CHAPITRE XXXIX
Massacre des innocents par Hérode.
Jésus avait environ dix-huit mois, lorsqu’un ange apparut à Marie, à Héliopolis, et lui apprit le massacre ordonné par Hérode. Joseph et elle en furent désolés, et l’enfant pleura toute la journée.
Les trois rois n’étant pas revenus à Jérusalem, les craintes d’Hérode, alors occupé de plusieurs affaires de famille, se calmèrent un peu ; mais elles se réveillèrent, après le retour de la sainte famille à Nazareth. Il apprit les prédictions faites par Siméon et par Anne, lors de la présentation de Jésus au Temple. Il envoya des soldats, sous divers prétextes, à Gilgal, à Bethléem, et jusqu’à Hébron, et fit faire un dénombrement des enfants. Les soldats restèrent neuf mois dans cette contrée. Pendant ce temps, Hérode était en voyage, et ce ne fut qu’après son retour que le massacre eut lieu. Jean, alors âgé de deux ans, était resté, pendant quelque temps, caché chez ses parents. Avant même qu’Hérode eût prescrit aux mères de présenter devant les autorités leurs enfants âgés de deux ans et au-dessous, Élisabeth, avertie par un ange, s’était enfuie une seconde fois au désert avec le petit Jean.
Les enfants furent égorgés en sept endroits divers. On attira les mères, en leur promettant des gratifications pour leur fécondité. Elles portèrent donc, chez les autorités, leurs enfants en habits de fête. Celles d’Hébron, de Bethléem et de quelques autres endroits se rendirent à Jérusalem. Beaucoup d’entre elles avaient deux enfants à présenter. On les fit entrer toutes dans un vaste édifice, et l’on renvoya les hommes qui les accompagnaient. Elles étaient pleines de joie, s’attendant à être honorées et récompensées.
L’édifice où on les introduisit n’était pas loin de la maison où Pilate demeura plus tard. Il était entouré de murs, de manière qu’on ne pouvait guère savoir du dehors ce qui se passait au dedans. On conduisit les mères, à travers la cour, à deux bâtiments latéraux, où elles furent enfermées. Lorsqu’elles se virent privées de leur liberté, la peur les saisit, elles se mirent à pleurer et à se lamenter, et passèrent ainsi toute une nuit.
Le lendemain, on les amena, une à une, avec leurs enfants, dans la grande salle d’un corps de logis qui se trouvait par derrière. Là des soldats apostés à l’entrée leur enlevaient leurs enfants ; ils les portaient dans une cour, où une vingtaine de satellites les massacraient, en leur perçant la gorge et le cœur, avec des épées et des piques. Plusieurs de ces enfants étaient au maillot et encore allaités par leurs mères. Après les avoir égorgés, les soldats les prenaient par le bras ou par le pied et les jetaient en tas. C’était horrible à voir !
Lorsque les mères, entassées par les soldats dans la grande salle, s’aperçurent de ce qu’on faisait de leurs enfants, elles poussèrent des cris déchirants, s’arrachèrent les cheveux et se jetèrent dans les bras les unes des autres. A la fin elles se trouvaient tellement pressées, qu’elles pouvaient à peine se mouvoir. Le massacre des enfants dura jusqu’à la fin du jour. Leurs cadavres furent plus tard jetés, tous ensemble, dans une fosse creusée dans la cour. Leur nombre me fut indiqué, mais je ne m’en souviens pas exactement. Je crois qu’il y en avait 700, plus 7 ou 17.
Cette vision m’avait tellement épouvantée, qu’à mon réveil je ne pus me remettre que peu à peu. La nuit suivante, les mères furent reconduites chez elles par les soldats ; elles étaient chargées de liens. Le lieu du massacre des enfants à Jérusalem devint plus tard la place des exécutions ; elle était située à peu de distance du tribunal de Pilate. A la mort de Jésus, la fosse où tous ces enfants avaient été entassés s’ouvrit, et je vis leurs âmes en sortir.