CHAPITRE XXXVIII
Séjour de la sainte famille à Héliopolis.
Héliopolis était bâtie sur des hauteurs, des deux côtés du fleuve, à l’endroit où il se divise en plusieurs bras, et on la voyait de très loin. J’aperçus là, avec étonnement, les ruines d’immenses édifices, des monuments à demi écroulés et des temples presque entiers en ruines. Je vis des colonnes, semblables à des tours sur lesquelles on pouvait monter par l’extérieur. Je remarquai aussi d’autres colonnes très élevées, pointues à leur sommet, couvertes de caractères étranges, ainsi que beaucoup de grandes figures semblables à des chiens accroupis, avec une tête humaine Cette dernière image, qui, d'après les récits de la sœur, se retrouvait très souvent en Égypte, semble avoir été tout à la fois un symbole de ce que le paganisme avait fait de l'homme, et une moquerie de Satan, le prince de cet empire. .
La sainte famille demeurait dans les salles d’un vaste bâtiment qui reposait sur des colonnes massives et peu élevées, les unes carrées, les autres rondes. Beaucoup de gens s’étaient établis autour de ces colonnes. Un chemin fréquenté passait au-dessus de l’édifice ; et vis-à-vis s’élevait un grand temple d’idoles entourant deux cours.
C’est là que Joseph se fit un logement, fermé d’un côté par un mur, et de l’autre par une rangée de grosses colonnes peu élevées ; il le distribua en plusieurs pièces au moyen de minces cloisons. L’âne eut aussi son gîte. J’y vis, pour la première fois, un petit autel où Joseph et Marie priaient : c’était une table couverte d’abord d’une nappe rouge, puis d’une nappe blanche transparente, et sur laquelle une lampe brillait.
Je vis plus tard Joseph tout à fait installé ; il travaillait souvent au dehors ; il faisait de longs bâtons avec des pommeaux ronds, de petits escabeaux à trois pieds, des corbeilles, de minces cloisons en branches entrelacées. Les gens du pays couvraient ces cloisons d’un enduit, et s’en servaient pour diviser leurs cabanes, adossées aux grands bâtiments, ou même pratiquées dans l’épaisseur des murs.
L’enfant Jésus était près de Marie, couché, plein de grâce, dans un berceau. Une fois je le vis sur son séant ; Marie tricotait, assise à côté de lui ; elle avait à ses pieds une petite corbeille.
Au nord d’Héliopolis, entre cette ville et le Nil, qui de ce côté se divise en plusieurs bras, s’étend la terre de Gessen. J’y vis un faubourg coupé par des canaux, et où demeuraient beaucoup de Juifs qui étaient tombés dans des erreurs religieuses. La sainte famille en connaissait plusieurs ; Marie faisait pour eux divers ouvrages de femme, et elle recevait, en échange, du pain et d’autres aliments. Les Juifs de la terre de Gessen avaient un temple qu’ils comparaient au temple de Salomon, mais qui lui était fort inférieur.
Joseph avait construit, tout près du temple païen, une synagogue où les vrais Juifs des environs se réunissaient avec la sainte famille. Auparavant, il n’y avait pas de lieu pour prier en commun. La coupole de ce bâtiment s’ouvrait ; on pouvait donc à volonté se trouver comme en plein air. Au milieu de cet édifice, s’élevait un autel, couvert d’une nappe rouge et d’un linge blanc, sur lequel étaient posés des rouleaux écrits. Le prêtre était très avancé en âge. Les femmes se tenaient d’un côté, les hommes de l’autre.
Je vis la sainte Vierge, la première fois qu’elle alla dans cette synagogue. Elle était assise par terre, appuyée sur un bras, ayant devant elle l’enfant, vêtu d’une robe bleu de ciel ; elle avait joint ses petites mains sur sa poitrine. Joseph se tenait derrière elle comme il faisait toujours.
Jésus me fut montré lorsque, devenu assez fort pour marcher et courir, il recevait la visite d’autres enfants. Je le vis souvent auprès de Joseph, qui l’emmenait avec lui, lorsqu’il travaillait au dehors. Il était presque toujours vêtu d’une petite robe tricotée et d’un seul morceau.
Comme ils demeuraient assez près d’un temple païen, plusieurs idoles s’étant trouvées brisées, beaucoup de gens qui n’avaient pas oublié la chute de celle de la porte, lors de leur entrée à Héliopolis, attribuèrent le fait à la colère des dieux contre eux, et ils eurent bien des persécutions à endurer à ce sujet.