605 – Désespoir et suicide de Judas. Il aurait encore pu être sauvé s’il s’était repenti
31 mars 1944
Vision du vendredi 31 mars 1944. Vendredi de la Passion, à 2 heures du matin.
605.1 – Voici venue ma si douloureuse vision de ces toutes premières heures du vendredi de la Passion. Elle se présente à moi alors que je récitais les Heures de la Désolation de Marie L'Ora di Maria Desolata consiste à méditer sept étapes du chemin de douleur de Marie après qu'elle ait vu se renfermer la pierre du tombeau. Maria Valtorta avait une particulière dévotion pour Maria Addolorata (la Vierge des Sep-douleurs) qui était en même temps au cœur de la spiritualité des Servites de Marie. : j’avais en effet pensé que passer la nuit qui précède la Profession Il s'agit sans doute de la procession publique du Vendredi-saint. en compagnie de la Vierge des sept Douleurs serait la plus belle préparation à la Profession.
605.2 – Je vois Judas. Il est seul. Il est vêtu de jaune clair avec un cordon rouge à la taille. Mon admoniteur intérieur m’avertit que c’est depuis peu qu’a été capturé Jésus et que Judas, qui s’est enfui tout de suite après, est maintenant en proie à un contraste de pensées. En effet l’Iscariote semble un fauve furieux et traqué par une meute de mâtins. Tout souffle de vent dans les feuillages, un bruit quelconque sur la route, l’écoulement d’une fontaine le font sursauter et se retourner soupçonneux et effrayé comme s’il se sentait rejoint par un justicier. Il tourne la tête en la gardant basse, le cou tordu, il tourne les yeux comme quelqu’un qui veut voir et a peur de voir. Si un jeu de lumière de la lune crée une ombre d’apparence humaine, il écarquille les yeux, fait un saut en arrière, devient encore plus livide qu’il ne l’était, s’arrête un instant et puis s’enfuit précipitamment en revenant sur ses pas, en se détournant par d’autres chemins jusqu’à ce qu’un autre bruit, un autre jeu de lumière le fait s’arrêter et s’enfuir dans une autre direction.
Dans sa folle marche il va ainsi vers l’intérieur de la ville, mais une clameur du peuple l’avertit qu’il est près de la maison de Caïphe, et alors, en se portant les mains à la tête et se penchant comme si ces cris étaient autant de pierres qui le lapident, il s’enfuit, s’enfuit. Et dans sa fuite, il prend une ruelle qui l’amène tout droit vers la maison où a été consommée la Cène. Il s’en aperçoit quand il est en face à cause d’une fontaine qui coule à cet endroit du chemin. Les pleurs de l’eau qui tombe goutte à goutte dans un petit bassin de pierre, et un faible sifflement du vent qui s’insinue dans le chemin étroit en produisant une lamentation étouffée, doivent lui sembler les pleurs de Celui qu’il a trahi et la plainte du Supplicié. Il se bouche les oreilles pour ne pas entendre et s’échappe, les yeux fermés, pour ne pas voir cette porte par laquelle peu d’heures avant il est passé avec le Maître et par laquelle il est sorti pour aller prendre les hommes armés pour se saisir de Lui.
605.3 – Dans cette course aveugle il va heurter un chien errant, le premier chien que je vois depuis que j’ai les visions, un gros chien gris et hirsute qui s’écarte en grognant, prêt à s’élancer contre celui qui l’a dérangé. Judas ouvre les yeux et rencontre les pupilles phosphorescentes qui le fixent et il voit la blancheur des crocs découverts qui semblent produire un rire diabolique. Il pousse un cri de terreur.
Le chien, qui peut-être le prend pour un cri menaçant, se jette sur lui, et les deux roulent dans la poussière: Judas dessous, paralysé par la peur, le chien dessus. Quand la bête lâche sa proie, considérée peut-être comme indigne de la lutte, Judas saigne à cause de deux ou trois morsures et son manteau a de larges déchirures.
Il a été vraiment mordu à la joue, au point précis où il a baisé Jésus, La joue saigne et le sang souille au cou le vêtement jaunâtre de Judas. Le sang lui fait une sorte de collier, en imbibant le cordon rouge qui serre le vêtement au cou et il le rend plus rouge encore. Judas met la main à sa joue, il regarde le chien qui s’éloigne mais le guette dans l’ouverture d’une porte, il murmure: “Belzébuth!” et poussant de nouveau un cri, il s’enfuit, poursuivi par le chien pendant quelque temps.
Il fuit jusqu’au petit pont qui est près du Gethsémani. Là, soit fatigué de le suivre, soit que l’eau l’éloigné parce qu’il est hydrophobe, le chien abandonne sa proie et revient en arrière en grognant. Judas, qui s’était jeté dans le torrent pour prendre des pierres et les jeter au chien, le voyant s’éloigner, regarde autour de lui et s’aperçoit qu’il a de l’eau jusqu’à mi-mollet. Sans s’occuper de son vêtement de plus en plus trempé, il se penche sur l’eau et boit comme s’il était brûlé par la fièvre et il lave sa joue qui saigne et doit lui faire mal.
605.4 – À la clarté d’un premier éveil de l’aube il remonte sur la berge, de l’autre côté comme s’il avait encore peur du chien et n’osait pas revenir vers la ville. Il fait quelques mètres et se trouve à l’entrée du Jardin des Oliviers. Il crie: “Non! Non!” en reconnaissant l’endroit. Mais ensuite, je ne sais par quelle force irrésistible ou par quel sadisme satanique et criminel, il avance en cet endroit. Il cherche l’endroit où est arrivée la capture. La terre du sentier, foulée par de nombreux pieds, l’herbe piétinée en un point donné et du sang par terre, peut-être celui de Malchus, lui montrent que c’est là qu’il a indiqué l’Innocent aux bourreaux.
Il regarde, il regarde… et puis il pousse un cri rauque et fait un saut en arrière. Il crie: “Ce sang, ce sang!…” et il le montre… à qui? avec son bras tendu et son index qu’il pointe. Dans la lumière croissante son visage se montre terreux et spectral. Il semble fou. Il a les yeux écarquillés et brillants comme s’il délirait; ses cheveux ébouriffés par la course et la terreur semblent dressés sur sa tête; la joue qui enfle lui tord la bouche en un rictus. Son vêtement déchiré, couvert de sang, mouillé, boueux, car la poussière en se mouillant est devenue de la boue, le rend semblable à un mendiant. Son manteau aussi déchiré et boueux pend d’une épaule comme une guenille et il s’y empêtre quand, continuant à crier: “Ce sang, ce sang!” il recule comme si ce sang était devenu une mer qui monte et submerge. Judas tombe à la renverse et se blesse derrière la tête en heurtant une pierre. Il pousse un gémissement de douleur et de peur. “Qui est-ce?” crie-t-il. Il doit avoir pensé que quelqu’un l’a fait tomber pour le frapper. Il se retourne avec terreur. Personne! Il se lève. Maintenant le sang dégoutte aussi sur la nuque. Le cercle rouge s’élargit sur le vêtement. II ne tombe pas par terre Il ne tombe pas par terre, parce qu'il ne doit pas se mêler… au sang très pur de l'Innocent, comme cela est expliqué en EMV 603.5, et comme ce sera répété en EMV 639.3. La relation entre Jésus et le sang, qui revêt dans ce chapitre des aspects obsessionnels, est explicitée également en EMV 92.6, EMV 361.5 et EMV 496.4. car il y en a peu, le vêtement le boit. Maintenant la corde paraît déjà au cou.
605.5 – Il marche. Il retrouve la trace du feu allumé par Pierre au pied d’un olivier, mais il ne sait pas que c’est Pierre qui l’a fait et croit que Jésus était là. Il crie: “Allez! Allez!” et avec les deux mains tendues en avant, il paraît repousser un fantôme qui le tourmente. Il s’échappe et va finir justement contre le rocher de l’Agonie.
Maintenant l’aube est nette et permet de bien voir et tout de suite. Judas voit le manteau de Jésus laissé plié sur le rocher. Il le reconnaît. Il veut le toucher. Il a peur. Il allonge la main et la retire. Il veut. Il ne veut pas. Mais ce manteau le fascine. Il gémit: “Non! Non!” Puis il dit:
“Oui, par Satan! Oui, je veux le toucher. Je n’ai pas peur! Je n’ai pas peur!”
Il dit qu’il n’a pas peur, mais la terreur lui fait claquer des dents, et le bruit que fait au-dessus de sa tête une branche d’olivier remuée par le vent et qui heurte un tronc voisin, le fait crier de nouveau. Pourtant il fait un effort et saisit le manteau. Et il rit. Un rire de fou, de démon. Un rire hystérique, saccadé, lugubre, qui n’en finit pas, car il a vaincu sa peur, et il le dit:
“Tu ne me fais pas peur, Christ. Plus peur. J’avais si grand peur de Toi car je te croyais Dieu et fort. Maintenant tu ne me fais plus peur, car tu n’es pas Dieu. Tu es un pauvre fou, un faible. Tu n’as pas su te défendre. Tu ne m’as pas réduit en cendres, comme tu n’as pas lu dans mon cœur la trahison. Mes peurs!… Quel sot! Quand tu parlais, même hier soir, je croyais que tu savais. Tu ne savais rien. C’était ma peur qui donnait un sens prophétique à tes paroles toutes ordinaires. Tu n’es rien. Tu t’es laissé vendre, indiquer, prendre comme une souris dans son trou. Ta puissance! Ton origine! Ah! Ah! Ah! Bouffon! Le fort, c’est Satan! Plus fort que Toi. Il t’a vaincu! Ah! Ah! Ah! Le Prophète! Le Messie! Le Roi d’Israël! Et tu m’as assujetti pendant trois années! Avec la peur toujours au cœur! Et je devais mentir pour te tromper avec finesse quand je voulais jouir de la vie! Mais même si j’avais volé et forniqué sans toute l’astuce que je mettais en œuvre, tu ne m’aurais rien fait.
Poltron! Fou! Lâche! Tiens! Tiens! Tiens! J’ai eu tort de ne pas te faire à Toi ce que je fais à ton manteau pour me venger du temps où tu m’as tenu esclave par la peur. Peur d’un lapin!… Tiens! Tiens! Tiens!”
605.6 – À chaque “tiens!” il cherche à mordre et à déchirer l’étoffe du manteau. Il le chiffonne dans ses mains. Mais en le faisant, il l’ouvre et apparaissent les taches qui l’humectent. La furie de Judas s’arrête. Il fixe ces taches. Il les touche, il les flaire. C’est du sang… Il le déplie. Elle est bien visible l’empreinte laissée par les deux mains tachées de sang quand il appuyait l’étoffe sur son visage.
“Ah!… Du sang! Du sang! Le sien… Non!”
Judas laisse tomber le manteau et regarde autour de lui. Contre le rocher aussi, là où Jésus s’est appuyé le dos quand l’ange le réconfortait, il y a une tache sombre de sang qui sèche.
“Là!… Là!… Du sang! Du sang!…”
Il baisse les yeux pour ne pas voir, et il voit l’herbe toute rougie par le sang qui est tombé sur elle. Celui-ci, à cause de la rosée qui l’a dilué, paraît tombé depuis peu. Il est rouge et brille au premier soleil.
“Non! Non! Non! Je ne veux pas voir! Je ne puis voir ce sang! Au secours!”