CHAPITRE XXVIII
La sainte Famille dans la grotte de Maraha.
Il vint encore à Bethléem des fonctionnaires d’Hérode, qui s’informèrent, dans plusieurs maisons, des enfants nouveau-nés. Ils accablèrent surtout de questions une Juive de grande qualité qui venait de mettre au monde un fils. Ils ne se rendirent plus à la grotte de la crèche, où ils n’avaient trouvé précédemment qu’une famille pauvre ; de telles gens n’étaient pas l’objet de leurs recherches.
Deux vieillards (c’étaient peut-être des bergers qui avaient adoré l’enfant Jésus) vinrent trouver Joseph, pour l’avertir de cette nouvelle enquête. La sainte famille et sainte Anne se réfugièrent alors avec l’enfant dans la grotte de Maraha. Il n’y avait plus rien dans celle de la crèche qui annonçât un lieu habité. Je les vis, pendant la nuit, traverser la vallée à la lueur d’une lanterne sourde. Anne portait l’enfant Jésus dans ses bras ; Marie et Joseph marchaient à côté d’elle ; les bergers les accompagnaient, chargés de couvertures et de ce qu’il fallait pour faire des lits aux saintes femmes et à l’enfant Jésus.
J’eus, à cette occasion, une vision : j’ignore si la sainte famille l’eut aussi. Je vis, autour de l’enfant Jésus qui reposait sur les bras de sainte Anne, une gloire formée de sept figures d’anges, placées les unes au-dessus des autres, et entourées de plusieurs autres figures. Je vis aussi, près de sainte Anne, de saint Joseph et de Marie, des formes lumineuses qui semblaient les conduire par la main. En partant, ils fermèrent la porte et se rendirent tous dans la grotte du tombeau, où ils firent les arrangements nécessaires pour s’y reposer.
Pendant qu’ils étaient dans cette grotte, la sainte Vierge fut derechef avertie par deux bergers, que des gens, envoyés par les autorités, s’enquéraient de son enfant. Marie en fut vivement troublée ; peu après, saint Joseph vint chercher l’enfant ; il le prit, l’enveloppa dans un manteau et l’emporta je ne me souviens plus où.
La sainte Vierge resta douze heures dans la grotte, séparée de Jésus, seule et livrée à ses angoisses maternelles. Quand arriva le moment où elle devait être appelée pour allaiter son enfant, elle fit ce que les mères soigneuses font toujours, quand elles ont été agitées par quelque émotion violente : elle exprima de son sein le lait qu’avait pu altérer son inquiétude. Il se répandit dans la cavité d’un banc de pierre, formé naturellement sur le sol de la grotte. Elle en parla à un des bergers, homme pieux et grave, qui était venu pour la conduire auprès de son enfant. Celui-ci, profondément convaincu de la sainteté de la mère du Sauveur, recueillit plus tard avec soin le lait virginal que la pierre avait conservé, et, plein de foi, il le porta à sa femme, qui ne pouvait pas suffire à nourrir son enfant. La bonne femme prit cet aliment sacré avec une entière confiance et sa foi fut récompensée, car, dès cette heure, elle eut un lait abondant. La pierre blanche de cette grotte reçut une vertu semblable, et de nos jours encore j’ai vu, même des infidèles, des mahométans, s’en servir comme d’un remède infaillible en pareille occasion.
Depuis des siècles cette terre, épurée et pressée dans de petits moules, a été répandue dans la chrétienté comme un objet de dévotion. Ces reliques portent l’étiquette. De lacte sanctissimæ Virginis Mariæ. Du lait de la très sainte Vierge.