CHAPITRE XIV

La naissance du Christ annoncée en divers lieux.

Dans cette même nuit, j’aperçus dans le temple Noémi la maîtresse de Marie, la prophétesse Anne et le vieux Siméon ; puis je vis sainte Anne à Nazareth, sainte Élisabeth à Juttah : tous eurent des visions et des révélations sur la naissance du Sauveur. Le petit Jean-Baptiste sembla aussi éprouver une joie surnaturelle. Ils reconnaissaient Marie dans ces visions, mais ils ignoraient où l’événement miraculeux s’était accompli ; sainte Anne seule savait que Bethléem était le lieu du salut.

Je fus témoin, dans le même temps, d’un fait merveilleux qui se passa dans le temple de Jérusalem : les rouleaux de parchemin des sadducéens furent, à plusieurs reprises, jetés hors des armoires qui les renfermaient et dispersés de tous côtés Les prophéties étaient accomplies. Les altérations de la loi étaient vaincues par l'apparition ici-bas du Verbe de vie. . Les sadducéens, qui attribuaient cet accident à la sorcellerie, en furent très effrayés, et donnèrent beaucoup d’argent pour qu’il restât secret.

A Rome, dans un quartier situé au delà du Tibre et habité par un grand nombre de Juifs, une source d’huile jaillit au moment de la naissance de Jésus.

La voûte d’un temple s’écroula, et une magnifique statue de Jupiter fut brisée en mille morceaux. Les païens effrayés firent des sacrifices, et demandèrent à l’idole de Vénus ce qu’un tel accident présageait. Alors le démon répondit par la bouche de l’idole : « Cela est arrivé, parce qu’une vierge pure a mis au monde un enfant. » A l’endroit où la source d’huile a jailli s’élève aujourd’hui une église consacrée à la Mère de Dieu Sainte-Marie au-delà du Tibre porte aussi le nom de « Sainte-Marie à la Source d'huile : Sancta Maria de Fonte Olei. » .

Soixante-dix ans auparavant, il y avait à Rome une bonne et pieuse femme, appelée Cyrena (peut-être Juive), qui avait des visions et prophétisait. Lorsqu’elle vit qu’on couvrait d’or et de pierreries cette statue de Jupiter, elle dit publiquement aux païens qu’un jour viendrait où elle serait brisée en mille morceaux. Les prêtres des faux dieux la pressaient d’en préciser l’époque, et, comme elle l’ignorait, ils la mirent en prison et n’y retinrent jusqu’à ce que, grâce à une manifestation divine, elle pût leur répondre que ce serait quand une vierge pure aurait mis un fils au monde. A ces mots, on se moqua d’elle ; on la crut folle et la liberté lui fut rendue.

Les magistrats de la ville de Rome prirent des informations sur cet événement et sur l’apparition de la source d’huile. Lentullus, l’un d’eux, fut aïeul du prêtre et martyr Moïse, et de Lentulus, un des amis de saint Pierre.

L’empereur Auguste fut aussi témoin d’une apparition dans le ciel. Il vit une vierge sur un arc-en-ciel, et à ses côtés un enfant qui semblait lui appartenir. Il consulta, sur la signification de cette apparition, unoracle depuis longtemps muet, qui répondit aussitôt : « Cette vision annonce la naissance d’un enfant auquel tous les princes du monde seront soumis. » L’empereur fit alors élever un autel sur la colline au-dessus de laquelle avait eu lieu l’apparition, et le dédia, avec beaucoup de sacrifices, au Premier-Né de Dieu.

En Égypte, au delà de Matarée, d’Héliopolis et de Memphis, une idole devint tout à coup muette. Le roi de ce pays fit offrir des sacrifices pour obtenir qu’elle recommençât à parler. Mais Dieu lui imposa de répondre qu’elle était contrainte à disparaître, parce que le fils de la Vierge était né ; elle ajouta qu’on devait élever un temple en cet endroit. Le roi fit enlever l’idole, et bâtit un monument qu’il dédia à la Vierge et à son enfant, et où on les honora selon les rites du paganisme.

A l’heure de la naissance de Jésus, les rois mages eurent une apparition merveilleuse. Adonnés à l’astrologie, ils avaient une tour placée sur une montagne. L’un d’eux s’y tenait constamment avec plusieurs prêtres, pour y étudier les astres. Ils écrivaient toujours et se communiquaient leurs observations. Pendant cette nuit, il me semble avoir vu deux d’entre eux sur cette tour. Le troisième habitait plus loin, à l’orient de la mer Caspienne. Je vis l’image qui leur fut montrée.

Ils virent, au-dessus de la lune, qui était dans sa croissance, un bel arc-en-ciel, sur lequel une vierge était assise. Sa jambe gauche était à demi relevée, tandis que la droite se reposait légèrement sur le croissant. A gauche de la vierge, il y avait un cep de vigne ; à droite une gerbe d’épis de froment, et devant elle un calice semblable à celui dont Notre-Seigneur se servit quand il fit la cène avec ses disciples. De ce calice ils virent s’élever un petit enfant, au-dessus duquel brillait un disque rayonnant de lumière, semblable à un ostensoir. Du côté droit de l’enfant s’échappa une branche, d’où parut sortir une église octogone, ayant une grande porte dorée et deux petites portes latérales. La vierge, qui tenait le calice dans sa main droite, le plaça, avec l’enfant et l’hostie, dans l’église, qui alors me parut très vaste. Au fond, j’aperçus une manifestation de la sainte Trinité ; enfin, je la vis se transformer en une cité brillante, image de la Jérusalem céleste.

Les rois, à cette apparition, éprouvèrent une joie indicible. Ils réunirent leurs trésors et leurs présents, et se mirent en chemin. Ah ! combien a été grande la miséricorde de Dieu envers les païens !