CHAPITRE VIII

Anne reçoit la promesse de fécondité, et se rend au Temple.

Joachim fut tellement contristé et confus de ce qui était arrivé au Temple qu’il ne fit rien dire à Anne de sa retraite. Mais elle apprit l’outrage par des témoins, et ressentit une douleur impossible à décrire. Souvent on la voyait prosternée jusqu’à terre, et toute en larmes ; il lui était insupportable de ne savoir où était Joachim, car il resta cinq mois entiers caché dans ses pâturages de l’Hermon.

Vers la fin de ce temps, Anne eut encore à endurer les insolences d’une servante qui osa plus d’une fois lui reprocher sa honte. Un jour, c’était au commencement de la fête des Tabernacles, cette servante demanda la permission d’aller ailleurs la célébrer. Anne, se souvenant de celle qui jadis avait été séduite, refusa. La jeune fille alors lui reprocha si vivement sa stérilité et l’abandon de son mari, comme un châtiment attiré par sa dureté, qu’elle ne put l’endurer davantage dans sa maison. Elle la renvoya à ses parents, auxquels elle fit en même temps porter quelques présents, et dire qu’ils eussent désormais à veiller sur l’innocence de leur fille ; car, pour elle, elle n’en voulait plus répondre.

Quand Anne eut congédié sa servante, elle entra dans sa chambre, l’âme pleine de tristesse, et se mit à prier. Le soir venu, elle jeta sur sa tête un grand voile, descendit dans la cour et se rendit vers l’arbre dont le feuillage retombait en berceaux de verdure : elle alluma une lampe et se mit à lire des prières écrites sur un rouleau.

Anne pria longtemps sous cet arbre qui ressemblait beaucoup à l’arbre défendu du paradis terrestre, conjurant le Seigneur de ne pas tenir plus longtemps éloigné d’elle son pieux époux : n’était-elle pas assez punie déjà par sa stérilité ? Tout à coup un ange de Dieu lui apparut, disant : « Tiens ton cœur en paix, Dieu a exaucé ta prière ; rends-toi demain au Temple pour y offrir des colombes ; Dieu a pareillement exaucé la prière de Joachim ; il ira au Temple de son côté ; vous vous rencontrerez tous deux sous la porte Dorée ». Et l’ange ajouta : « L’offrande de Joachim sera acceptée, et tous les deux vous serez bénis ; tu connaîtras bientôt le nom de ton enfant. J’ai porté à ton époux la même bonne nouvelle ». A ces mots, il disparut.

Anne, ravie de joie, bénit Dieu de ses miséricordes. Elle rentra dans sa maison, fit avec ses servantes les préparatifs du voyage, et après une courte prière elle se coucha.

A peine eut-elle fermé les yeux, qu’une vive lumière parut descendre des cieux vers elle, et prit, en s’approchant, la forme d’un jeune homme resplendissant de beauté : c’était encore l’ange du Seigneur. Il lui dit qu’elle concevrait une enfant toute sainte, et, portant au-dessus d’elle son bras étendu, il écrivit sur le mur, en grandes lettres lumineuses, le nom de Marie ; puis il rentra dans la lumière et disparut. Pendant ce temps, le cœur d’Anne semblait comme agité par les émotions d’un songe joyeux ; elle se releva à demi éveillée sur sa couche, pria avec ferveur et se rendormit, sans avoir une pleine conscience de ce qui s’était passé. Mais, après minuit, une sorte d’ivresse intérieure la tira tout à fait de son sommeil et elle vit avec une joie mêlée de frayeur, l’écriture sur la muraille. C’était un petit nombre de lettres grandes, rouges, dorées, et lumineuses. Elle les contempla, pénétrée d’un contentement et d’un amour indicibles. Ce ne fut qu’au lever de l’aube qu’elles s’effacèrent, Anne vit tout si clairement et sa joie en fut telle, qu’à son lever elle me parut toute rajeunie.

Au moment où la lumière de l’ange se répandit sur Anne avec la bénédiction, j’aperçus, sous son cœur, une lueur splendide qui la désignait comme le vase béni de la grâce prête à descendre, comme la sainte mère dans laquelle un autel était préparé, un tabernacle ouvert, pour recevoir et garder dignement le saint et primitif ciboire, dépositaire de la vie et du salut universels. Anne avait alors environ quarante-trois ans.

Anne se leva, alluma une lampe et, après avoir fait ses prières, elle partit pour Jérusalem avec ses offrandes. Quoi qu’elle seule eût connaissance de l’apparition de l’ange, le lendemain tous ses serviteurs parurent remplis d’une joie surnaturelle.