CHAPITRE X

Joachim reçoit la bénédiction de l’Arche d’alliance.

L’ange toucha de l’index et du pouce, comme pour l’oindre, le front de Joachim ; il lui fit manger d’un aliment lumineux et boire d’une liqueur transparente, contenue dans une petite coupe brillante, d’une forme semblable à celle du calice de la sainte Cène. Et Joachim devint pur de toute concupiscence et de toute corruption.

Je vis ensuite l’ange lui communiquer le plus haut degré et la plus sainte fleur de cette bénédiction donnée par Dieu à Abraham, transmise au moyen du saint et mystérieux objet de l’arche d’alliance, et devenue avec lui le siège de Dieu au milieu de son peuple.

Lorsque Dieu donna sa bénédiction à Abraham, il l’en fit comme le dépositaire, bénissant par lui le peuple futur dont il le consacrait père, préparant en lui ces pierres vivantes qu’il devait en tirer et qu’il destinait à la construction de son temple. Mais lorsque Joachim la reçut, c’était comme si l’ange retirait du tabernacle de ce temple le gage sacré de la bénédiction et le donnait à un prêtre, pour en faire le vase saint dans lequel le Verbe devait être fait chair. Mais ces choses sont inexprimables, car il s’agit de la sainteté sans tache souillée par l’homme au jour de sa chute.

Dès mes plus tendres années, j’eus de nombreuses visions des choses de l’ancien testament ; j’ai vu souvent l’arche d’alliance, et j’ai toujours remarqué que tout y était comme dans une église parfaite, seulement avec un caractère surnaturel de gravité et de crainte de Dieu. Elle renfermait, non seulement les tables de la loi, c’est-à-dire la parole gravée par le doigt du Seigneur, mais une présence sacramentelle du Dieu vivant ; et cette présence était comme la racine du vin et du froment, la source de la chair et du sang de la grande victime de la Rédemption. C’était la bénédiction dont la grâce a produit, avec la coopération d’une foule sans nombre de saints et pieux personnages, la tige parfaite, la tige dont devait sortir la fleur de toute pureté. Dans cette fleur le Verbe s’est fait chair ; dans cette fleur un Dieu s’est fait homme, le Dieu qui nous a laissé sa chair et son sang, qui a voulu rester avec son humanité et divinité dans le sacrement de la nouvelle alliance, et mettre là pour l’homme la source de la vie éternelle. L’arche d’alliance n’était jamais sans cette présence sacramentelle de Dieu, sinon quand elle tombait dans les mains des ennemis d’Israël ; car alors ou le grand prêtre ou un prophète retirait l’objet symbolique auquel s’attachait cette bénédiction. Alors l’arche d’alliance, privée du mystère et réduite aux tables de la loi, ne faisait absolument le même effet que le temple des Samaritains sur le mont Garizim, ou, dans les temps modernes, ces temples dans lesquels, à la place des tables de la loi écrite de la main de Dieu, on trouve non la sainte Eucharistie, mais l’Écriture abandonnée aux capricieuses interprétations de l’homme La narratrice, dans le cours de ses nombreuses contemplations, moitié historiques, moitié symboliques sur l'ancien et le nouveau Testament, fit sur cette bénédiction plusieurs communications, dont nous présenterons ici quelques-unes dans un ordre chronologique. "Ce fut, dit-elle, cette bénédiction avec laquelle et par laquelle Eve fut tirée du côté droit d'Adam. Je la vis retirée à Adam par la providence miséricordieuse de Dieu lorsqu'il était au moment de consentir au péché. Abraham la reçut de nouveau par le ministère des anges, après l'institution de la circoncision, en même temps que la promesse de la naissance d'Isaac ; elle fut transmise par lui, dans une cérémonie solennelle et sacramentelle, à son premier né Isaac, et par celui-ci à Jacob. Cette bénédiction fut enlevée par Jacob à l'ange qui lutta avec lui, et elle passa à Joseph, en Égypte. Enfin, elle fut prise de nouveau par Moïse, dans la nuit de la sortie d'Égypte, enlevée avec les ossements de Joseph, et elle fut ensuite placée dans l'arche comme le trésor sacré du peuple de Dieu." — Ce n'était pas sans scrupule et sans inquiétude que nous avons rédigé, pour les livrer à l'impression, ces explications de la sœur, lorsque nous apprîmes que, dans le livre appelé Sohar (qui a été rédigé dans le second siècle de l'ère chrétienne, mais qui contient des parties beaucoup plus anciennes), on retrouve presque mot pour mot ce qu'elle dit ici et ailleurs sur le mystère de l'ancienne arche d'alliance. (Note du pèlerin.) .

Enfin l’ange reconduisit Joachim dans le saint, et disparut. Lorsque les prêtres rentrèrent, ils le trouvèrent couché par terre sans connaissance, mais la face toute rayonnante de joie. Ils le relevèrent avec respect, le portèrent dans le parvis, et le placèrent sur un siège où les prêtres seuls avaient coutume de s’asseoir. On lui lava le visage et on lui fit prendre un breuvage fortifiant ; et, revenu à lui, il parut comme animé d’une nouvelle jeunesse, plus fort et plus beau que jamais.