“Choisissez le douzième. Cela te revient, Pierre.”
“À moi? Pas à moi, Seigneur! Toi indique-le.”
“J’ai choisi mes douze une fois et je les ai formés. Puis j’ai choisi leur chef. Puis je leur ai donné la Grâce et leur ai infusé l’Esprit-Saint. Maintenant il leur appartient de marcher, car ce ne sont plus des nourrissons incapables de le faire.”
“Mais dis-nous, au moins, où nous devons porter nos regards…”
“Voilà la partie choisie du troupeau” dit Jésus en faisant un geste circulaire sur ceux des soixante-douze qui sont présents.
“Pas nous, Seigneur, pas nous. La place du traître nous fait peur” disent-ils suppliants.
“Prenons Lazare. Veux-tu, Seigneur?”
Jésus se tait.
“Joseph d’Arimathie? Nicodème?”
Jésus se tait.
“Mais oui! Prenons Lazare.”
“C’est à l’ami parfait que vous voulez donner cette place dont vous ne voulez pas?” dit Jésus.
“Seigneur, je voudrais te dire un mot” dit le Zélote.
“Parle.”
“Lazare par amour pour Toi, j’en suis certain, prendrait même cette place et la tiendrait d’une façon si parfaite qu’il ferait oublier à qui était cette place. Mais il ne me semble pas convenable de le faire pour d’autres motifs. Les vertus spirituelles de Lazare existent en beaucoup parmi les humbles de ton troupeau. Et je pense qu’il serait mieux de leur donner la préférence, pour que les fidèles ne disent pas que l’on a cherché le pouvoir et la richesse, comme font les pharisiens, au lieu de la seule vertu.”
“Tu as bien parlé, Simon. Et tu as d’autant bien parlé que tu as parlé avec justice sans que ton amitié pour Lazare te mette un bâillon.”
“Faisons alors de Marziam ton douzième apôtre. C’est un enfant.”
“Moi, pour effacer ce vide horrible, j’accepterais, mais je n’en suis pas digne. Comment pourrais-je parler, moi enfant, à des adultes? Seigneur, tu dois dire si j’ai raison.”
“Tu as raison. Mais ne vous hâtez pas. L’heure viendra et vous serez étonnés alors d’avoir tous la même pensée. Priez en attendant. Moi je m’en vais. Retirez-vous pour prier. Pour le moment, je vous congédie. Arrangez-vous pour être tous à Béthanie pour le quatorzième jour de Ziv.”
Il se lève pendant que tous s’agenouillent, prosternés, le visage dans l’herbe. Il les bénit et la lumière, sa servante qui annonce et précède son arrivée comme elle l’accueille à son départ, l’embrasse et le cache en l’absorbant une fois encore.