627.4 - “Que dis-tu, Simon? Toi qui es cultivé, dis-moi: que dois-je Lui dire pour Lui faire comprendre que je l’aime et que je Lui demande pardon? Et toi, Jean? Tu as parlé beaucoup avec la Mère, aide-moi, Ce n’est pas de la pitié de laisser seul le pauvre Pierre!”
Jean est ému de compassion pour son compagnon humilié et il dit:
“Mais.., mais moi, je Lui dirais simplement: “Je t’aime”. Dans l’amour est compris aussi le désir du pardon et le repentir. Pourtant.., je ne sais pas. Simon, que dis-tu?”
Et le Zélote:
“Moi je dirais ce qui était le cri des miraculés: “Jésus, aie pitié de moi!”. Je dirais: “Jésus” et c’est tout, car il est bien plus que le Fils de David!”
“C’est bien ce que je pense et ce qui me fait trembler. Oh! je me cacherai la tête… Ce matin aussi, j’avais peur de le voir et…”
”… et puis tu es entré le premier. Mais ne crains pas ainsi. On dirait que tu ne le connais pas” lui dit Jean pour l’encourager.
627.5 - La pièce s’illumine vivement comme par un éclair éblouissant. Les apôtres se cachent le visage, craignant que ce soit la foudre, mais ils n’entendent pas de bruit et ils lèvent la tête.
Jésus est au milieu de la pièce, près de la table. Il ouvre les bras en disant:
“La Paix soit avec vous.”
Personne ne répond. Les uns sont plus pâles, d’autres plus rouges, ils le fixent tous, craintifs et suggestionnés, fascinés et en même temps comme pris par le désir de fuir.
Jésus fait un pas en avant en souriant davantage.
“Mais ne craignez pas ainsi! C’est Moi. Pourquoi êtes-vous ainsi troublés? Ne me désiriez-vous pas? Ne vous avais-je pas fait dire que je serais venu? Ne vous l’avais-je pas dit dès le soir de Pâque?”
Personne n’ose parler. Pierre pleure déjà et Jean sourit déjà pendant que les deux cousins, les yeux brillants et remuant les lèvres sans réussir à parler, semblent deux statues représentant le désir.
“Pourquoi avez-vous dans vos cœurs des pensées si opposées entre le doute et la foi, entre l’amour et la crainte? Pourquoi voulez-vous être encore chair et non pas esprit, et avec celui-ci seulement, voir, comprendre, juger, agir? Sous la flamme de la douleur ne s’est-il pas brûlé entièrement le vieux moi et n’a-t-il pas surgi le nouveau moi d’une vie nouvelle?
627.6 - Je suis Jésus. Votre Jésus ressuscité, comme il vous l’avait dit. Regardez. Toi qui as vu mes blessures et vous qui ignorez ma torture. Car ce que vous savez est bien différent de la connaissance exacte qu’en a Jean. Viens, toi, le premier. Tu es déjà tout à fait pur, si pur que tu peux me toucher sans crainte. L’amour, l’obéissance, la fidélité t’avaient déjà rendu pur. Mon Sang, dont tu as été tout inondé quand tu m’as déposé de la Croix, a fini de te purifier. Regarde. Ce sont de vraies mains et de vraies blessures. Observe mes pieds. Vois comment cette marque est celle du clou? Oui, c’est vraiment Moi et non pas un fantôme. Touchez-moi. Les spectres n’ont pas de corps. Moi, j’ai une vraie chair sur un vrai squelette.”
Il met sa main sur la tête de Jean qui a osé aller près de Lui:
“Tu sens? Elle est chaude et lourde.”
Il lui souffle sur le visage:
“Et ceci c’est la respiration.”
“Oh! mon Seigneur!” Jean murmure doucement, ainsi…
“Oui, votre Seigneur. Jean, ne pleure pas de crainte et de désir. Viens vers Moi. Je suis toujours Celui qui t’aime. Assoyons-nous, comme toujours, à la table. N’avez-vous rien à manger? Donnez-le-moi donc.”
André et Matthieu, avec des mouvements de somnambules, prennent sur les crédences les pains et les poissons, et un plateau avec un rayon de miel à peine entamé dans un coin.
Jésus offre la nourriture et mange et il donne à chacun un peu de ce qu’il mange. Et il les regarde, si bon mais si majestueux, qu’ils en sont paralysés.
627.7 - Le premier qui ose parler c’est Jacques, frère de Jean: