“Comme à Capharnaüm…”
Et André:
“Moi, moi.., je t’aime, moi.”
Barthélemy vient en gémissant:
“Je n’ai pas été sage, mais sot, Lui est sage”
Et il montre le Zélote auquel Jésus sourit déjà.
Jacques de Zébédée vient et murmure à Jean:
“Dis-le-lui, toi…”
Jésus se tourne et dit:
“Tu l’as dit depuis quatre soirs et depuis autant de temps j’ai eu de la compassion pour toi.”
Philippe, en dernier lieu, vient tout courbé, mais Jésus le force a lever la tête et lui dit:
“Pour prêcher le Christ, il faut davantage de courage.”
627.10 - Maintenant ils sont tous autour de Jésus. Ils s’enhardissent tout doucement, Ils retrouvent ce qu’ils ont perdu ou craint d’avoir perdu pour toujours. Affleurent de nouveau la confiance, la tranquillité et, bien que Jésus soit si majestueux qu’il tient ses apôtres dans un respect nouveau, ils trouvent finalement le courage de parler.
C’est son cousin Jacques qui dit en soupirant:
“Pourquoi nous as-tu fait cela, Seigneur? Tu savais que nous ne sommes rien et que toute chose vient de Dieu. Pourquoi ne nous as-tu pas donné la force d’être à tes côtés?”
Jésus le regarde et sourit.
“Maintenant tout est arrivé. Et tu ne dois plus rien souffrir, mais ne me demande plus cette obéissance. Chaque heure m’a vieilli d’un lustre et tes souffrances que l’amour et Satan augmentaient également, dans mon imagination, de cinq fois ce qu’elles ont été ont vraiment consumé toutes mes forces. Il ne m’est resté rien d’autre pour continuer à obéir que de tenir, comme quelqu’un qui se noie avec les mains blessées, ma force avec la volonté comme des dents qui serrent une planche, pour ne pas périr… Oh! ne demande plus cela à ton lépreux!”
Jésus regarde Simon le Zélote et sourit.
“Seigneur, tu sais ce que voulait mon cœur. Mais, ensuite, je n’ai plus eu de cœur.., comme s’ils me l’avaient arraché les gredins qui t’ont pris.., et il m’est resté un trou d’où fuyaient toutes mes pensées antérieures. Pourquoi as-tu permis cela, Seigneur?” demande André.
“Moi… tu parles de cœur? Moi je dis que j’ai été quelqu’un qui n’a plus de raison, comme quelqu’un qui reçoit un coup de massue sur la nuque. Quand la nuit venue je me suis trouvé à Jéricho… Oh! Dieu! Dieu!… Mais un homme peut-il périr ainsi? Je crois que c’est ainsi la possession. Maintenant je comprends ce qu’est cette chose redoutable!…”
Philippe écarquille encore les yeux en se rappelant sa souffrance.
“Tu as raison, Philippe. Moi je regardais en arrière. Je suis âgé et non dépourvu de sagesse, et je ne savais plus rien de ce que j’avais su jusqu’à cette heure.
627.11 - Je regardais Lazare, si déchiré mais si sûr, et je me disais: “Comment peut-il se faire que lui sache encore trouver une raison et moi plus rien?"" dit Barthélemy.
“Moi aussi, je regardais Lazare. Et, puisque je sais à peine ce que tu nous as expliqué, je ne pensais pas au savoir, mais je disais: ‘Si au moins j’avais le même cœur!” Au contraire je n’avais que douleur, douleur, douleur. Lazare avait la douleur et la paix… Pourquoi tant de paix pour lui?”
Jésus regarde tour à tour d’abord Philippe, puis Barthélemy, puis Jacques de Zébédée. Il sourit et se tait.