CHAPITRE XIX

Vie de la sainte Vierge au temple.

J’ai vu souvent Marie debout sur l’escabeau de sa chambre, un rouleau à la main et lisant des prières. On ne pouvait la regarder sans émotion : elle portait une robe à raies blanches et bleues et à fleurs jaunes ; elle était d’une adresse au-dessus de son âge, et ourlait, dès le commencement, du linge blanc pour les prêtres. Ainsi grandit-elle dans l’étude, le travail et la prière. Elle filait, tissait, tricotait pour le service du temple, lavait les linges et nettoyait les vases. Je la vis souvent en prière et en méditation. Comme tous les saints, elle ne mangeait que pour se soutenir, et jamais d’autres mets que ceux dont son vœu lui permettait l’usage.

Outre les prières prescrites, Marie, dévorée du désir de la Rédemption, en faisait de continuelles ; sa vie n’était qu’une prière intérieure incessante ; mais elle faisait tout modestement et en secret. C’était, par exemple, à l’heure où tout le monde dormait qu’elle se levait et priait Dieu. Les larmes accompagnaient souvent sa prière, et elle paraissait environnée comme d’une auréole. Elle se voilait alors, et elle baissait pareillement son voile chaque fois qu’elle parlait aux prêtres ou qu’elle descendait dans une des salles adossées au temple, pour recevoir sa tâche ou apporter son ouvrage. Ses oraisons n’étaient qu’une extase continuelle. Ravie au-dessus de la terre, elle avait l’âme comme attachée à la source des consolations divines. Ses soupirs, aspirant à l’accomplissement de la promesse, étaient d’une véhémence inexprimable ; et cependant son humilité lui permettait à peine le désir d’être la dernière des servantes de la Mère du Rédempteur.

La maîtresse de Marie, Noémi, était âgée de cinquante ans. Elle était affiliée aux Esséniens, ainsi que les autres femmes attachées au service du temple. Marie apprenait d’elle à travailler. Elle lui aidait à nettoyer le linge et les vases tachés par le sang des victimes ; elle préparait la nourriture des prêtres et des femmes du temple. Plus tard, elle prit une part encore plus active à ces travaux. Zacharie la visitait quand venait son tour de remplir les fonctions sacerdotales ; Siméon la connaissait aussi.

La haute vocation de Marie ne pouvait rester entièrement ignorée des prêtres. Il y avait en elle, même à cet âge tendre, une telle grâce, une telle sagesse, un tel ensemble de conduite et de manières si extraordinaire, que toute son humilité ne pouvait parvenir à les cacher. Aussi beaucoup de vieux et saints prêtres écrivaient déjà sur des rouleaux ce qui lui arrivait et ce qu’ils voyaient en elle.