle rentra dans sa cellule et pria quelque temps avec une ferveur extrême. Elle priait encore quand elle se sentit prise d’une soif dévorante ; elle descendit alors à une sorte de fontaine ou de réservoir, afin d’y puiser un peu d’eau. Elle y était à peine, qu’une voix d’en haut se fait entendre à elle, la console, la fortifie, et lui dit ne pas craindre d’accepter l’époux qui lui sera donné. Marie ne voyait rien, mais elle entendait parfaitement la voix.
Dans le même temps, un prêtre d’une extrême veillesse était porté par d’autres prêtres dans le Saint des saints : c’était sans doute le grand pontife. Pendant qu’on offrait l’encens près de lui, il lisait des prières sur un rouleau. Tout à coup il est ravi en esprit : une main mystérieuse lui apparaît et lui montre sur le livre le passage suivant d’Isaïe : « Une branche sortira de la racine de Jessé, et une fleur naîtra de sa tige » (Isaïe, XI, 1.) Quand le vieux prêtre revint à lui, il lut le passage indiqué, et il en comprit le sens profond.
Bientôt on vit des messagers se rendre de tous côtés dans les pays environnants. Ils convoquaient au temple tous les hommes de la race de David qui n’étaient pas mariés. Un grand nombre vinrent, et on leur présenta Marie. Parmi eux se faisaient remarquer un jeune homme de Bethléem animé du plus vif désir d’obtenir la main de la jeune vierge. Il était singulièrement pieux et ne cessait depuis longtemps de demander à Dieu, avec une grande ferveur, l’accomplissement des promesses.
Cependant Marie retourna dans sa cellule, où elle versa d’abondantes larmes : elle ne pouvait se faire à l’idée qu’elle dût jamais cesser de demeurer vierge.
Pendant ce temps, le grand prêtre, inspiré d’en haut, distribuait des branches à tous les prétendants : par son ordre chacun marqua de son nom propre le rameau qui lui était donné, et le tint à la main pendant la prière et le sacrifice. Toutes ces branches furent ensuite rassemblées et placées sur un autel devant le Saint des saints, et il fut déclaré que celui dont la branche fleurirait était l’homme désigné par Dieu pour être l’époux de Marie de Nazareth.
Cependant on continuait le sacrifice et la prière. Le jeune homme de Bethléem priait, les bras étendus et à grands cris, dans une des salles du temple. Quelles larmes brûlantes ne versa-t-il pas lorsque, après le temps marqué, on leur rendit les branches, en leur disant qu’aucune n’avait fleuri, et qu’aucun d’eux n’était désigné par Dieu pour devenir l’époux de la jeune vierge ! Tous les autres retournèrent chez eux, mais le jeune homme prit le chemin du Carmel. Il y demanda asile aux anachorètes qui y vivaient depuis Élie, et il continua de prier avec eux pour l’accomplissement de la promesse La tradition le nomme Agabus, et dans le tableau de Raphaël appelé vulgairement Sposalizio, il est représenté sous la figure d'un jeune homme qui brise un bâton sur son genou. .
Les prêtres cherchèrent de nouveau dans la généalogie de David s’il n’y avait pas quelque autre descendant qu’ils n’eussent point remarqué. Ils y trouvèrent inscrite une famille de Bethléem composée de six frères, dont l’un, nommé Joseph, était depuis longtemps disparu. Ils le firent chercher, et on le trouva bientôt, travaillant chez un nouveau maître, dans un village situé près de Samarie, sur le bord d’une petite rivière.