XIX — « Jésus…, voici Tes serviteurs, parvenus au comble de la félicité »

Après quelques mois d’absence, enfin, le 31 juillet 1964, P. Pio se rend de nouveau auprès de Teresa. « Après des jours de terrible souffrance », écrit Teresa, « j’ai été opérée au genou droit, à cause du liquide qui s’était formé sur la rotule de ce même genou. Aujourd’hui… je n’ai pas de fièvre et je suis sans douleurs : je me sens sans Dieu, car, pour moi, la douleur est comme la douceur de chaque jour… Vers 16 h 30, le « moine » s’est montré, de nouveau, lui qui vient de si loin. Il m’a dit : — Petite fille de Jésus, sache que, pendant encore quatre années, tu auras beaucoup à lutter ; ne te décourage jamais, même quand la croix devient très lourde, car le Seigneur te donne la force et tu la porteras. Tu dois tout remettre dans la volonté de Dieu. Puis, nous avons prié ensemble, en disant : — Jésus très aimable, voici Tes serviteurs parvenus au comble de la félicité, qui T’adorent profondément, là où Tu demeures le moins révéré et le plus abandonné, et qui désirent T’aimer en tous les lieux de la terre. Alors, le « moine », en me faisant un signe de croix sur le front, a dit : — Souffre en paix — et, lentement, il s’est éloigné » (Cf. Journal, 31 juillet 1964, p. 1754).

P. Pio annonce à l’avance à Teresa quatre années d’intense lutte. Il mourut un peu plus de quatre ans après (Francesco Forgione, tels étaient le prénom et le nom de famille de P. Pio, était né à Pietrelcina, le 25 mai 1887, et mourut à S. Giovanni Rotondo, le 23 septembre 1968).

Effectivement, les années qui suivirent furent, pour Teresa, des années de lutte et de souffrance. De plus, P. Pio, conscient du temps de son départ de ce monde, comme il l’avait laissé entendre le 10 mars, « bientôt je m’en irai », et de ce qu’il ne pourra plus intervenir auprès de Teresa, se montre soucieux de l’aider de la meilleure manière possible.

Quels sentiments paternels dans ses recommandations : « Ne te décourage pas…, le Seigneur te donnera la force… et tu porteras la lourde croix ». C’est un testament spirituel. Teresa ne devra jamais renoncer à accomplir la volonté de Dieu, même quand la souffrance devient plus dure et insupportable, car telle est sa mission, à savoir, d’être victime d’expiation, pour sauver les âmes.

Il est singulier que P. Pio, dans les dernières paroles prononcées avec Teresa, s’adresse au Seigneur par l’expression « voici Tes serviteurs, parvenus au comble de la félicité… ».

Autrement dit, le P. Pio met sur le même plan lui et Teresa : tous les deux serviteurs du Seigneur, « parvenus au comble de la félicité ». La souffrance unit Teresa et P. Pio et, pour tous les deux, cette souffrance devient source de joie, de félicité, en tant qu’offerte avec amour au Seigneur, pour la réalisation de Ses desseins divins. Teresa, en effet, affirme trouver sa joie précisément dans la souffrance, « sa douceur quotidienne », que nul ne pourra lui ôter. Alors, le dernier salut de P. Pio adressé à Teresa, « souffre en paix », a une signification de vœu, car la souffrance, acceptée par amour de Jésus, lui donnera la paix, lui ouvrira les portes du Paradis, pour recevoir la récompense de sa fidélité à l’« Époux céleste ».

Teresa, donc, appelée par le Seigneur à offrir sa vie, à s’immoler, à « être crucifiée avec le Crucifié », comme P. Pio, est désormais pleinement parvenue « au comble de sa félicité », dans la gloire de Dieu, qu’elle loue, éternellement, avec sa Mère céleste, avec les Anges, avec les Saints et, en particulier, avec son cher « moine », saint Pio de Pietrelcina.