CHAPITRE XVII

Elisabeth vient à la crèche.

Je vis Elisabeth venir de Juttah à la grotte de la crèche ; elle était montée sur un âne conduit par un ancien serviteur. Joseph la reçut tendrement ; Marie et elle s’embrassèrent avec une effusion de joie impossible à décrire. Elisabeth pressa l’enfant Jésus contre son cœur en versant des larmes. Une couche lui fut préparée près de la place où était né Jésus.

Assises l’une à côté de l’autre, Marie et Elisabeth s’entretenaient intimement. La sainte Vierge raconta à Elisabeth tout ce qui lui était arrivé jusqu’alors, et quand elle lui parla des peines que Joseph avait eues à lui procurer un gîte, Elisabeth pleura amèrement. Elle lui communiqua aussi plusieurs choses touchant la naissance de Jésus. Elle dit qu’au moment de l’annonciation, ravie en extase pendant dix minutes, elle avait eu le sentiment que son cœur devenait double, et qu’une félicité indicible remplissait toute son âme. Au moment de la nativité, elle était aussi tombée en extase ; et élevée au-dessus de terre par les anges, elle avait senti son cœur se diviser, et une moitié se séparer d’elle. Elle était restée dix minutes sans connaissance ; puis, éprouvant un vide intérieur et un désir immense d’une félicité infinie en dehors d’elle-même, qu’elle avait senti son cœur se diviser, et une moitié se séparer devant elle une lumière resplendissante, au sein de laquelle son enfant semblait se former à ses yeux. Puis, reprenant ses sens, elle l’avait vu remuer et l’avait entendu pleurer ; alors elle avait pris dans ses bras et pressé contre son sein l’Enfant divin, qu’elle n’avait pas osé toucher lorsque la splendeur l’enveloppait. Elle ajouta qu’elle n’avait pas la conscience du moment où il s’était séparé d’elle. Elisabeth lui dit : « Votre enfantement a été comblé de grâces, et bien différent de celui des autres femmes. Celui de Jean a été, il est vrai, accompagné de grandes faveurs, mais d’une tout autre nature. » Voilà tout ce qui m’est resté de leurs entretiens.

Vers le soir, Marie se cacha de nouveau, avec l’enfant Jésus et Elisabeth, dans la grotte adjacente à celle de la crèche, et je crois qu’elle y passa la nuit. C’est que des gens de distinction, poussés par la curiosité, venaient en foule à la crèche, Marie ne voulait point se montrer à eux.