“Non. Le Christ!”

“Et alors chargez-vous-en. Prenez sur vous de le crucifier, car moi je ne trouve aucune faute en Lui, pour le faire.”

“Il s’est dit le Fils de Dieu. Notre loi prescrit la mort pour celui qui se rend coupable d’un tel blasphème.”

Pilate devient pensif. Il rentre, il s’assoit sur son petit trône. Il met la main à son front, son coude sur son genou, et il scrute Jésus.

“Approche-toi” dit-il.

Jésus va au pied de l’estrade.

“Est-ce vrai? Réponds.”

Jésus se tait.

“D’où viens-tu? Qu’est-ce que Dieu?”

“C’est le Tout.”

“Et puis? Que veut dire le Tout? Qu’est le Tout pour celui qui meurt? Tu es fou… Dieu n’existe pas. Moi, j’existe.”

Jésus se tait. Il a laissé tomber la grande parole et puis il recommence à s’envelopper de silence.

604.34 – “Ponce: l’affranchie de Claudia Procula demande à entrer. Elle a un écrit pour toi.”

“Domine! Les femmes aussi maintenant! Qu’elle vienne.”

Une romaine entre et elle s’agenouille pour présenter une tablette de cire. Ce doit être celle où Procula prie son mari de ne pas condamner Jésus. La femme se retire à reculons pendant que Pilate lit.

“On me conseille d’éviter ton homicide. Est-ce vrai que tu es plus qu’un haruspice? Tu me fais peur.”

Jésus se tait.

“Mais ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te libérer ou de te crucifier?”

“Tu n’aurais aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. Aussi celui qui m’a mis entre tes mains est plus coupable que toi.”

“Qui est-ce? Ton Dieu? J’ai peur…”

Jésus se tait.

Pilate est sur des charbons ardents: il voudrait et ne voudrait pas. Il craint le châtiment de Dieu, il craint celui de Rome, il craint la vengeance des juifs. Un moment c’est la peur de Dieu qui l’emporte. Il va sur le devant de l’atrium et dit d’une voix tonnante:

“Il n’est pas coupable.”

“Si tu le dis, tu es ennemi de César. Celui qui se fait roi est son ennemi. Tu veux libérer le nazaréen. Nous le ferons savoir à César.”

Pilate est pris par la peur de l’homme.