Avant-propos
Les notes dominantes de la vie de Teresa Musco, qui la rapprochent de celle du Bienheureux P. Pio de Pietrelcina, sont constituées par l’amour ardent envers Jésus, son Époux céleste, et envers la Bienheureuse Vierge Marie, sa Mère céleste, par l’héroïque charité envers le prochain et par la grande joie éprouvée dans la souffrance, offerte, avec amour, pour le salut des âmes. Teresa était véritablement éprise de la croix de Jésus. Cela la disposait intérieurement à la pratique de l’humilité, de la patience, de la charité envers tous, du pardon, de la compréhension, de la mortification de son propre corps, qu’elle appelait « mon petit âne » ; cela accroissait en elle le désir d’être toujours en communion avec Dieu, par la prière, la méditation sur la Passion de N. S. Jésus-Christ et, surtout, par la participation au Sacrifice eucharistique, se nourrissant à la Table de la Parole et du Pain de vie. Dans sa brève existence (33 ans, comme Jésus), Teresa courait véritablement « avec persévérance dans l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi, sans se lasser ni perdre courage » (Cf. He 12, 3), méprisant les vanités terrestres et les sollicitations de la chair, tournant, avec une espérance vive, tout son esprit et tout son cœur vers « les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu » (Cf. Col 3, 1), sur la base d’une foi inébranlable en la réalité de Dieu, Un et Trine, en l’Incarnation du Verbe de Dieu, dans le sein très pur de la Bienheureuse Vierge Marie, par l’œuvre du Saint-Esprit, en la passion, la mort et la résurrection de N. S. Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, en la Sainte Église catholique et en ses ministres sacrés, envers lesquels elle nourrissait une sainte et édifiante dévotion. « Le Christ est désormais exalté au-dessus des cieux, mais il souffre, ici, sur la terre, toutes les tribulations que nous endurons, nous, ses membres » (Cf. saint Augustin, Discours, Office des lectures, Ascension de N.S.J.C.), prolongeant ainsi, jusqu’à la fin des temps, son œuvre de rédemption, se servant de nous, ses membres, précisément. « Le Christ, en effet, tout en se trouvant là-haut, demeure encore avec nous… Il n’a pas abandonné le ciel en descendant jusqu’à nous ; et il ne s’est pas non plus éloigné de nous quand il est de nouveau monté au ciel » (cf. op. cit., ibidem). Le Seigneur Jésus est donc ici, parmi nous, et il choisit les âmes les plus disposées à l’aider dans l’œuvre de rédemption de l’humanité. Parmi ces âmes de prédilection, il y a Teresa Musco, à qui saint Pio dit : « Toi, un jour, tu seras comme moi » (Cf. Journal, 1/11/1950, p. 1288). Teresa, à l’âge de dix-sept ans, s’adressant à Jésus, disait : « Fais-moi monter sur Ta croix même, fais-moi boire à Ton calice même. Ne m’épargne rien de ce qui peut faire du bien à mon âme… ; j’ai mis à Ta disposition tout mon corps et ma volonté, afin que Tu en fasses ce que Tu veux » (Cf. Journal, 15/10/1960, p. 1581), et la Madone lui assurait : « Je suis auprès de toi, pour te soutenir et t’ajuster sur la croix » (Cf. Journal, 20/10/1960, p. 1583). Nous pouvons donc dire, sans crainte d’exagérer, que, véritablement, Teresa devint comme saint Pio, sur la terre, car la prophétie de ce même saint frère se réalisa à la lettre.
Teresa comprit, comme saint Pio, le mystère de la croix et le secret de la joie, caché dans la souffrance. Elle eut, dès le début de sa vie, une attention toute particulière de la part de Jésus et de la très sainte Vierge Marie, car elle devait jouer un rôle privilégié dans la « vigne du Seigneur », étant appelée à collaborer, comme victime immolée, comme hostie, offerte pour le salut des âmes des pécheurs, spécialement des prêtres. Ce fut un appel spécial que celui de Teresa, un appel à la souffrance la plus aiguë, dans la douleur physique et morale la plus intense et continue. La réponse de Teresa fut généreuse, spontanée et joyeuse. Teresa craignait seulement de ne pas être en mesure de tenir fidèlement les engagements pris avec son Époux céleste. C’est pourquoi elle priait sans cesse, afin que le Seigneur la soutînt, en lui donnant la force suffisante pour accomplir sa volonté, jusqu’au bout, car ce n’est que dans l’accomplissement de la volonté de Dieu que Teresa trouvait sa joie et sa paix, même si cela lui coûtait tant et tant de souffrance.
Teresa Musco est un don et un témoignage réaliste de l’amour de Dieu pour l’humanité. Le Christ ressuscité et monté au ciel « ne nous a pas laissés orphelins » (Cf. Jn 14, 18), il nous a envoyé son Esprit Paraclet, le Consolateur, et il accomplit ses merveilles à travers des âmes d’élite, comme Teresa Musco, victime d’amour.
Teresa avait reçu, dans tout son réalisme, le message salvifique de la croix. Elle aimait Jésus et elle aimait la croix de Jésus, comme unique ancre de salut et comme expression de l’amour infini de l’Homme-Dieu. Dans le don suprême du Christ, dans le sublime acte d’amour du Fils de Dieu, Teresa saisit l’essence de l’amour, qui est liberté, qui est joie, qui est paix, même s’il est fruit de souffrances, de douleur, de renoncements, d’abnégation, car c’est précisément la suite de la croix, c’est précisément l’imitation du Christ souffrant, qui nous fait devenir enfants de Dieu et dignes de son amour. C’est le mystère de la croix, qui rachète, et Teresa pénètre la signification la plus profonde de celui-ci et le vit de la manière la plus profonde et la plus tragique, jusqu’à l’effusion du sang, qui jaillit abondamment de ses plaies, comme des plaies du Christ, au point de désirer les souffrances de Jésus, pour Lui plaire toujours davantage et pour savourer, jusqu’au fond, le calice amer de sa Passion, presque pour rivaliser avec Lui, à travers de telles manifestations d’amour. En effet, l’amour est le mobile de toutes les actions de Teresa et, surtout, l’amour de Celui qui est l’Amour, par lequel elle est tellement fascinée qu’elle n’hésite pas à renoncer à elle-même, à ses propres pensées, à ses propres aspirations, à ses propres sentiments d’enfant, d’abord, puis de fillette, d’adolescente, de jeune fille, de femme, pourvu qu’elle réponde fidèlement à l’amour de son Époux céleste. Dans cette dimension, dans la suite du Christ, voie, vérité et vie, Teresa trouve sa joie, sa paix, sa sérénité, le but de toute son existence. Cette charge d’amour devient bientôt message d’espérance pour les autres.
La vie de Teresa, en effet, est une invitation continuelle aux hommes, à aimer Dieu, à réaliser, dans leur vie, le contenu de la prière que Jésus lui-même nous a enseignée : « Père… que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite… » (Cf. Lc 11, 2 s.). Bien plus, Teresa nous suggère d’entrer dans cette disposition d’âme : demander au Seigneur, jour après jour, minute après minute, qu’il nous aide à accomplir sa sainte volonté. Ce n’est qu’ainsi, en effet, que se réalisera le règne de Dieu en nous et dans le monde entier. Teresa ne possédait rien, sa famille très pauvre était démunie même sur le plan culturel, mais le Seigneur tourne son regard précisément vers cette famille et il la choisit, elle, humble fillette, mais au cœur d’or. C’est le style du Seigneur Jésus, celui de choisir parmi les petits et les insignifiants, pour confondre les sages et les puissants, comme à Lourdes, comme à Fatima, comme à La Salette. Marie de Nazareth aussi était une humble fillette (bien que pleine de grâce, conçue sans le péché originel), que l’appel du Seigneur rendit grande : « …Parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante… ; désormais, toutes les générations me diront bienheureuse… Il a renversé les puissants de leurs trônes, il a élevé les humbles » (Cf. Lc 1, 48-52). L’appel de Teresa, de la part du Seigneur, est une invitation à l’amour, à l’extrême témoignage de fidélité au Christ, dans l’offrande totale, inconditionnelle d’elle-même. En Teresa continue de se manifester l’amour du Christ, qui poursuit, dans ses membres et avec ses membres, l’œuvre de rédemption des hommes, qu’Il veut tous sauvés, afin que ne soit pas rendu vain le sacrifice de la croix.
La première expérience, liée à la présence des stigmates, fut, pour Teresa, plus de souffrance morale que physique, en ce sens que ces meurtrissures qu’elle remarquait à ses mains, à ses pieds et à son côté, jointes à ce qui lui était rapporté en vision, c’est-à-dire l’abandon de la maison paternelle de Caiazzo et de ses proches, pour s’installer à Caserta, engendraient, en elle, de forts doutes sur la source des révélations et une profonde tristesse, en pensant que tout cela était l’œuvre du démon (Cf. Journal, 5/11/1960, p. 1589).
Teresa était une jeune fille éprise de la vie, des belles choses, des choses pures. Très tôt, elle fit l’expérience de Dieu, à travers des manifestations célestes d’Anges, de l’Enfant Jésus, de la Madone, du Seigneur Jésus crucifié et ressuscité, vivant et vrai, de belles âmes contemporaines d’elle, comme saint Pio de Pietrelcina, qui souvent se rendait, de manière prodigieuse, dans sa petite chambre, pour l’aider, tandis qu’elle gisait sur son lit de maladie, ou pour lui apporter la Sainte Communion. Tout cela fit mûrir, en elle, une foi profonde, sincère et authentique, et alluma, dans son âme, un amour ineffable pour Jésus et la Bienheureuse Vierge Marie. Cet amour fut le ressort constant de son comportement quotidien envers le prochain, à commencer par les membres de sa propre famille, par son père, spécialement, qui plus que les autres la faisait souffrir et qu’elle aimait d’un amour profond et sincère, désirant, pour lui, le vrai bien : le salut de l’âme. Cet amour enflammait à un tel point son cœur qu’il lui permettait de vivre héroïquement les vertus théologales, face aux énormes difficultés qui se présentaient quotidiennement à elle, surtout en raison de ses continuelles, innombrables et atroces souffrances physiques, des si nombreuses interventions chirurgicales auxquelles elle dut se soumettre. Le même héroïsme se manifestait dans la pratique de l’humilité, de la patience, dans le fait de supporter n’importe quelle souffrance et injure, dans la pratique de la générosité, dans l’attachement à la prière, dans son désir continuel d’être en contact avec le surnaturel, sans dédaigner l’amour pour les belles choses de la vie (elle était, entre autres, une habile brodeuse), auxquelles elle sut systématiquement renoncer, lorsqu’elle s’apercevait que quelque désir qui était le sien ne s’accordait pas avec la volonté de son Époux céleste, qu’elle aimait, de toutes ses forces, par-dessus toute chose.
À ce stade, je crois pouvoir affirmer que la glorification de Teresa Musco, sur la terre, serait une confirmation supplémentaire de l’ineffable et infini amour de Dieu pour les hommes.
Ô bon Jésus, Époux céleste de Votre bien-aimée Teresa, que Vous avez tant aimée et qui Vous a tant aimé, sur la terre, et qui continue de Vous aimer, là, au Paradis, nous Vous demandons, humblement, nous confiant aussi dans la puissante intercession de Votre très aimée Mère, la Bienheureuse Vierge Marie, Immaculée et notre Mère céleste, de bien vouloir glorifier Votre très humble servante Teresa, en lui accordant les honneurs des autels, pour le bien des âmes et à la gloire de Dieu. Nous nous confions, ô Seigneur Dieu, Un et Trine, en Votre infinie miséricorde, sûrs que Vous exaucerez nos désirs, afin que Votre et notre chère Teresa soit elle aussi glorifiée sur la terre, comme cela est advenu pour saint Pio de Pietrelcina, qui lui dit : « …tu seras comme moi » (Cf. op. cit., ibidem). Nous croyons, en effet, que la glorification de Teresa, elle aussi, entre dans le dessein divin de salut de l’humanité ; dessein qui, autrement, pourrait demeurer stérile, plutôt que de donner des fruits abondants de bien pour les âmes et, surtout, de sanctification des prêtres.
Une grande responsabilité doit donc peser sur ceux qui seront appelés à se prononcer sur la sainteté de Teresa. C’est pourquoi il est nécessaire de prier, afin que le Saint-Esprit les éclaire, de sorte qu’ils puissent exprimer un jugement qui soit, véritablement, selon le Cœur de Dieu.
Une belle âme, très chère au Seigneur, Mme Anna Attanasio Ciriello, passée à la maison du Père le 12 janvier 1986, à l’âge de 95 ans (elle était née, à Aversa, le 8 décembre 1890), eut l’occasion de dire, au nom de sainte Rita de Cascia : « Teresa, elle est au ciel… ; ce bon prêtre (P. Franco Amico) a beaucoup fait… ; ce seront Jésus et la Madone qui trouveront les moyens de mener à bon port la cause de Teresa, qui pourra être glorifiée aussi sur la terre. Pour le moment, elle est au ciel. La sanctification viendra, on pourra attendre un peu, mais elle viendra, car c’est Jésus lui-même qui guidera la cause, pour le bien des âmes. »
Teverola, 2 février 2001
Andrea Tubiello