CHAPITRE IV
Aïeux et parents de sainte Anne.
Et j’ai vu ce qui suit : La grand’mère d’Anne était de Mara, dans le désert. Sa famille, qui comptait parmi celles des Esséniens mariés, y possédait un bien. Son nom me fut révélé : c’était quelque chose comme Marouni ou Emoroun. On me dit aussi qu’il signifiait bonne mère ou auguste mère. Lorsque vint le temps qu’elle dut prendre un époux, beaucoup de prétendants se présentèrent ; elle se rendit chez le prophète Archos, afin qu’il décidât de son choix. On la reçut dans une petite pièce retirée attenant à la grande salle de réunion, et ce fut là qu’elle s’entretint avec Archos, qui lui parlait de la salle à travers une grille. On eût dit un confesseur entendant une accusation. Ce n’était que de cette manière qu’il était permis aux Esséniens cénobites de s’entretenir avec les femmes.
Un peu après, je vis le prophète Archos prendre ses ornements sacrés, monter quelques degrés vers le sommet de l’Horeb, et entrer dans la grotte d’Élie. Il ferma derrière lui la porte de la grotte et ouvrit un passage à la lumière.
Cette grotte renfermait un objet sacré, singulièrement précieux, qui avait appartenu aux très saints mystères de l’arche d’alliance. Les Esséniens l’avaient acquis dans un moment où l’arche était tombée entre les mains des ennemis. Cet objet mystérieux, transmis avec une sorte de terreur sainte et caché dans l’arche, n’était connu que de quelques prophètes et des plus saints parmi les grands prêtres. Il me semble pourtant que d’anciens Juifs en ont parlé dans des livres secrets et peu connus En juillet 1840, environ vingt ans après cette communication, lorsqu'il était au moment de la livrer à l'impression, l'écrivain apprit d'un hébraïsant que le livre cabalistique appelé Sohar contient plusieurs choses qui s'y rapportent. . Cet objet n’avait pas une origine humaine : c’était quelque chose de mystérieux, un instrument secret et saint de cette bénédiction dont le fruit devait être la Vierge pleine de grâce, la Vierge dans laquelle le Verbe s’est fait chair par l’opération du Saint-Esprit. Avant la captivité, cet objet avait été tout entier dans l’arche d’alliance. La partie qui était échue aux Esséniens était conservée par eux dans un calice brun qui brillait de l’éclat d’une pierre précieuse. Ils s’en servaient pour prophétiser. Il y avait eu autrefois, parmi ceux qui portaient l’arche, des ancêtres d’Anne de la plus haute piété. Ils recevaient de l’objet sacré qui y était contenu des rayons qui s’étendaient à leur postérité jusqu’à sainte Anne et à la très sainte Vierge Marie.
Archos, étant entré dans la grotte, ferma la porte, et s’agenouilla pour prier. Il leva les yeux vers l’ouverture de la voûte, puis se prosterna la face contre terre : la révélation prophétique lui vint alors. Il lui semblait voir s’élever sous le cœur d’Emoroun un rosier à trois branches terminées chacune par une rose. La rose de la seconde branche était marquée d’une lettre qui ressemblait à une M. Un ange écrivit d’autres lettres sur le mur. Archos s’éveilla de son extase, se leva, lut les lettres, et sortit de la grotte pour annoncer à la vierge qu’elle devait épouser le sixième de ses prétendants. Elle devait mettre au monde un enfant marqué d’un signe, et ce signe la consacrerait comme l’instrument de ce salut qui devait bientôt venir.
Emoroun épousa donc ce sixième prétendant. C’était un Essénien, et il s’appelait Stolanus. Ils eurent trois filles. Les deux aînées reçurent les noms d’Ismeria et d’Emerentia ; la plus jeune s’appela, si je ne me trompe, Enoué. Ismeria et Emerentia consultèrent aussi, avant leur mariage, le prophète du mont Horeb. Emerentia épousa un lévite nommé Aphras ou Ophras. De ce mariage naquit Elisabeth, mère de saint Jean-Baptiste. Une seconde fille fut appelée Enoué, comme sa tante. Une troisième fille, nommée Rhode, fut mère de Mara qui fut présente à la mort de la sainte Vierge.
Ismeria fut donnée comme épouse à Eliud. Ils demeuraient dans le voisinage de Nazareth et suivaient entièrement la règle des Esséniens mariés. Ils tenaient tous deux de leurs parents un rare esprit de chasteté et de continence. Anne fut un de leurs enfants.