CHAPITRE XXXIII

Retour à Nazareth.

Marie et Joseph, pour retourner à Nazareth, prirent un chemin plus direct que celui par lequel ils étaient venus à Bethléem, évitant alors les villes et n’entrant que dans des maisons isolées. Joseph avait laissé chez son parent la jeune ânesse qui, pendant le voyage à Bethléem, lui avait montré le chemin ; car son intention était de revenir à Bethléem et de bâtir une maison dans la vallée des bergers. Il en avait parlé aux bergers, disant qu’il voulait seulement que Marie passât quelque temps chez sa mère pour se remettre des fatigues de son voyage. C’est pourquoi il avait aussi laissé plusieurs choses chez eux.

Pendant ces jours-là, je vis les trois saints rois s’arrêter sur les bords d’un fleuve pour célébrer une fête. Au commencement, ils avaient voyagé très vite ; mais depuis cette station ils allèrent beaucoup plus lentement qu’auparavant. J’aperçus toujours à la tête de leur cortège un jeune homme resplendissant qui leur parlait quelquefois.

Lorsque les deux époux et le divin enfant furent arrivés dans la maison d’Anne, à une demi-lieue de Nazareth, on donna une petite fête de famille, comme lors du départ de Marie pour le Temple. Tous se réjouirent beaucoup de voir Jésus ; mais leur joie était calme et tout intérieure. Je n’ai jamais rien remarqué de très passionné dans tous ces saints personnages.

Je vis ensuite la sainte Vierge et sainte Anne, qui portait l’enfant Jésus, se rendre dans la maison de Joseph, à Nazareth, par un chemin très agréable, entre des collines et des jardins.

Anne envoyait à Nazareth des vivres pour Joseph et Marie. Comme chaque chose est touchante dans la sainte famille ! Marie est la mère la plus tendre et en même temps la servante la plus soumise du saint enfant ; elle est aussi la servante de saint Joseph. Joseph est pour elle l’ami le plus dévoué et le serviteur le plus humble. Combien je suis touchée de voir la sainte Vierge remuer et soigner le petit Jésus, aussi incapable de se mouvoir qu’un enfant ordinaire ! Quand on pense que c’est là le Dieu d’amour qui a créé le monde ! Ah ! combien nous semble alors affreuses la dureté, la froideur et l’obstination des hommes indifférents ou incrédules !

Sainte Anne et sa fille aînée étaient souvent chez la sainte Vierge. La fille d’Anne avait avec elle un petit garçon très robuste, âgé de quatre à cinq ans : c’était son petit-fils, le fils aîné de sa fille Marie. Quand je les voyais assises ensemble, causant familièrement, jouant avec l’enfant Jésus, l’embrassant et le mettant dans les bras du petit garçon, absolument comme cela se passerait de nos jours, je me disais à moi-même : « Oh ! les femmes sont toujours les mêmes ! »