CHAPITRE XXXIV
Fuite en Egypte.
Pendant le séjour à Nazareth d’Anne et de sa fille aînée, comme elles venaient de se retirer pour dormir, l’ange avertit Joseph. La chambre de Marie était à droite du foyer ; celle de sainte Anne, à gauche ; celle de la fille aînée d’Anne, entre la chambre de sa mère et celle de Joseph. Des cloisons de branches d’arbres entrelacées séparaient les diverses chambres. La couche de Marie était en outre séparée par un rideau du reste de la cellule. L’enfant Jésus reposait à ses pieds sur un tapis.
Joseph dormait la tête appuyée sur son bras. Tout à coup je vis un jeune homme resplendissant s’approcher de sa couche et lui parler. Joseph se souleva, mais, accablé qu’il était par le sommeil, il retomba aussitôt. L’ange alors, le saisissant par la main, le réveilla tout à fait. Joseph se leva, et l’ange disparut. Joseph alla d’abord allumer sa lampe à celle qui brûlait devant le foyer ; puis il frappa à la porte de la sainte Vierge, et demanda si elle pouvait le recevoir. Je le vis entrer et parler avec Marie, qui n’ouvrit pas le rideau placé devant sa couche ; puis il alla dans l’écurie où était son âne, et arrangea tout pour le départ La sœur fait ailleurs cette réflexion : « Lorsque l'ange enjoignit à saint Joseph de s'enfuir en Egypte avec Jésus et Marie il ne se préoccupa point de trouver un logement, mais il obéit simplement et se mit en route. » .
La sainte Vierge se leva aussitôt et s’habilla. Elle alla ensuite apprendre à sa mère l’avertissement de Dieu. Alors sainte Anne et sa fille aînée se levèrent. Soumises à la volonté du Seigneur, ces pieuses personnes préparèrent tout pour le voyage, avant de se livrer à la tristesse des adieux. Elles firent un paquet des choses les plus nécessaires, qu’elles donnèrent à Joseph pour en charger l’âne. Tout se fit avec une grande promptitude et un très grand calme.
Marie alors alla chercher son enfant, et elle se hâta tellement, qu’elle ne l’emmaillotta pas. L’heure de se séparer était arrivée ; je ne saurais exprimer la touchante douleur de la mère et de la sœur de Marie. Elles pressèrent, en pleurant, l’enfant Jésus contre leur cœur ; le petit garçon voulut aussi l’embrasser, Anne serra à plusieurs reprises la sainte Vierge dans ses bras, en versant des larmes amères, comme si elle ne devait plus la revoir. La sœur de Marie se jeta à terre, le visage baigné de pleurs.
La sainte famille quitta la maison un peu avant minuit ; Anne et sa fille aînée accompagnèrent Marie pendant quelque temps. Joseph la suivait avec l’âne. La très sainte Vierge portait, dans une écharpe, l’enfant Jésus, qu’elle avait enveloppé de son long manteau. Son grand voile lui tombait des deux côtés du visage et ne couvrait que le derrière de la tête. Bientôt Joseph les rejoignit avec l’âne, sur lequel étaient placées une outre pleine d’eau, et une corbeille où il y avait des petits pains, des oiseaux vivants et autres objets. Elles s’embrassèrent encore une fois en pleurant. Après avoir reçu la bénédiction de sa mère, la sainte Vierge monta sur l’âne que menait Joseph, et ils partirent.