CHAPITRE XXII

Arrivée de sainte Anne à Bethléem.

Joseph avait terminé les arrangements qu’il voulait faire, dans la grotte de la crèche et les grottes adjacentes, pour loger ses hôtes de Nazareth, et recevoir les rois annoncés par Marie. Il s’était retiré, avec la très sainte Vierge et l’enfant Jésus, dans une autre grotte. L’âne seul avait été laissé auprès de la crèche.

Des curieux étaient encore arrivés tour à tour de Bethléem, pour voir l’enfant. Il s’était laissé porter volontiers par quelques-uns, et s’était détourné de plusieurs autres en pleurant Cette circonstance est bien expressive. Dieu est à notre égard ce que nous voulons être avec lui. . La sainte Vierge se montra satisfaite de son nouveau logement, qui, du reste, était assez convenablement arrangé. Sa couche était contre la paroi ; l’enfant Jésus était couché près d’elle, dans une corbeille d’écorce, qui reposait sur des fourches. La couche de Marie et le berceau de l’enfant Jésus étaient séparés du reste de la grotte par une cloison de claies, en avant de laquelle, le jour, quand elle voulait recevoir, elle s’asseyait avec l’enfant divin.

Sainte Anne arriva alors avec son second mari, la sœur aînée de la sainte Vierge et une servante. Tous devaient coucher dans la grotte de la crèche que la sainte famille avait mise à leur disposition. Je vis Marie déposer l’enfant dans les bras de sa mère, qui le reçut avec une profonde émotion. Anne avait apporté des couvertures, des linges et des vivres. Marie lui raconta avec attendrissement tout ce qu’elle avait déjà confié à Elisabeth. Anne mêla ses larmes à celles de sa fille, et les caresses de l’enfant Jésus parfois interrompaient leurs entretiens.

La sainte Vierge revint ensuite dans la grotte de la nativité, et le petit Jésus fut couché de nouveau dans la crèche. Lorsque Joseph et Marie étaient seuls auprès de l’enfant, je les voyais souvent l’adorer. Sainte Anne aussi s’inclinait fréquemment avec respect devant la crèche et contemplait l’enfant Jésus avec beaucoup de recueillement et de ferveur. Anne avait apporté plusieurs présents pour l’enfant et pour sa mère. Marie, quoiqu’on lui eût donné bien des choses depuis qu’elle était dans la grotte de la crèche, paraissait être dans le besoin ; en effet, elle distribuait chaque jour tout ce qui ne lui était pas d’une nécessité immédiate.

Je l’entendis dire à sainte Anne que les rois de l’Orient devaient bientôt venir, et que leur arrivée ferait grand bruit. Sainte Anne alors quitta pour quelque temps la sainte Vierge. Elle se rendit, avec sa fille aînée, à trois lieues de là, dans la tribu de Benjamin, chez une sœur cadette qui était mariée.