IV — « Je viens de San Giovanni Rotondo, je m’appelle Pio… »
Le 15 juin 1961, le P. Pio rencontra prodigieusement Teresa, se rendant, depuis San Giovanni Rotondo, dans sa maison de Caiazzo, où la jeune fille gisait dans son lit, malade, seule à la maison, en proie à de très fortes douleurs, et personne ne pouvait l’aider à descendre pour aller aux toilettes. Suivons le récit : « Il était 12 h 20 quand je sentis que je devais aller aux toilettes : je cherchai à descendre du lit, mais je tombai. Ne pouvant plus me relever, je me mis à prier. À un certain moment, je vis entrer par la porte un moine grand, robuste et à la barbe blanche, qui me dit : — Mon poussin, attends, j’arrive ! — Il me prit dans ses bras et me remit au lit. Puis, s’étant assis, il dit : — Dis une prière pour moi. — Je lui dis : — Padre, c’est vous qui devez la dire, pour moi, afin que je guérisse ! — Il poursuivit : — Tu obtiendras, du Père céleste, ton Crucifié, beaucoup de grâces, pour les pauvres gens, pour les pauvres pécheurs et nos chers frères. — Qui êtes-vous et d’où venez-vous ? lui demandai-je. Il répondit : — Je viens de San Giovanni Rotondo, je m’appelle Pio. — Il me bénit et descendit par les escaliers » (Cf. Journal, p. 1641). On ne peut qu’admirer la grande humilité et l’abnégation du saint moine, qui se rend disponible pour les choses les plus misérables et, dirais-je, répugnantes ; mais on le sait : l’amour est capable de tout, même de transformer un moine en une humble personne de service, « car la charité est patiente, elle est bienveillante, elle s’adapte, elle embrasse le monde entier et au ciel elle s’accomplira », comme le récite un chant liturgique, faisant écho à l’hymne à la charité de saint Paul Apôtre (Cf. 1 Co 13, 4 et s.). C’est le triomphe de l’amour que celui du P. Pio qui, à l’exemple du Christ, véritable Amour, ne connaît ni limites ni barrières lorsqu’il s’agit de secourir les frères pauvres et souffrants. En effet, lorsque ces choses se produisaient, le P. Pio ne faisait plus qu’un avec Jésus, presque comme il l’est à présent dans la gloire, tout en vivant dans une dimension humaine spéciale de « déjà et pas encore », si bien que son amour était vraiment du Paradis et qu’il partageait son parfum de sainteté et ses délices spirituelles avec l’innocente et sainte petite sœur Teresa, victime d’amour comme lui.