CHAPITRE XL

Saint Jean se réfugie de nouveau dans le désert.

J’avais déjà vu qu’Élisabeth, avertie par un ange du prochain massacre, avait conduit le petit Jean dans le désert ; j’eus encore sur elle cette vision.

Après de longues recherches, elle avait enfin trouvé une grotte sûre ; elle s’y était établie et y avait demeuré, environ quarante jours avec l’enfant, après quoi elle s’en était allée seule chez elle. Alors un Essénien de la communauté du mont Horeb arriva dans le désert. Il portait des aliments à l’enfant et l’aidait en tout ce qui était nécessaire. C’était un parent de la prophétesse Anne. Il vint d’abord toutes les semaines, puis tous les quinze jours, jusqu’à ce que Jean n’eût plus besoin de son secours. Il ne tarda pas à s’en passer. De très bonne heure, l’enfant se trouva mieux dans le désert que dans la société des hommes. Dieu l’avait destiné à y grandir dans son innocence, sans contact avec le monde et ses crimes. De même que Jésus, il n’alla jamais à l’école, et fut instruit par le Saint-Esprit. Je vis souvent auprès de lui une lumière ou une figure lumineuse, semblable à un ange. Le désert, de ce côté, n’était pas aride et stérile ; parmi les rochers, croissaient beaucoup d’herbes et d’arbustes à baies, de plusieurs espèces ; il y avait aussi des fraises. Jean s’en nourrissait, vivant d’ailleurs dans la plus grande intimité avec les bêtes, surtout avec les oiseaux, qui volaient vers lui et se posaient sur ses épaules, tandis qu’il leur parlait et qu’ils semblaient le comprendre. Il se promenait aussi sur le bord des eaux, et lorsqu’il appelait les poissons, ceux-ci s’approchaient de lui et le suivaient aussi longtemps qu’il marchait le long du torrent Par la pureté de son âme, Jean-Baptiste avait reconquis l'empire de nos premiers parents sur la nature dans l'état d'innocence. .

Je le vis s’éloigner beaucoup de son pays, peut-être à cause des dangers qui le menaçaient. Les animaux l’avaient pris en amitié, tellement qu’ils le servaient et l’avertissaient. Ils le conduisaient dans leurs tanières ou dans leurs nids, qui devenaient pour lui un refuge, quand les hommes s’approchaient de sa grotte. Des fruits, des baies, des herbes et des racines suffisaient à son alimentation. Il n’avait même pas la peine de les chercher longtemps, car, lorsqu’il ne savait plus où en trouver, les animaux les lui montraient. Il portait toujours sa peau d’agneau et son petit bâton ; tantôt il s’avançait dans le désert, tantôt il se rapprochait de son pays. Ses parents, qui désiraient ardemment son retour, vinrent quelquefois le visiter. Ils devaient savoir par révélation quelque chose les uns des autres, car lorsque Élisabeth ou Zacharie voulaient voir Jean, il allait toujours à leur rencontre de très loin.