CHAPITRE XXVII

Mesures prises par les autorités de Bethléem contre les Rois.

L’ange avait averti les rois à temps, car les autorités de Bethléem avaient résolu de les faire arrêter ce même jour, et de les emprisonner dans de profonds caveaux placés sous la synagogue, et de les accuser comme des perturbateurs du repos public. Je ne sais si c’était par suite d’ordre secret d’Hérode ; mais je pense plutôt que c’était par zèle pour son service.

Lorsqu’on apprit leur départ à Bethléem, ils étaient déjà près d’Engaddi, et la vallée où ils avaient dressé leur tente était calme et solitaire, comme avant leur séjour, dont il ne restait d’autres traces qu’un peu de gazon foulé et quelques pieux. Cependant l’arrivée des trois rois avait fait du bruit à Bethléem. Beaucoup de gens se repentirent de ne pas avoir voulu recevoir saint Joseph ; d’autres parlaient des rois comme d’aventuriers exaltés et extravagants ; d’autres enfin rapportaient leur arrivée à l’apparition qu’avaient eue les bergers. Les autorités de la ville crurent devoir prendre alors des mesures. Elles convoquèrent tous les habitants sur une place, près de la synagogue, devant une grande maison ; là, du haut d’un perron, on lut un avertissement qui défendait de propager des bruits superstitieux, et de visiter dorénavant les gens qui avaient donné lieu à ces diverses rumeurs… Après quoi la multitude se retira.

Joseph aussitôt fut mandé, dans cette même maison, et interrogé par de vieux Juifs. À peine de retour à la crèche, il se rendit de lui-même au tribunal, emportant une part de l’or qu’il avait reçu des rois, et il donna cet or aux interrogateurs, qui sans hésitation le laissèrent aller. Toute cette enquête me parut aboutir à une extorsion. Les autorités, de plus, firent fermer d’une barrière un chemin de la grotte qui ne passait point par la porte de la ville. Ils mirent à la barrière une sentinelle, dans une guérite où ils posèrent une sonnette ; enfin ils firent tendre, sur ce sentier, des fils qui communiquaient avec la sonnette, pour que l’on arrêtât ceux qui voudraient aller plus loin.

Joseph avait porté les présents des rois dans la grotte de Maraha et dans quelques grottes secrètes de la colline, qu’il connaissait depuis sa jeunesse. Ces caveaux solitaires existaient, dès le temps du patriarche Jacob. Il n’y avait encore que quelques cabanes à la place de Bethléem, lorsqu’il y dressa ses tentes, sur la colline même de la crèche.

Zacharie vint, à son tour, d’Hébron, visiter la sainte famille. Marie était encore dans la grotte. Il prit l’enfant dans ses bras en versant des larmes de joie, et récita, avec un léger changement, le cantique qu’il avait entonné, le jour de la circoncision de Jean-Baptiste.

Une grande joie régnait alors dans la sainte famille. Anne, qui était revenue à la grotte, paraissait tout heureuse. Marie plaçait l’enfant Jésus dans ses bras, permettant qu’elle lui donnât des soins, ce que je ne lui vis faire pour aucune autre personne. Je m’aperçus avec émotion que les cheveux de l’enfant, qui étaient blonds et bouclés, se terminaient en rayons de lumière Dans la sainte Écriture, les cheveux sont en effet le symbole des pensées, qui sont comme la végétation de l'esprit. . Je remarquai toujours, dans la sainte famille, une pieuse et sainte vénération pour l’enfant Jésus ; mais tout se faisait d’une manière simple et naturelle, comme chez les saints élus de Dieu. L’enfant avait une affection, une tendresse pour sa mère que je n’ai jamais vues chez de si jeunes enfants.

Marie raconta à sainte Anne tous les détails de la visite des rois, et Anne fut profondément touchée d’apprendre que Dieu eût appelé de si loin ces hommes, pour venir honorer l’enfant de la promesse. Elle vit les présents des rois, qui étaient déposés dans une cavité du rocher : elle aida à en distribuer une grande partie et à empaqueter le reste.