CHAPITRE III

Ancêtres de Marie.

A partir de David, la souche du Messie se divisait en deux branches. La première commençait à Salomon, et finissait à Jacob, père de saint Joseph, époux de Marie. La deuxième branche allait de Nathan fils de David à Héli, qui est le véritable nom de Joachim, père de la sainte Vierge. Trois ou quatre générations avant Joachim, les deux lignes se croisaient, et aboutissaient l’une et l’autre à la sainte Vierge, dont la mère, sainte Anne, descendait par son père de la tribu de Lévi, et de celle de Benjamin par sa mère.

Dans mon enfance, la crèche, l’enfant Jésus et la Mère de Dieu faisaient l’objet le plus ordinaire de mes pensées. Je m’étonnais qu’on ne racontât rien de la famille de Marie, et je ne pouvais comprendre comment on avait si peu parlé de ses parents et de ses ancêtres. Pendant que je désirais si fort des lumières à ce sujet, un grand nombre de visions me furent accordées, dans lesquelles je connus les ancêtres de Marie jusqu’à la quatrième ou cinquième génération. C’étaient des gens d’une grande piété et d’une simplicité merveilleuse. Ils étaient surtout animés d’un profond et extraordinaire désir du prochain avènement du Messie.

Les hommes qui les entouraient me paraissaient grossiers et barbares, quand je les comparais à eux.

si doux, si calmes et si bienveillants ! Dans mes inquiétudes pour eux, je me disais souvent à moi-même : « Pourquoi donc des hommes si bons restent-ils là ? Pourquoi ne fuient-ils pas bien loin de ces méchants ? »

Leur vie était très mortifiée. Les époux se promettaient l’un à l’autre la continence pour un temps plus ou moins long ; ce qui me réjouissait beaucoup, sans que je puisse dire pourquoi. Ils pratiquaient surtout cette abstinence dans les temps où ils brûlaient de l’encens, faisaient des prières, ou accomplissaient d’autres cérémonies du culte ; je compris de là qu’il y avait des prêtres parmi eux. Je les vis souvent changer de résidence, abandonner de beaux domaines pour d’autres bien inférieurs, afin de ne pas être troublés dans leurs pratiques pieuses par de méchantes gens. Ils étaient pleins d’exactitude et de précision dans toutes leurs œuvres, dans leurs paroles, et surtout dans leurs pratiques de dévotion. Il n’y avait rien dans ce qu’ils possédaient dont ils ne fussent prêts à se dépouiller pour les pauvres. Une seule chose amenait quelquefois une plainte sur leurs lèvres : les souffrances de leurs frères.

Dans l’intime et vif désir de Dieu qui les animait, il leur arrivait, soit le jour, soit même la nuit, de courir au milieu de la campagne, implorant Dieu par des prières et par des cris, déchirant même leurs habits et découvrant leur poitrine, comme s’ils eussent pu aspirer Dieu dans leurs cœurs avec les rayons brûlants du soleil, ou apaiser avec ceux de la lune et des étoiles leur désir ardent de l’accomplissement de la promesse.

Ces visions se présentaient souvent à moi pendant l’Avent, lorsque j’allais à minuit, à travers la neige, à trois quarts de lieue de notre chaumière, assister aux prières du Rorate, dans l’église Saint-Jacques de Coesfeld. Je priais alors avec une grande ardeur, à l’intention de certaines pauvres âmes qui, pour avoir manqué peut-être d’exciter assez en elles le désir du salut, et pour être restées attachées à la créature et aux biens de ce monde, étaient tombées dans des fautes nombreuses et languissaient maintenant dans la longue attente de leur délivrance ; et tout en marchant, je chantais avec toute la ferveur dont j’étais capable le cantique du Rorate : « Cieux, envoyez votre rosée, et que la terre enfante son Sauveur. »