CHAPITRE XVI

Circoncision du Christ. — Nom de Jésus.

Le soir, après la clôture du sabbat, je vis les Esséniennes et la servante de Marie préparer un repas dans une cabane de feuillage, dressée à l’entrée de la grotte par Joseph et les bergers. Il avait aussi débarrassé la grotte elle-même, étendu des couvertures sur le sol, et tout disposé comme pour une fête ; car le lendemain était le huitième jour de la naissance du Christ, jour auquel il devait être circoncis, selon la loi.

Joseph était allé à Bethléem, d’où il avait ramené trois prêtres et une des femmes qu’on employait en cette circonstance. Cette femme apportait un siège et tous les autres objets nécessaires à la cérémonie. Ils furent placés sur des nattes, à l’entrée de la grotte, à l’endroit même où la cérémonie devait s’accomplir.

Les prêtres saluèrent d’abord la très sainte Vierge : ils s’entretinrent respectueusement avec elle, et prirent, avec une profonde émotion, l’Enfant divin dans leurs bras. Un repas fut ensuite servi sous le berceau de feuillage ; un grand nombre de pauvres qui avaient suivi les prêtres, comme c’était la coutume dans ces occasions, entourèrent la table et reçurent des présents de Joseph et des prêtres, de telle sorte que tout fut bientôt distribué. Je vis le soleil se coucher ; son disque me semblait plus grand que dans notre pays, et ses rayons pénétraient jusque dans la grotte, par la porte ouverte.

Toute la nuit on pria et on chanta dans la grotte, où des lampes étaient allumées. C’est au lever de l’aurore que la circoncision eut lieu. La sainte Vierge était attristée et inquiète. Les prêtres couvrirent d’abord la pierre octogone destinée à la cérémonie d’un drap rouge, recouvert lui-même d’un autre drap blanc ; puis ils récitèrent les prières, et firent toutes les cérémonies prescrites par la loi.

L’ange avait dit à Joseph que l’enfant devait s’appeler Jésus ; mais cela n’agréait pas au prêtre, qui se mit en prière pour connaître la volonté de Dieu ; un autre ange lui apparut bientôt et lui présenta le nom de Jésus écrit sur une tablette, exactement comme il le fut plus tard sur le Calvaire, au haut de la croix.

Après la circoncision, saint Joseph remit l’enfant Jésus dans les bras de la très sainte Vierge, qui était restée au fond de la grotte avec deux femmes. Elle se retira près de la crèche, les yeux baignés de larmes. Là, elle s’assit, se couvrit de son voile, et, comme l’enfant pleurait beaucoup, elle le calma en lui donnant le sein. Les prêtres prièrent longtemps encore. Enfin la très sainte Vierge leur rapporta le divin Jésus ; ils étendirent leurs mains croisées sur sa tête, et après cette dernière cérémonie, elle se retira. Les prêtres, avant de partir, prirent une petite collation sous le berceau, avec Joseph et quelques bergers. J’ai appris que tous ceux qui avaient assisté à cette cérémonie étaient des gens de bien, qui tous plus tard reconnurent la vérité de l’Évangile.

La nuit suivante, les souffrances de l’enfant se firent vivement sentir ; il pleura presque sans cesse ; cependant Marie et Joseph cherchèrent à l’apaiser en le portant tour à tour dans leurs bras.