CHAPITRE XI
Rencontre de Joachim et d’Anne sous la porte Dorée.
C’était sur un avis du Ciel que Joachim avait été introduit dans le sanctuaire. Ce fut encore par une inspiration divine qu’on le conduisit dans un passage consacré et souterrain qui aboutissait à la porte Dorée. Ce passage servait quelquefois à des personnes qui venaient demander la bénédiction au sujet d’une union stérile. Il servait aussi pour des purifications, des absolutions, des expiations et autres rites ou pratiques de ce genre.
Anne était aussi arrivée au temple avec sa servante, qui portait, dans des corbeilles à jour, les colombes à offrir. Elle remit son offrande à un prêtre auquel elle fit part de l’apparition de l’ange, et de l’ordre qu’il lui avait donné d’aller trouver son mari sous la porte Dorée. Alors d’autres prêtres et plusieurs femmes vénérables, dont une prophétesse (la prophétesse Anne peut-être), la conduisirent à une autre entrée du même passage consacré, puis s’éloignèrent et la laissèrent seule. Les murs du passage brillaient d’un reflet vert et or ; une lumière rougeâtre y pénétrait d’en haut et laissait voir de belles colonnes, pareilles à des arbres, et à des ceps de vigne entourés de guirlandes.
Une de ces colonnes s’élevait comme une tige de palmier, avec des branches pendantes ornées de fleurs. Ce fut là que Joachim fit la rencontre d’Anne, toute rayonnante de joie. Ils s’embrassèrent dans un mouvement de sainte allégresse, et se firent part de leur commun bonheur. Une nuée lumineuse les environna, et ils tombèrent en extase. Cette lumière rayonnait sur eux du sein d’une troupe nombreuse d’anges, planant sur leurs têtes et portant une haute tour, toute resplendissante, semblable à la tour de David ou à la tour d’ivoire. Puis cette tour disparut, et une immense auréole vint couronner Anne et Joachim.
Il fut alors montré que la conception de Marie avait été aussi pure, par la grâce, que l’eût été, sans la chute originelle, toute conception humaine. Dans le même temps, j’eus aussi une autre vision dont il m’est impossible de faire comprendre la grandeur. Le ciel s’ouvrit au-dessus des deux époux, et je vis la joie au sein de la Trinité et dans les rangs des anges, et nul d’entre eux ne restait étranger à cette bénédiction mystérieuse.
Cependant Anne et Joachim s’éloignèrent en louant Dieu, et arrivèrent à une sortie située non loin de la porte Dorée. Là des prêtres les accueillirent et les conduisirent hors de l’enceinte du temple.
Joachim ne fut pas plutôt de retour à Nazareth qu’il fit un festin de réjouissance ; il offrit son pain à des pauvres sans nombre, et répandit partout les plus abondantes aumônes. Les deux époux étaient tout entiers à leur joie, pleins de reconnaissance envers Dieu et du souvenir de ses miséricordes. Je les vis souvent prier, et toujours les larmes se mêlaient à leurs prières.
J’appris que la sainte Vierge fut engendrée dans une pureté parfaite et sous l’unique impulsion de la sainte obéissance ; dans la ferveur qui les animait, sans un ordre envoyé d’en haut, ils eussent gardé une inviolable continence. Je compris en même temps quelle immense influence la pureté, la chasteté, la réserve des parents, exercent sur la sainteté de leurs enfants, et combien de germes de mauvaises passions détourne du fruit conçu la continence des époux après la conception. Je vis toujours dans l’incontinence et dans l’excès la racine de la difformité et du péché.