“Mère, j’ai l’intention d’aller au Gethsémani. Lui a été pris sans manteau. Peut-être est-il encore là. Puis j’irai à Béthanie.”

“Va. Va, pour le manteau… Les autres sont chez Lazare. Ne va donc pas chez Lazare. Pas besoin. Va et reviens ici.”

Jean part en courant, sans prendre de nourriture. Comme Marie qui reste à jeun. Les femmes ont mangé debout du pain et des olives tout en travaillant à leurs baumes.

614.9 – Jeanne de Kouza arrive avec Jonathas. C’est un masque de pleureuse. Dès qu’elle voit Marie, elle dit:

“Il m’a sauvée! Il m’a sauvée et Lui est mort! Maintenant je voudrais ne pas avoir été sauvée!”

C’est la Mère Douloureuse qui doit consoler cette enfant guérie, mais restée d’une sensibilité morbide. Elle la console et la fortifie en lui disant:

“Tu ne l’aurais pas connu et aimé et tu ne pourrais pas le servir maintenant. Combien il y aura à faire dans l’avenir! Et nous devrons agir, puisque tu le vois… Nous sommes restées, et les hommes se sont enfuis. C’est toujours la femme qui donne la vie Dans la dernière conférence qu'elle donna avant d'être clouée définitivement au lit, Maria Valtorta définit ainsi la nature féminine : "son ingéniosité la conduit plus facilement à être la conseillère de l'homme et de son cœur, intermédiaire entre la terre et le ciel". Cf. la conférence du 18 décembre 1932, p. 162. . Pour le Bien. Pour le Mal. Nous engendrerons la nouvelle Foi. D’elle nous sommes remplies, déposée en nous par Dieu notre Époux. Et nous l’engendrerons à la Terre, pour le bien du monde. Regarde, comme il est beau! Comme il sourit et mendie le saint travail que nous ferons! Jeanne, moi je t’aime, tu le sais. Ne pleure plus.”

“Mais Lui est mort! Oui, là il ressemble encore à un vivant. Mais maintenant il n’est plus vivant. Qu’est le monde sans Lui?”

“Il reviendra. Va, prie, attends. Plus tu croiras, plus tôt il ressuscitera. C’est ma force cette croyance… Et seuls Dieu, Satan et moi, nous savons quels assauts sont donnés à cette Foi dans sa Résurrection.”

Jeanne aussi s’en va, mince et penché comme un lys trop chargé d’eau. Mais après son départ, Marie retombe dans son tourment.

“À tous! À tous je dois donner la force. Et qui me la donne à moi?”

Et elle pleure en caressant le Visage de l’image, car maintenant elle est assise près du coffre sur lequel le Suaire est étendu.

614.10 – Joseph et Nicodème arrivent, et ils évitent aux femmes de sortir pour acheter de la myrrhe et de l’aloès car ils en apportent des sachets. Mais leur force cède devant le Visage imprimé sur la toile et devant le visage ravagé de la Mère.

Ils s’assoient dans un coin après l’avoir saluée et se taisent, sérieux, funèbres… puis ils s’en vont. Et elle n’a plus la force de parler, mais à mesure que descend le soir, qu’avance un amas de nuages étouffant, elle devient davantage une pauvre créature déchirée. Les ombres du soir sont aussi pour elle comme pour ceux qui souffrent, la source d’une plus grande douleur.

Les autres aussi deviennent plus tristes et en particulier Salomé, Marie d’Alphée et Suzanne. Mais pour elles, arrive enfin le réconfort, car en groupe viennent Zébédée, l’époux de Suzanne et Simon et Joseph d’Alphée. Les deux premiers restent dans le vestibule pendant qu’ils expliquent que Jean les a trouvés en passant par le faubourg d’Ophel. Les deux autres, de leur côté, ont été trouvés errant dans la campagne par Isaac, se demandant s’ils allaient revenir dans la ville ou aller trouver leurs frères qu’ils supposaient à Béthanie.

614.11 – Simon dit:

“Où est Marie? Je veux la voir” et, précédé par sa mère, il entre et embrasse sa parente affligée.

“Tu es seul? Pourquoi Joseph n’est-il pas avec toi? Pourquoi vous êtes-vous quittés? Encore une brouille entre vous? Vous ne devez pas. Vous voyez? La raison du désaccord est morte!”

Et elle montre le Visage du Suaire.

Simon le regarde et pleure. Il dit:

“Nous ne nous sommes plus quittés, et nous ne nous quitterons pas. Oui, la raison du désaccord est morte, mais pas comme tu le crois. Elle est morte car, maintenant. Joseph a compris… Joseph est dehors… et n’ose pas venir…”

“Oh! non. Je ne fais jamais peur et je ne suis que pitié. J’aurais pardonné même au Traître, mais je ne puis plus: il s’est tué.”

Et elle se lève. Elle marche courbée en appelant:

“Joseph! Joseph!”

Mais Joseph, noyé de pleurs, ne répond pas.