PREMIÈRE PARTIE
NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST PRÉPARÉ DANS MARIE ET SES ANCÊTRES
CHAPITRE PREMIER
Préparation providentielle et prophétique de la sainte Vierge. Vision d’Élie.
La terre promise, privée d’eau, était toute desséchée ; et je vis Élie : accompagné de deux serviteurs, il montait au Carmel pour demander de la pluie à Dieu. Ils gravirent d’abord une pente escarpée ; puis, par des degrés grossièrement taillés dans le roc, ils arrivèrent à un plateau ; au milieu s’élevait un rocher nu, et dans le rocher il y avait une grotte. Laissant là ses serviteurs, Élie monta seul jusqu’au sommet de la montagne, après leur avoir ordonné d’observer la mer de Galilée. Elle était horrible à voir ; l’eau avait entièrement disparu ; il ne restait qu’un fond de vase plein de gouffres et de fondrières, couverts d’animaux putréfiés. Avec le dessèchement de la terre, je vis aussi la stérilité dans l’espèce humaine, et surtout des races élevées frappées d’une sorte d’appauvrissement et de dégénération.
Élie s’accroupit, se voila la tête, la posa sur ses genoux et se mit à prier Dieu avec ardeur. Sept fois il cria vers son serviteur, demandant s’il ne voyait pas un nuage sortir de la mer. A la septième fois, le nuage parut en effet, et, dès que le serviteur l’eut annoncé au prophète, il en envoya la nouvelle au roi Achab.
Et il s’était formé au milieu de la mer un tourbillon de couleur blanche ; un petit nuage noir grand comme une main s’en était élevé ; ensuite il s’élargit et s’étendit. Et le prophète vit dans la nuée une petite figure brillante, semblable à une vierge. Et la tête de la vierge était entourée de rayons ; ses bras étendus formaient une croix ; dans l’une de ses mains elle tenait une couronne. Sa longue robe était nouée à ses pieds. A mesure que la nuée se dilatait, l’image semblait se déployer avec elle sur toute la terre promise.
Puis la nuée se divisa : dans plusieurs lieux sanctifiés, et dans d’autres habités par des hommes pieux aspirant au salut, elle laissa tomber une rosée blanche bordée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Cette rosée portait la bénédiction, comme une coquille sa perle. Ce coquillage a des bords à teintes variées, et, en s’exposant au soleil, il absorbe la lumière, la purifie de la variété de ses teintes, jusqu’à ce qu’enfin la perle blanche et pure se forme dans son sein. C’était, comme il me fut expliqué, un symbole prophétique ; et c’est ainsi que les lieux bénis par la rosée devaient réellement concourir à donner la Vierge à la terre. Sans cette rosée, la naissance de la Vierge aurait été retardée d’au moins un siècle, car, grâce à cet amollissement et à cette bénédiction de la terre, les hommes qui vivent de ses fruits furent rafraîchis et vivifiés avec elle, et la chair s’ennoblit sous ces saintes influences.
Dans un songe prophétique, Élie connut, entre autres choses, que Marie devait naître dans le septième âge du monde Dans l'office de la Conception de Marie et dans plusieurs autres endroits de la liturgie de l'Église, l'emploi du verset de l'Ecclésiastique (ch. XXIV, v. 6) : « Sicut nebula texi omnem terram : J'ai couvert toute la terre comme une nuée, » se trouve en parfaite concordance avec cette vision prophétique sur la Mère de Dieu. . C’est pour cela qu’il appela sept fois de suit son serviteur. Il sut aussi de quelle race elle devait sortir. A la suite de cette vision, Élie élargit la grotte au-dessus de laquelle il avait prié, et établit une constitution plus régulière parmi les enfants des prophètes. A partir de cette époque, il y en eut toujours plusieurs dans cette grotte, occupés à demander à Dieu la naissance de la Vierge, qu’ils honoraient même avant sa venue. Ce culte, ces hommages ne s’interrompirent plus au Carmel, et ce ministère, qui appartenait aux Esséniens à l’époque où Marie vécut, passa ensuite à des solitaires, d’où sortirent enfin les religieux de l’ordre du Carmel C'est aussi la tradition de l'ordre des Carmes confirmée par beaucoup d'anciens monuments. Voyez en particulier les leçons du Bréviaire romain à la fête de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. .