“Elles crient notre lâcheté parce que nous fuyions pendant que tu les recevais…” dit Philippe.

“Et plus nous les regardons et plus notre conscience nous reproche notre lâcheté, notre sottise, notre incrédulité” dit ‘Thomas.

“Pour notre paix et celle de ce peuple pécheur, puisque tu es mort et ressuscité pour le pardon du monde, efface ces accusations au monde, ô Seigneur!” prie André.

630.5 - “Elles sont le Salut du monde. C’est en elles qu’est le Salut. Le monde qui hait, les a ouvertes, mais l’Amour en a fait Remède et Lumière. C’est par elles que la Faute a été clouée. C’est par elles qu’ont été suspendus et soutenus tous les péchés des hommes pour que le Feu de l’Amour les consume sur le véritable Autel.

Quand le Très-Haut prescrivit à Moïse l’arche et l’autel des parfums, ne les a-t-Il pas voulus percés avec des anneaux pour être élevés et portés où le voulait le Seigneur? Moi aussi je suis percé. Je suis plus que l’arche et que l’autel. Je suis bien plus que l’arche et que l’autel. J’ai brûlé le parfum de ma charité pour Dieu et pour le prochain, et j’ai porté le poids de toutes les iniquités du monde. Et le monde doit se rappeler cela, pour se rappeler ce qu’il en a coûté à un Dieu. Pour se rappeler comment l’a aimé un Dieu. Pour se rappeler ce que produisent les fautes. Pour se rappeler que le salut est dans Un seul: en Celui qu’ils ont transpercé. Si le monde ne voyait pas rougir mes plaies, en vérité il oublierait vite que c’est à cause de ses fautes qu’un Dieu s’est immolé, il oublierait que je suis vraiment mort dans les plus atroces tourments, il oublierait quel est le baume pour ses blessures. C’est ici qu’est le baume. Venez et baisez. Chaque baiser est un accroissement de purification et de grâce pour vous.

En vérité je vous dis que la purification et la grâce ne sont jamais suffisantes car le monde consume ce que le Ciel lui verse, et il faut compenser, par le Ciel et ses trésors, les ruines du monde. Je suis le Ciel, tout le Ciel est en Moi, et les trésors célestes coulent de mes plaies ouvertes.”

Il présente ses mains au baiser de ses apôtres. Et il doit les appuyer Lui, ces mains blessées, sur les bouches avides et craintives, car la crainte d’augmenter Sa douleur retient ces lèvres de s’appuyer sur ces blessures.

“Ce n’est pas cela qui donne de la douleur, même si cela donne de la rigidité. La douleur c’est une autre chose!…”

“Laquelle, Seigneur?” demande Jacques d’Alphée. “D’être mort inutilement pour trop de gens…

630.6 - Mais allons. Allez même en avant. Nous allons au Gethsémani… Et quoi? Avez-vous peur?”

“Pas pour nous, Seigneur… C’est que les grands de Jérusalem te haïssent plus qu’avant.”

“Ne craignez pas. Ni pour vous: Dieu vous protège. Ni pour Moi: elles sont finies pour Moi les contraintes de l’Humanité. Je vais chez ma Mère, et puis je vous rejoindrai. Nous avons à effacer beaucoup de choses horribles d’un récent passé de faute et de haine. Et nous le ferons avec l’amour, avec le contraire de ce que fut la faute… Vous voyez? Votre baiser efface et adoucit la douleur et la conséquence des clous dans la chair vive. De même ce que nous ferons effacera les traces horribles et sanctifiera les lieux que les fautes ont profanés, pour qu’il n’y ait pas trop de douleur à les voir…”

“Allons-nous aussi au Temple?”

La crainte et même l’épouvante se lit sur tous les visages.

“Non. Je le sanctifierais par ma Présence. Et il ne peut pas. Il pouvait l’être. Il ne l’a pas voulu. Il n’y a plus de rédemption pour lui. C’est un cadavre qui se décompose rapidement. Laissons-le à ses morts. Qu’ils accomplissent son ensevelissement. En vérité les lions et les vautours mettront en pièces le tombeau et le cadavre, et il ne restera même pas le squelette du Grand Mort qui n’a pas voulu la Vie.”

Jésus monte l’escalier et sort. Les autres l’imitent en silence. Mais quand ils mettent le pied dans le couloir qui sert d’atrium, Jésus n’est plus là. La maison est silencieuse et semble déserte. Toutes les portes sont fermées.

630.7 - Jean montre la porte qui est en face du Cénacle et il dit:

“Marie est là. Elle y reste toujours, comme dans une extase continuelle. Son visage resplendit d’une lumière ineffable. C’est la joie qui rayonne de son Cœur. Hier, elle me disait: ‘Pense, Jean, quelle félicité s’est répandue dans tous les royaumes de Dieu”. Je lui ai demandé: “Quels royaumes?”. Je pensais qu’elle connaissait quelque merveilleuse révélation sur le royaume de son Fils qui avait vaincu même la mort. Elle m’a répondu: “Dans le Paradis, dans le Purgatoire, dans les Limbes. Le pardon pour ceux du Purgatoire, la montée au Ciel de tous les justes et les pardonnés. Le Paradis peuplé de bienheureux. Dieu glorifié en eux. Nos aïeuls et nos parents là-haut, dans la jubilation. Et encore félicité pour le royaume qu’est la Terre, où maintenant resplendit le signe, et s’est ouverte la source qui vainc Satan et efface la Faute et les fautes. Non plus seulement la paix pour les hommes de bonne volonté, mais aussi la rédemption et la réélection au rang de fils de Dieu. Je vois les foules, oh! combien! qui descendent à cette Source et s’y plongent pour en sortir renouvelées, belles, en leur vêtement de noces, en habit royal. Les noces des âmes avec la Grâce, la royauté d’être fils du Père et frères de Jésus”.

Ils sont sortis, en parlant, dans la rue et s’éloignent pendant que tombe le soir.

630.8 - La rue n’est pas très fréquentée, particulièrement à cette heure où les gens se rassemblent autour des tables pour le souper. Jérusalem, après le fleuve de gens qui l’a inondée pour la Pâque et l’a abandonnée une fois passées les fêtes, si tragiques cette année, semble encore plus vide qu’elle ne l’est habituellement. Thomas le remarque et le fait remarquer.

“C’est ainsi, dit le Zélote. Les étrangers, terrorisés, l’ont abandonnée précipitamment après le Vendredi et ceux qui avaient encore résisté à la grande peur de ce jour se sont enfuis au second tremblement de terre, à celui qui certainement est arrivé quand le Seigneur est sorti du Tombeau. Et ceux qui n’étaient pas gentils ont fui aussi. Beaucoup, je le sais de bonne source, n’ont même pas consommé l’agneau et devront revenir pour la Pâque supplémentaire. Et même des habitants de cet endroit ont fui ou se sont éloignés, certains pour emmener leurs morts, qui ont péri dans le tremblement de terre de la Parascève, d’autres par peur de la colère de Dieu. L’exemple a été fort.”

“Et ce fut bien. La foudre, les pierres sur tous les pécheurs!” maugrée Barthélemy.

“Ne le dis pas! Ne le dis pas! Plus que tous, nous méritons les châtiments célestes. Nous aussi pécheurs… Vous rappelez-vous en ce lieu?… Il y a combien de temps? Dix? Dix soirs.., ou dix ans ou dix heures? Si loin et si proche me paraît mon péché, ces heures, ce soir-là.., que je ne sais jamais… Quel nigaud! Nous étions si sûrs, si belliqueux, si héroïques! Et puis? Et puis? Ah’ ”

Et Pierre se frappe le front avec la main et indique, car ils sont déjà à la petite place: