CHAPITRE XIII
La naissance du Christ annoncée aux bergers.
Pendant la nuit où naquit le Sauveur, je vis en beaucoup de lieux, et jusque dans les contrées les plus lointaines, une joie et un mouvement extraordinaires. Les hommes au cœur pur étaient tout pénétrés de joie et d’espérance, et les méchants se sentaient saisis de terreur et d’angoisse. Des animaux même manifestaient leur contentement ; des fleurs, des plantes et des arbres paraissaient rafraîchis, et répandaient un parfum nouveau. Des sources jaillissaient de terre. Une, entre autres, jaillit d’une grotte voisine de la crèche, au moment même de la naissance du Sauveur. Enfin une vapeur brillante se répandit sur la vallée des bergers, tandis que Bethléem était couvert d’un nuage rouge et sombre tout à la fois.
Dans la vallée des bergers à une lieue et demie de la grotte de la crèche, le long des vignes qui s’étendaient jusqu’à Gaza, il y a une colline où étaient les maisons des trois chefs des bergers d’alentour ; à trois lieues de cette grotte s’élevait, au milieu d’arbres verdoyants, et au sommet d’une colline isolée, la tour des bergers, grand échafaudage en bois, de forme pyramidale, assis sur des quartiers de rochers. Les familles des bergers demeuraient à deux lieues de rayon autour de cette pyramide, dans des cabanes, séparées les unes des autres par des jardins et des champs. Leurs réunions habituelles se tenaient au pied de la tour.
Après la naissance de Jésus, les trois chefs des bergers, réveillés par des impressions mystérieuses, sortirent de leurs maisons, regardèrent autour d’eux, et virent avec étonnement une lueur merveilleuse planant au-dessus de la grotte de la crèche. Je vis aussi ceux des leurs qui étaient près de la tour s’agiter, monter sur l’échafaudage et regarder du côté de la crèche. Comme les trois premiers avaient les yeux tournés vers le ciel, une nuée lumineuse s’abaissa vers eux ; j’y vis un mouvement de formes et de figures, et j’entendis de plus en plus distinctement des chants d’une douceur et d’une harmonie ravissantes. Les bergers furent d’abord remplis de crainte, mais bientôt un ange se présenta à eux et leur dit : « Ne craignez rien, car je viens vous annoncer une grande joie pour tout le peuple d’Israël. Aujourd’hui il vous est né un Sauveur dans la cité de David : c’est le Seigneur Christ, et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Tandis que l’ange annonçait ces choses, la lueur splendide allait toujours croissant, et je le vis alors entouré de cinq ou sept figures d’anges, grandes belles et lumineuses, qui louaient Dieu et chantaient : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
Les bergers qui se trouvaient auprès de la tour eurent la même apparition, mais seulement un peu plus tard. L’ange se fit voir aussi à plusieurs pasteurs stationnant auprès d’une fontaine située à trois lieues de Bethléem à l’orient de la tour. Je ne les vis pas se rendre aussitôt à la grotte, dont ils étaient éloignés, les uns d’une lieue, les autres de deux ; mais ils se consultèrent pour savoir ce qu’il convenait d’offrir au nouveau-né, et préparèrent leurs présents aussi promptement qu’il leur fut possible. Ils n’arrivèrent à la crèche qu’au lever de l’aurore.