“Le Cénacle sera le Gethsémani même. À l’intérieur de la maison la pièce pour ceux dont Jésus a parlé. Dehors, près de la maison, les tables des autres. C’est ce qu’il a voulu.”

“Qui? Lazare?”

“Le Seigneur.”

“Le Seigneur? Mais quand est-il venu?”

“Il est venu… Que t’importe le jour? Il est venu et il a parlé avec Lazare.”

636.5 - “Je crois qu’il vient, et même qu’il est venu à chacun de nous, même si aucun de nous ne le dit pour conserver cette joie comme sa perle la plus chère, qu’il craint même de montrer, craignant qu’elle perde sa plus belle lumière. Les secrets du Roi! ” dit Barthélemy et il regarde le groupe des disciples vierges dont le visage s’empourpre comme s’il était frappé par un rayon du soleil couchant. Mais c’est une flamme spirituelle de joie intense qui les allume. Marie, la Vierge des Vierges, dans son blanc vêtement de lin, lys vêtu de candeur, incline la tête en souriant sans parler. Comme elle ressemble en ce moment à la jeune Vierge de l’Annonciation!

“Certes… Il ne nous laisse pas seuls, même s’il ne nous apparaît pas visiblement. Je dis que c’est Lui qui met dans mon pauvre cœur et dans mon esprit encore plus pauvre certaines pensées… ” avoue Mathieu.

Les autres ne parlent pas… Ils se regardent pendant qu’ils se mettent leurs manteaux pour s’étudier mutuellement. Mais le soin même avec lequel certains se couvrent le plus possible le visage, pour tenir caché le flot de joie spirituelle qui réaffleure quand ils pensent aux secrètes rencontres divines, montre qu’ils sont les préférés.

“Et dites-le!” disent les autres. “Nous n’en sommes pas jaloux! Nous ne sommes pas indiscrets pour vouloir savoir. Mais nous serons réconfortés par l’espoir que nous ne serons pas pour toujours privés de sa vue! Rappelez-vous les paroles de Raphaël à Tobie: “Certes il est bien de tenir caché le secret du roi, mais pourtant il est honorable de révéler et de publier les œuvres de Dieu Tobie 12,7. ”. L’ange de Dieu a raison! Gardez pour vous le secret des paroles que Dieu vous a données, mais révélez son continuel amour pour vous.”

Jacques d’Alphée regarde Marie, comme pour recevoir d’elle une lumière et, ayant vu par son sourire qu’elle est d’accord, il dit: “C’est vrai. J’ai vu le Seigneur.” Rien de plus. Et c’est le seul qui le dit. Les deux autres qui se sont bien couverts, c’est-à-dire Jean et Pierre, ne disent pas un mot.

636.6 - Ils sortent tous et en groupes, en avant les onze, puis Lazare avec ses sœurs et les femmes disciples autour de Marie, en dernier lieu les bergers et beaucoup des soixante-douze disciples. Ils se dirigent vers Jérusalem par la route haute qui conduit à l’Oliveraie. Les enfants qui sont restés courent heureux devant et derrière.

Marc indique un sentier qui évite le Camp des Galiléens et les zones plus fréquentées et conduit directement à la nouvelle enceinte du Jardin des Oliviers. Il ouvre, les fait passer, referme. Beaucoup de disciples bavardent entre eux et l’un d’eux va interroger les apôtres, spécialement Jean. Mais eux font signe d’attendre, que ce n’est pas l’heure de faire ce qu’ils demandent, et tous se tiennent tranquilles.

Quelle paix dans la vaste Oliveraie que baise encore dans ses parties les plus élevées un dernier rayon de soleil, alors qu’il y a déjà de l’ombre dans les parties les plus basses! Un léger bruissement du vent dans les feuillages vert-argentés et de joyeux chants d’oiseaux qui saluent le jour qui meurt.

636.7 - Voici la maisonnette du gardien. Sur la terrasse qui lui sert de toit Lazare a fait dresser un pavillon de tentes et la terrasse s’est changée en un cénacle aérien pour ceux des disciples qui n’ont pas pu, un mois avant, consommer la Pâque. En bas, sur la petite aire bien nettoyée, d’autres tables. À l’intérieur de la maison, dans la meilleure pièce, la table des femmes disciples.

On apporte aux différentes tables de ceux qui n’ont pas fait la Pâque les agneaux rôtis, les laitues, les azymes et la sauce rougeâtre, et on a déposé sur les tables les calices rituels. Sur celle des femmes pourtant il n’y a pas ce calice, mais autant de coupes que de convives. On comprend que les femmes étaient dispensées de ce côté de la cérémonie. Sur les tables de ceux qui ont déjà consommé la Pâque au temps normal, il y a l’agneau, mais sans les azymes et les laitues avec la sauce rougeâtre. Lazare et Maximin dirigent tout le service. Lazare se penche sur Pierre pour lui dire quelque chose qui fait violemment agiter la tête de l’apôtre dans un refus obstiné.

“Et pourtant… cela te revient” dit Philippe qui est à côté de lui.

Mais Pierre montre Jacques d’Alphée: “C’est à lui que cela revient.”

636.8 - Pendant qu’ils discutent ainsi, voilà que le Seigneur apparaît au commencement de la petite aire et salue:

“Paix à vous.”

Tous se lèvent et le bruit avertit les femmes de ce qui arrive. Elles sont sur le point de sortir, mais Jésus entre dans la maison en les saluant elles aussi.

Marie dit: “Mon Fils!” et elle le vénère plus profondément que tous, indiquant par ce geste que, bien que Jésus puisse être ami, ami et parent au point même d’être fils, il est toujours Dieu et doit être vénéré comme un Dieu. Vénéré toujours, avec un esprit qui adore même si son amour pour nous est prévenant au point de le pousser à se donner en toute confidence comme notre Frère et notre Époux.

“Paix à toi, Mère. Asseyez-vous, mangez. Je monte là-haut où Marziam attend sa récompense.”

Il revient pour sortir afin de monter l’escalier et il appelle à haute voix: “Simon Pierre et Jacques d’Alphée, venez.”

Les deux qu’il a nommés montent derrière Lui et.Jésus s’assoit à la table du milieu où se trouve Marziam en disant aux deux apôtres: “Vous ferez ce que je vous dirai” et au chef de table qui est Mathias: “Commence le banquet pascal.”

Ce soir, Jésus a Marziam à son côté, à la place où était Jean l’autre fois. Pierre et Jacques sont derrière le Seigneur, attendant ses ordres.