CHAPITRE XV

Adoration des Bergers.

Dès que le jour parut, les trois chefs des bergers arrivèrent à la crèche avec leurs présents. Ils amenaient en laisse des chevreaux très gracieux et très agiles, et apportaient des oiseaux, les uns vivants, les autres récemment tués.

Ils frappèrent timidement à la porte de la grotte. Joseph les accueillit avec bonté. Ils lui racontèrent ce que leur avaient annoncé les anges ; lui dirent qu’ils venaient rendre hommage à l’enfant de la promesse, et lui présenter leurs modestes offrandes. Joseph accepta leurs dons avec une pieuse reconnaissance et les conduisit à la très sainte Vierge, assise par terre, auprès de la crèche, ayant son divin fils sur les genoux. Les bergers se prosternèrent humblement. Dans le ravissement de leur joie, ils demeurèrent longtemps muets ; puis enfin ils chantèrent l’hymne qu’ils avaient entendu chanter aux anges, et un psaume dont je ne me souviens plus. Quand ils manifestèrent l’intention de se retirer, la très sainte Vierge leur mit à tous l’enfant Jésus dans les bras Cette action symbolisait le grand rôle de la sainte Vierge qui est d'être Mère de la divine grâce. C'est toujours par elle que nous recevons Jésus. . Ils le lui rendirent en pleurant et quittèrent la grotte.

Le soir, plusieurs bergers, venus de la tour située à quatre lieues de Bethléem, et accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, apportèrent à la crèche des oiseaux, des œufs, du miel, du fil, de la soie écrue et des bouquets d’une plante à épis pleins de gros grains. Après avoir offert leurs présents à Joseph, ils s’approchèrent humblement de Jésus, auprès duquel la sainte Vierge était constamment assise. Ils rendirent leurs hommages à la mère et à l’enfant ; puis ils s’agenouillèrent et chantèrent le Gloria in excelsis, des psaumes et quelques cantiques ; je me souviens des paroles suivantes, que je chantai avec eux : « O petit enfant, vermeil comme la rose, tu parais comme un messager de salut ! » Après avoir ainsi adoré le nouveau-né, ils se courbèrent au-dessus de la crèche comme pour l’embrasser.

Les jours suivants, les trois bergers aidèrent saint Joseph à arranger plus commodément la grotte de la crèche et les grottes latérales. Plusieurs femmes pieuses offrirent leurs services à la sainte Vierge. C’étaient des Esséniennes qui habitaient la vallée. Elles avaient été appelées par Joseph, qui les avait connues dans sa jeunesse, lorsqu’il fuyait ses frères. Elles apportaient les aliments nécessaires à la sainte famille, et s’occupaient tour à tour des soins du ménage. Je fus témoin alors d’une scène bien touchante : Marie et Joseph étaient debout devant la crèche, et contemplaient l’enfant Jésus avec une vive émotion ; soudain l’âne plia ses deux genoux et inclina la tête jusqu’à terre. Au même instant, je vis Marie et Joseph verser des larmes.

Sainte Anne envoya de Nazareth une de ses parentes qui la servait, pour visiter Marie ; elle était accompagnée d’un vieillard, et tous deux apportaient divers objets pour Marie. A la vue de l’enfant, ils furent profondément touchés, et le vieux serviteur fondit en larmes. Marie conserva près d’elle la parente de sa mère, ainsi que l’avait souhaité Anne ; mais le serviteur retourna au plus tôt, afin de rendre compte de son message.

Je vis ensuite que la sainte Vierge dut quitter la grotte de la crèche, avec l’enfant Jésus et sa nouvelle servante, pour se cacher dans celle où avait jailli une source après la naissance de Jésus-Christ. Joseph l’avait assez commodément arrangée. Elle y resta quatre heures cette fois. Plus tard, ayant eu occasion de s’y retirer de nouveau, elle y demeura deux jours.

Ils s’y réfugièrent par suite d’un avertissement intérieur, et en effet plusieurs personnes vinrent ce jour-là de Bethléem à la grotte : c’étaient, je crois, des émissaires d’Hérode. Les récits des bergers avait propagé la nouvelle que des signes miraculeux s’étaient produits en ce lieu à l’occasion de la naissance d’un enfant. Je vis les émissaires adresser quelques paroles à Joseph, puis se retirer en se riant de la simplicité et de la pauvreté de ce saint homme. Après avoir passé environ quatre heures dans la grotte latérale, la sainte Vierge revint à la crèche avec l’enfant Jésus.

La position de la grotte de la crèche était charmante, et la sainte famille y jouissait d’une douce solitude ; les bergers seuls venaient la visiter. Du reste, on ne s’inquiétait guère d’eux à Bethléem, car la ville était remplie de mouvement et d’agitation, à cause du grand nombre d’étrangers qui tour à tour y survenaient.

Mais bientôt la nouvelle de l’apparition de l’ange aux bergers, à l’heure de la naissance de Jésus, se répandit dans le pays ; tous les braves gens des vallées entendaient parler du merveilleux enfant de la promesse, et ils vinrent tous, les uns après les autres, pour lui rendre leurs hommages. De ce nombre se trouvait la bonne femme qui tout récemment avait réparé la dureté de son mari en accueillant de son mieux la sainte famille. Elle se sentit tout heureuse de leur avoir donné ce témoignage de sympathie.

La sainte famille ne garda pour elle qu’une faible partie des provisions abondantes apportées par les bergers : le reste fut bientôt distribué aux pauvres.