CHAPITRE V
Préparatifs pour la naissance de Jésus-Christ.
Vers le même temps, un édit de César-Auguste, prescrivant le dénombrement du peuple et une levée d’impôts, fut publié dans la terre promise, et je vis une multitude de personnes parcourir le pays pour se rendre en divers lieux.
Déjà, depuis quinze jours, je voyais Marie occupée de toutes sortes de préparatifs pour la naissance de Jésus-Christ ; elle préparait des couvertures et des langes. Je la voyais dans la maison. Elle était dans un état de grossesse fort avancé, et travaillait assise dans une chambre avec plusieurs autres femmes.
Anne, qui possédait de grands pâturages et des troupeaux nombreux, fournissait abondamment à la sainte Vierge de tout ce qu’exigeait son état. Persuadée que Marie ferait ses couches dans sa maison et que tous ses parents viendraient la visiter, elle préparait tout pour la naissance de l’enfant de la promesse. De belles couvertures et de riches tapis étaient confectionnés. Je voyais même des fils d’or et d’argent qu’on employait à les broder. Tous ces objets, il est vrai, n’étaient pas destinés à la très sainte Vierge ; une grande partie devait être distribuée aux pauvres, qui en pareille circonstance, n’étaient jamais oubliés. Sainte Anne était très affairée ; elle allait et venait, distribuait la laine à ses servantes, et leur assignait leur tâche.
Quant à Joseph, il était à Jérusalem, où il avait conduit des têtes de bétail qu’il voulait offrir en sacrifice. De là il s’était rendu à Bethléem, pour prendre des renseignements sur le dénombrement, qui exigeait que chacun vînt dans son lieu natal. Il ne se fit pourtant pas inscrire encore, ayant le projet, après avoir accompagné Marie au temple pour sa purification, de revenir à Bethléem avec elle et de s’y établir. Je ne sais plus bien quels avantages il y voyait ; mais le séjour de Nazareth ne lui plaisait point.
Vers minuit, comme il passait par la plaine de Khimki, à six lieues de Nazareth, un ange lui apparut et lui ordonna de conduire Marie à Bethléem, car c’était là qu’elle devait donner naissance à l’enfant. Il lui indiqua les objets qu’il devait emporter avec lui ; ils étaient en très petit nombre, et les couvertures brodées en étaient nominalement exclues. Il devait aussi, outre l’âne qui servirait de monture à Marie, emmener avec lui une ânesse d’un an qui n’eût point encore mis bas. Il devait la laisser courir en liberté, et suivre toujours la route qu’elle prendrait, Arrivé à Nazareth, Joseph fit connaître à Marie et à sa mère les ordres que l’ange lui avait donnés la nuit précédente. Toutes deux se rendirent ensemble dans la maison d’Anne, et je les vis tout disposer pour partir sans retard. Anne était tout attristée. La sainte Vierge savait que Jésus devait naître à Bethléem, mais son humilité lui avait imposé silence.
Elle le savait par les passages des prophètes sur la naissance du Messie. Elle conservait à Nazareth leurs écrits, qu’elle avait reçus de ses maîtresses, et que ces saintes femmes lui avaient expliqués. Elle les avait souvent lus, et dans ses ardentes prières, elle en avait toujours imploré l’accomplissement. Toujours elle avait appelé bienheureuse celle qui devait mettre au monde le saint enfant, elle avait désiré être la dernière de ses servantes. Jamais, dans son humilité, elle n’aurait pensé qu’un tel honneur pût lui être destiné. Sachant par les prophéties que le Sauveur devait naître à Bethléem, elle se conforma avec joie à la volonté divine, en entreprenant ce voyage, qui devait être très pénible pour elle dans cette saison, car il faisait souvent un froid très vif, dans les vallées qui coupaient les chaînes de montagnes.