Et aujourd’hui, au contraire, dans cette soirée de sabbat, si sereine et si calme, et devant moi qui jouis de la joie imminente que je pressens, tu es ainsi bouleversé?! Calme-toi. Imite, ou plutôt unis-toi à ce qu’il y a autour de nous et en moi. Tout est paix, sois en paix toi aussi. Seuls les oliviers rompent, par leur léger bruissement, le calme absolu de l’heure. Mais il est si doux ce léger bruit, qu’il semble un vol d’anges autour de la maison. Et peut-être ils y sont. Car toujours les anges m’ont été proches, un ou plusieurs, quand j’étais à un moment spécial de ma vie. Ils y furent à Nazareth, quand l’Esprit de Dieu rendit fécond mon sein vierge. Et ils furent chez Joseph, quand il était troublé et incertain à cause de mon état et de la manière de se comporter avec moi. Et à Bethléem, par deux fois, quand Jésus naquit et quand nous avons dû fuir en Égypte. Et en Égypte quand nous fut donné l’ordre de revenir en Palestine. Et s’ils n’ont pas apparu à moi, parce que le Roi des anges Lui-même était venu à moi dès sa Résurrection, les anges ont apparu aux pieuses femmes à l’aube du lendemain du sabbat et ils ont donné l’ordre de dire à toi et à Pierre ce que vous deviez faire.

Les anges et la lumière toujours aux moments décisifs de ma vie et de celle de Jésus. Lumière et ardeur d’amour qui, descendant du Trône de Dieu vers moi, sa servante, et montant de mon cœur vers Dieu, mon Roi et Seigneur, m’unissaient à Dieu et Lui à moi, pour que s’accomplisse ce qui était écrit qu’il devait s’accomplir, et aussi pour créer un voile de lumière étendu sur les secrets de Dieu, afin que Satan et ses serviteurs ne connaissent pas, avant le temps voulu, l’accomplissement du mystère sublime de l’Incarnation.

649.14 - Ce soir aussi je sens, bien que je ne les voie pas, les anges autour de moi.

Et je sens grandir en moi, au dedans de moi la Lumière, une lumière insoutenable telle que celle qui m’enveloppa quand je conçus le Christ, quand je l’ai donné au monde. Lumière qui vient d’un élan d’amour plus puissant que celui que j’ai habituellement. C’est par une semblable puissance d’amour que j’ai arraché des Cieux, avant le temps, le Verbe pour qu’il devienne l’Homme et le Rédempteur. C’est par une semblable puissance d’amour, telle qu’est celle qui me pénètre ce soir, que j’espère que le Ciel me ravisse et me transporte là où j’aspire à aller avec mon esprit pour chanter, éternellement, avec le peuple des saints et les chœurs des anges, mon impérissable “Magnificat” à Dieu pour les grandes choses qu’Il a faites pour moi, sa servante.”

“Pas avec ton seul esprit probablement. Et la Terre te répondra, la Terre qui, avec ses peuples et ses nations, te glorifiera et te donnera honneur et amour, tant que le monde existera. C’est ce qu’a prédit Tobie de toi, bien que d’une manière voilée, parce que c’est toi, et non le Saint des Saints, qui as porté vraiment en toi le Seigneur Tobie 13, 11. . Tu as donné à Dieu, toi seule, autant d’amour que tous les Grands Prêtres, et tous les autres du Temple n’en ont donné pendant des siècles et des siècles. Un amour ardent et toute pureté. C’est pour cela que Dieu te rendra toute bienheureuse.”

“Et Il accomplira mon unique désir, mon unique volonté. Car l’amour, quand il est tellement total qu’il arrive presque à la perfection comme celui de mon Fils et Dieu, obtient tout, même ce qui paraîtrait, en jugeant humainement, impossible à obtenir. Souviens-toi de cela, Jean.

649.15 - Et dis-le aussi à tes frères. Vous serez tellement combattus! Des obstacles de tout genre vous feront craindre une défaite, des massacres de la part des persécuteurs, et des défections de la part des chrétiens, à la morale… iscariotique, vous déprimeront l’esprit. Ne craignez pas. Aimez et ne craignez pas. En proportion de la façon dont vous aimerez.

Dieu vous aidera et vous fera triompher de tout et de tous, On obtient tout si on devient séraphins. Alors l’âme, cette chose admirable, éternelle, qui est le souffle de Dieu infusé en nous, s’élance vers le Ciel, tombe comme une flamme au pied du Divin Trône, parle et Dieu l’écoute, et elle obtient du Tout Puissant ce qu’elle veut. Si les hommes savaient aimer comme le commande l’antique Loi, et comme mon Fils a aimé et enseigné à aimer, ils obtiendraient tout.

649.16 - C’est ainsi que j’aime. C’est pour cela que je sens que je vais cesser d’être sur la Terre, moi par excès d’amour, comme Lui est mort par excès de douleur. Voilà! La mesure de ma capacité d’aimer est comble. Mon âme et ma chair ne peuvent plus la contenir! L’amour en déborde, me submerge et en même temps me soulève vers le Ciel, vers Dieu, mon Fils. Et sa voix me dit: “Viens! Sors! Monte vers notre Trône et notre Trine embrassement!” La Terre, ce qui m’entoure, disparaît dans la grande lumière qui me vient du Ciel! Ses bruits sont couverts par cette voix céleste! Elle est arrivée pour moi l’heure de l’embrassement divin, mon Jean!”

649.17 - Jean s’était un peu calmé, tout en restant troublé, en écoutant Marie. Dans la dernière partie de son entretien, il la regardait extasié, et comme ravi lui aussi, le visage très pâle comme celui de Marie.

La pâleur de cette dernière se change lentement en une lumière d’une extrême candeur, il accourt près d’elle pour la soutenir et en même temps il s’écrie:

“Tu es comme Jésus quand il s’est transfiguré sur le Thabor! Ta chair resplendit comme la lune, tes vêtements brillent comme une plaque de diamant posée devant une flamme d’une extrême blancheur! Tu n’es plus humaine, Mère! La pesanteur et l’opacité de la chair sont disparues! Tu es lumière! Mais tu n’es pas Jésus. Lui, étant Dieu en plus que d’être Homme, pouvait se conduire par Lui-même, là-haut sur le Thabor, comme ici sur l’Oliveraie, dans son Ascension. Toi, tu ne le peux pas. Tu ne peux te conduire. Viens. Je vais t’aider à mettre ton corps las et bienheureux sur ton lit, Repose-toi.”

Et, très affectueusement, il la conduit prés du pauvre lit sur lequel Marie s’étend sans même enlever son manteau.

649.18 - Croisant les bras sur sa poitrine, et abaissant ses paupières sur ses doux yeux brillants d’amour, elle dit à Jean qui est penché sur elle:

“Je suis en Dieu. Et Dieu est en moi. Pendant que je le contemple et que je sens son embrassement, dis les psaumes et des pages de l’Écriture qui se rapportent à moi, spécialement à cette heure. L’Esprit de Sagesse te les indiquera. Récite ensuite l’oraison de mon Fils; répète-moi les paroles de l’Archange annonciateur, et celles que m’adressa Élisabeth; et mon hymne de louange… Je te suivrai avec ce que j’ai encore de moi sur la Terre…”

Jean lutte contre les pleurs qui lui montent du cœur, s’efforce de dominer l’émotion qui le trouble, de sa très belle voix qui au cours des années est devenue très semblable à celle du Christ, chose que Marie remarque en souriant et qui lui fait dire:

“Il me semble avoir mon Jésus à côté de moi!”.

Jean entonne le psaume 118, qu’il dit presque en entier, puis les trois premiers versets du psaume 41, les huit premiers du psaume 38, le psaume 22 et le premier psaume. Il dit ensuite le Pater, les paroles de Gabriel et d’Élisabeth, le cantique de Tobie Tobie 13, 1-18. , le chapitre 24ème de l’Ecclésiastique, des versets 11 à 46 Siracide (Ecclésiastique) 24,11 et suivants. Dans les Bibles contemporaines, le chapitre 24 ne comporte que 34 versets (parfois 32). Il s'agit du même texte dont la numérotation a été remaniée. En comparant avec le texte ancien de la Vulgate latine, on peut dire qu'il s'agit de tout le texte du verset 8 au verset 34 inclus. Ce chapitre fait l'éloge de la Sagesse dont Marie est le Trône (Maria Sedes Sapientiae). Voir EMV 647.6. . Pour terminer, il entonne le “Magnificat”. Mais, arrivé au 9ème verset, il s’aperçoit que Marie ne respire plus, tout en ayant gardé une pose et une attitude naturelles, souriante, tranquille, comme si elle n’avait pas remarqué l’arrêt de la vie.

Jean, avec un cri déchirant, se jette par terre contre le bord du lit et il appelle à plusieurs reprises Marie. Il ne sait pas se persuader qu’elle ne peut plus lui répondre, que désormais le corps n’a plus son âme vitale.

Mais il lui faut bien se rendre à l’évidence! Il se penche sur son visage, resté fixe avec une expression de joie surnaturelle, et des larmes abondantes pleuvent de ses yeux sur ce suave visage, sur ces mains pures, si doucement croisées sur sa poitrine. C’est l’unique bain que reçoive le corps de Marie: les pleurs de l’Apôtre de l’amour et de celui que Jésus lui a donné comme fils adoptif.

649.19 - Après la première violence de la douleur, Jean, se rappelant le désir de Marie, rassemble les pans de son ample manteau de lin, qui pendaient des bords du lit, et aussi ceux du voile, qui pendent aussi des deux côtés de l’oreiller, et étend les premiers sur le corps et les seconds sur la tête.

Marie ressemble maintenant à une statue de marbre blanc, étendue sur le dessus d’un sarcophage. Jean la contemple longuement et des larmes tombent encore de ses yeux pendant qu’il la regarde.

Ensuite il donne une autre disposition à la pièce en enlevant tout mobilier inutile. Il laisse seulement le lit, la petite table contre le mur, sur laquelle il place le coffre contenant les reliques; un tabouret qu’il place entre la porte qui donne sur la terrasse et le lit où gît Marie; et une console sur laquelle se trouve la lampe que Jean allume, car maintenant le soir va venir.

Il se hâte ensuite de descendre au Gethsémani pour y cueillir autant de fleurs qu’il peut en trouver et des branches d’oliviers, dont les olives sont déjà formées. Il remonte dans la petite chambre, et à la clarté de la lampe, il dispose les fleurs et les feuillages autour du corps de Marie comme s’il était au centre d’une grande couronne.

649.20 - Pendant qu’il fait ce travail, il parle à la gisante comme si Marie pouvait l’entendre. Il dit:

“Tu as toujours été le lys de la vallée, la suave rose, la belle olive, la vigne féconde, le saint épi. Tu nous as donné tes parfums, et l’Huile de Vie, et le Vin des forts, et le Pain qui préserve de la mort l’esprit de ceux qui s’en nourrissent dignement. Elles font bien autour de toi ces fleurs, simples et pures comme toi, garnies comme toi d’épines, et pacifiques comme toi. Maintenant approchons cette lampe. Ainsi, près de ton lit, pour qu’elle te veille et me tienne compagnie pendant que je te veille, en attendant au moins un des miracles que j’attends et pour l’accomplissement desquels je prie. Le premier est que, selon son désir, Pierre et les autres, que je ferai prévenir par le serviteur de Nicodème, puissent te voir encore une fois. Le second c’est que toi, ayant eu en tout un sort semblable à celui de ton Fils, tu doives comme Lui, avant la fin du troisième jour, te réveiller pour ne pas me rendre orphelin deux fois. Le troisième c’est que Dieu me donne la paix, si ce que j’espère qu’il arrive pour toi, comme c’est arrivé pour Lazare, qui ne t’était pas semblable, ne devait pas s’accomplir. Mais pourquoi cela ne devrait-il pas s’accomplir? Ils sont redevenus vivants la fille de Jaïre, le jeune homme de Naïm, le fils de Théophile… Il est vrai qu’alors le Maître a agi… Mais Lui est avec toi, même s’il ne l’est pas d’une manière visible. Et tu n’es pas morte de maladie comme ceux que le Christ a ressuscités. Mais es-tu vraiment morte? Morte comme meurt tout homme? Non. Je sens que non. Ton esprit n’est plus en toi, dans ton corps, et en ce sens on pourrait parler de mort. Mais, à cause de la manière dont c’est arrivé, je pense que ce n’est qu’une séparation passagère de ton âme sans faute et pleine de grâce d’avec ton corps très pur et virginal. Il doit en être ainsi! Il en est ainsi! Comment et quand la réunion arrivera-t-elle avec la vie qui reviendra en toi, je ne sais pas. Mais j’en suis tellement certain que je resterai ici, à côté de toi, jusqu’à ce que Dieu, par sa parole ou par son action, me montre la vérité sur ton sort.”

Jean, qui a fini de mettre tout en ordre s’assoit sur le tabouret, en mettant la lampe par terre près du lit, et il contemple, en priant, la gisante.

La note doctrinale Mater populi fidelis du 4 novembre 2025 ne met pas en doute la participation de Marie à la Rédemption ; elle rappelle simplement qu'il faut une terminologie qui respecte la primauté du Rédempteur : Jésus. Le terme corédemptrice, bien qu'historique et bien qu'ayant remplacé le terme plus ancien de Rédemptrice dans l'usage liturgique, lui semble porteur d'ambigüité et donc d'usage inopportun. Cependant cette discipline de langage ne doit pas occulter la participation Marie à la Rédemption. Marie est la première et la plus parfaite coopératrice du Christ, la "nouvelle Ève" qui, par son "oui", rend possible l'incarnation et, par sa maternité spirituelle, continue d'intercéder pour l'humanité. Les affirmations des encycliques et d'autres écrits, antérieurs à cette note, restent valables lorsqu'elles sont comprises à la lumière de cette coopération subordonnée, et non comme une attribution d'un pouvoir rédempteur égal à celui de Jésus.