CHAPITRE II

Les Esséniens.

Les Esséniens remontaient au temps de Moïse et d’Aaron, et descendaient des prêtres qui avaient porté l’arche d’alliance. Ce ne fut qu’au siècle d’Isaïe ou de Jérémie qu’ils reçurent une règle bien déterminée. Dans l’origine, ils n’étaient pas nombreux. Plus tard leurs communautés se répandirent beaucoup. Ils s’étaient surtout concentrés autour du mont Horeb et du mont Carmel, où Élie avait vécu. Ce ne fut qu’à une époque postérieure qu’ils s’établirent sur les bords du Jourdain.

Leur constitution se rapprochait beaucoup de celle d’un ordre religieux. Les aspirants devaient subir une épreuve d’un an, après quoi ils étaient admis pour un temps plus ou moins long, suivant les inspirations prophétiques que recevaient les chefs. Les membres de l’Ordre proprement dits vivaient en commun et gar daient une continence absolue. Les personnes simplement affiliées ou déjà sorties de leurs maisons, se mariaient et suivaient dans leurs familles, eux, leurs enfants et leurs domestiques, une règle qui différait peu de celle des Esséniens cénobites. Les rapports entre ces derniers et les autres étaient les mêmes que ceux qui existent aujourd’hui entre les laïques du tiers-ordre, ou tertiaires, et les ordres religieux chrétiens. Ainsi les Esséniens mariés, dans toutes les affaires importantes, surtout lors du mariage de leurs proches, demandaient des instructions et des conseils au chef de tout l’Ordre, le prophète du mont Horeb. Les aïeux de sainte Anne appartenaient à cette branche d’Esséniens mariés.

Les Esséniens proprement dits prophétisaient, et leur chef du mont Horeb recevait souvent, dans la grotte d’Élie, des révélations divines concernant la venue du Messie. Il était particulièrement éclairé sur la famille dont la mère du Messie allait naître, et lorsqu’il communiquait ses lumières aux aïeux de sainte Anne qui le consultaient sur leurs mariages, il voyait que les temps du Seigneur étaient proches. Cependant, ne sachant pas combien la naissance de la mère du Sauveur serait empêchée ou retardée par les péchés des hommes, il les exhortait continuellement à la pénitence, à la mortification et à tous les sacrifices spirituels dont cette pensée n’avait cessé d’inspirer la pratique aux Esséniens.

Ils faisaient surtout la guerre aux sens et à la chair ; bien souvent deux époux se séparaient d’un commun accord, et vivaient pendant un temps assez long dans des habitations isolées. Dans le mariage même, ils n’apportaient d’autre désir que celui d’une postérité sainte, qui pût préparer les voies de l’avènement du Sauveur. Parmi ces Esséniens mariés, se trouvaient déjà, dans ce temps-là, des ancêtres de sainte Anne.

Jérémie communiquait avec eux, et les hommes appelés enfants des Prophètes leur appartenaient. Ils avaient une vénération toute singulière pour Moïse et possédaient un de ses vêtements sacrés. Cette insigne relique leur était venue d’Aaron, et j’ai vu environ quinze d’entre eux la défendre au prix de leur vie.

Ils n’exerçaient aucun commerce, et se bornaient à échanger les produits de leurs champs contre des objets nécessaires à la vie. Ils élevaient des troupeaux, s’occupaient d’agriculture et surtout de jardinage. On voyait sur le mont Horeb, à côté de leurs cabanes, un nombre considérable de jardins et de vergers. Plusieurs d’entre eux tissaient, faisaient des nattes et brodaient des ornements sacerdotaux. Leurs prêtres étaient particulièrement chargés du soin des vêtements sacrés.

A certaines époques ils chassaient dans le désert des agneaux sur lesquels ils avaient prononcé certaines paroles, comme pour les charger de leurs péchés. Leur vie était austère et leurs repas d’une remarquable frugalité : les fruits de leurs jardins faisaient leur nourriture la plus ordinaire. Les autres Juifs les voyaient avec déplaisir et de mauvais œil, à cause de la sévérité de leurs mœurs. Trois fois l’année, ils se rendaient au temple de Jérusalem, et toujours ils s’y préparaient par la prière, la pénitence, le jeûne, et même par des flagellations. Si, dans leurs voyages ou à Jérusalem, ils rencontraient sur leur chemin un malade ou un pauvre, ils ne se rendaient pas au temple avant d’avoir fait tout leur possible pour le secourir.

Ceux du mont Horeb avaient, dans les parois de leurs grottes, des enfoncements grillés, où ils conservaient des ossements de saints personnages, enveloppés dans la laine et la soie. C’étaient des reliques des prophètes qui jadis y avaient demeuré. Ils allumaient des lampes et faisaient des prières devant ces restes vénérés.

Le lieu où leur chef prophétisait et priait était la grotte même d’Élie. C’était pour eux un sanctuaire où le grand prophète seul entrait, comme le grand prêtre de Jérusalem entrait seul dans le Saint des saints.

Toutes leurs prières semblaient avoir pour objet d’obtenir de Dieu des mères pieuses, dignes de compter dans leur postérité, ou la sainte Vierge elle-même, ou les familles du Précurseur, des serviteurs, et des disciples du Messie.