CHAPITRE XXI
Arrivée des trois rois dans la terre promise.
Le cortège des trois rois arriva le soir, dans une petite ville dont les maisons étaient dispersées, et souvent entourées d’une haie qui leur servait de clôture. Il me sembla que c’était la première ville de Judée. Les voyageurs se trouvaient en face de Bethléem ; mais ils prirent un chemin à droite, probablement parce qu’il n’y avait pas de route directe. Lorsqu’ils y arrivèrent, ils se mirent à chanter d’une voix pleine et très harmonieuse. Ils étaient tout joyeux : l’étoile avait, à ce moment, un éclat inaccoutumé : c’était comme un clair de lune ; on voyait les ombres se dessiner très distinctement. Cependant, les habitants de l’endroit semblaient, ou ne pas apercevoir l’étoile, ou ne pas s’en occuper ; ils étaient, du reste, honnêtes et bienveillants. Quelques-uns des voyageurs ayant mis pied à terre, ils leur aidèrent à abreuver leurs montures. Je pensai alors au temps d’Abraham, où tous les hommes étaient si hospitaliers et si obligeants ! Bon nombre de personnes du pays suivaient le cortège, à son passage dans la ville, portant à la main des branches d’arbres. L’étoile ne se montrait pas toujours sous le même aspect : elle paraissait plus brillante, dans les lieux habités par des gens de bien. Quand elle répandait beaucoup de lumière, les rois et leur suite étaient très émus ; ils pensaient être arrivés au lieu où se trouvait le Messie.
Les trois troupes réunies pouvaient s’élever alors à environ deux cents âmes, car les libéralités des rois avaient attiré beaucoup de pauvres à leur suite. Mais plus ils avancèrent, plus ils furent attristés, parce que personne ne savait rien du roi nouvellement né. Je les entendis raconter avec une grande simplicité, aux habitants du pays, beaucoup de choses touchant la cause, la longueur et le but de leur voyage ; mais ils étaient consternés en voyant que ceux-ci ne croyaient point à ce qui, depuis deux mille ans, avait été l’objet de l’espérance de leurs ancêtres.
Le soir, l’étoile fut cachée par un brouillard épais ; mais la nuit, elle sortit, grande et brillante, des nuages poussés par le vent, et parut très près de la terre. Alors ils se hâtèrent d’éveiller les habitants du pays et de la leur montrer. Ceux-ci regardèrent le ciel, pleins d’étonnement et non sans émotion. Plusieurs néanmoins s’irritèrent contre les rois, et d’autres ne cherchèrent qu’à avoir part à leurs largesses.