649.7 - Je me suis donnée à Dieu sans mesure, tout en comprenant tout de suite combien de douleur m’en serait venue. Les prophètes étaient présents à mon esprit et la lumière divine me rendait très claires leurs paroles. Ainsi, dès mon premier “fiat” à l’Ange, j’ai su que je me consacrais à la plus grande douleur qu’une mère pût supporter. Mais rien n’a mis de limite à mon amour parce que je sais qu’il est, pour quiconque le pratique, force, lumière, aimant qui attire vers en haut, feu qui purifie et embellit ce qu’il embrase, transformant et faisant dépasser l’humain pour ceux qu’il prend dans son embrassement.
649.8 - Oui, l’amour est réellement une flamme. La flamme qui, tout en détruisant ce qui est caduc, qu’il soit une épave, un rebut, une loque d’homme, en fait un esprit purifié et digne du Ciel. Combien d’épaves, d’hommes souillés, rongés, finis, vous trouverez sur votre route d’évangélisateurs! N’en méprisez aucun, mais au contraire aimez-les pour qu’ils arrivent à l’amour et se sauvent. Versez en eux la charité. Bien souvent l’homme devient mauvais, parce que personne ne l’a jamais aimé, ou l’a mal aimé.
Vous, aimez-les, pour que l’Esprit-Saint revienne les habiter, après leur purification, ces temples que beaucoup de choses ont vidés et souillés. Dieu, pour créer l’homme, n’a pas pris un ange, ni des matières choisies. Il a pris de la boue, la matière la plus vile. Puis, en lui infusant son souffle, c’est-à-dire encore son amour, Il a élevé la matière vile au rang élevé de fils adoptif de Dieu. Mon Fils, sur son chemin, a trouvé beaucoup d’épaves d’hommes tombés dans la boue. Il ne les a pas foulés aux pieds par mépris, mais, au contraire, il les a recueillis et accueillis et en a fait des élus du Ciel. Rappelez-vous-en toujours, et agissez comme Lui l’a fait.
649.9 - Rappelez-vous tout: les actions et les paroles de mon Fils. Rappelez-vous ses douces paraboles. Vivez-les, c’est-à-dire mettez-les en pratique. Et écrivez-les pour qu’elles restent pour ceux qui viendront jusqu’à la fin des siècles, et soient toujours un guide pour les hommes de bonne volonté pour obtenir la vie et la gloire éternelle. Vous ne pourrez certainement pas répéter toutes les paroles lumineuses de l’Éternelle Parole de Vie et de Vérité. Mais écrivez-en autant que vous pouvez en écrire. L’Esprit de Dieu, descendu sur moi pour que je donne au monde le Sauveur et qui est descendu aussi sur vous une première fois et une seconde, vous aidera à vous souvenir et à parler aux foules de manière à les convertir au Dieu vrai. Vous continuerez ainsi cette maternité spirituelle que j’ai commencée sur le Calvaire pour donner de nombreux enfants au Seigneur. Et le même Esprit, en parlant dans les fils recréés du Seigneur, les fortifiera de manière qu’il leur soit doux de mourir dans les tourments, de souffrir l’exil et les persécutions, afin de confesser leur amour pour le Christ et de le rejoindre dans les Cieux, comme déjà l’ont fait Étienne et Jacques, mon Jacques, et d’autres encore…
649.10 - Quand tu seras resté seul, sauve ce coffre…”
Jean pâlit et se trouble plus encore qu’il ne l’a fait quand Marie lui a dit qu’elle sentait sa mission accomplie. Il l’interrompt en s’écriant et en lui demandant:
“Mère, pourquoi parles-tu ainsi? Tu te sens mal?”
“Non.”
“Tu veux me quitter alors?”
“Non. Je serai avec toi tant que je serai sur la Terre. Mais prépare-toi, mon Jean, à être seul.”
“Mais alors tu te sens mal, et tu veux me le cacher!…”
“Non, crois-le. Je ne me suis jamais sentie en force, en paix, en joie comme maintenant. Mais j’ai en moi une telle jubilation, une telle plénitude de vie surnaturelle que… Oui, que je pense ne pas pouvoir la supporter en continuant à vivre. Je ne suis pas éternelle, du reste. Tu dois le comprendre. Éternel est mon esprit. La chair, non. Elle est sujette comme toute chair humaine à la mort.”
“Non! Non! Ne dis pas cela. Tu ne peux pas, tu ne dois pas mourir! Ton corps immaculé ne peut mourir comme celui des pécheurs!”
“Tu es dans l’erreur, Jean. Mon Fils est mort! Moi aussi, je mourrai. Je ne connaîtrai pas la maladie, l’agonie, le spasme de la mort. Mais pour ce qui est de mourir, je mourrai. Et du reste sache, mon fils, que si j’ai un désir qui est mien, tout entier et seulement mien, et qui dure depuis que Lui m’a quittée, c’est justement celui-ci. C’est mon premier, puissant désir qui est tout mien. Je puis même dire: ma première volonté. Toute autre chose de ma vie n’a été que consentement de ma volonté au vouloir divin. Vouloir de Dieu, mis dans mon cœur de petite fille par Lui-même, la volonté d’être vierge. Son vouloir, mon mariage avec Joseph. Son vouloir ma Maternité virginale et divine. Tout, dans ma vie, a été vouloir de Dieu, et mon obéissance à sa volonté. Mais vouloir me réunir à Jésus, c’est un vouloir tout mien. Quitter la Terre pour le Ciel, pour être avec Lui éternellement et sans arrêt! Mon désir de tant d’années! Et maintenant je le sens près de devenir une réalité.
649.11 - Ne te trouble pas ainsi, Jean! Écoute plutôt mes dernières volontés. Quand mon corps, désormais privé de l’esprit vital, sera étendu en paix, ne me soumets pas aux embaumements en usage chez les hébreux. Désormais je ne suis plus l’hébraïque, mais la chrétienne, la première chrétienne, si on y réfléchit bien, parce que la première j’ai eu le Christ, Chair et Sang, en moi, parce que j’ai été sa première disciple, parce que j’ai été avec Lui Corédemptrice Voir la note n°1 ci-dessus. et sa continuatrice ici, parmi vous, ses disciples. Aucun vivant, excepté mon père et ma mère, et ceux qui ont assisté à ma naissance, n’a vu mon corps. Tu m’appelles souvent: “Arche qui contint la Parole divine”. Maintenant tu sais que l’Arche ne peut être vue que par le Grand Prêtre. Tu es prêtre, et beaucoup plus saint et plus pur que le Pontife du Temple. Mais je veux que seul l’Éternel Pontife puisse voir, au temps voulu, mon corps. Ne me touche donc pas. Du reste, tu vois? Je me suis déjà purifiée et j’ai mis le vêtement propre, le vêtement des noces éternelles…
649.12 - Mais pourquoi pleures-tu, Jean!”
“Parce que la tempête de la douleur se déchaîne en moi. Je comprends que je vais te perdre. Comment ferai-je pour vivre sans toi? Je sens mon cœur se déchirer à cette pensée! Je ne résisterai pas à cette douleur!”
“Tu résisteras. Dieu t’aidera à vivre, et longuement, comme Il m’a aidée. Car s’Il ne m’avait pas aidé, au Golgotha et sur l’Oliveraie, quand Jésus est mort et quand il est monté, je serais morte, comme est mort Isaac. Il t’aidera à vivre et à te rappeler ce que je t’ai dit auparavant, pour le bien de tous.”
“Oh! je me rappellerai. Tout. Et je ferai ce que tu veux, pour ton corps aussi. Je comprends aussi que les rites hébraïques ne servent plus pour toi, chrétienne, et pour toi, toute Pure, qui, j’en suis certain, ne connaîtras pas la corruption de la chair. Ton corps, déifié comme aucun autre corps de mortel, et parce que tu as été exempte de la Faute d’origine, et plus encore parce que, outre la plénitude de la Grâce, tu as contenu en toi la Grâce elle-même, le Verbe, c’est pourquoi tu es la relique la plus véritable de Lui, ne peut pas connaître la décomposition, la putréfaction de toute chair morte. Ce sera le dernier miracle de Dieu sur toi, en toi. Tu seras conservée telle que tu es…”
“Et ne pleure pas alors!” s’écrie Marie en regardant le visage bouleversé de l’apôtre, tout baigné de larmes. Et elle ajoute:
“Si je me conserve telle que je suis, tu ne me perdras pas. Ne sois donc pas angoissé!”
“Je te perdrai pareillement même si la corruption ne t’atteint pas. Je le sens, et je me sens comme pris par un ouragan de douleur. Un ouragan qui me brise et m’abat. Tu étais mon tout, surtout depuis que mes parents sont morts et que sont éloignés les autres frères de sang et de mission, et aussi le bien-aimé Marziam que Pierre a pris avec lui. Maintenant je reste seul et dans la tempête la plus forte!”
Et Jean tombe à ses pieds, en pleurant encore plus fort.
649.13 - Marie se penche sur lui, lui met la main sur sa tête secouée par les sanglots et lui dit:
“Non, pas ainsi. Pourquoi me donnes-tu de la douleur? Tu as été si fort sous la Croix, et c’était une scène d’horreur sans pareille, et à cause de la puissance son martyre et à cause de la haine satanique du peuple! Si fort pour son réconfort et le mien, à cette heure!