Il s’agenouille, délace les sandales de l’Iscariote et lui lave les pieds l’un après l’autre. Il est facile de le faire car les lits-sièges sont tournés de façon que les pieds sont vers l’extérieur. Judas est stupéfait et ne dit rien. Seulement quand Jésus, avant de chausser le pied gauche et de se lever, fait le geste de lui baiser le pied droit déjà chaussé, Judas retire vivement son pied et frappe avec la semelle la bouche divine. Il le fait sans le vouloir. Ce n’est pas un coup fort, mais il me donne tant de douleur. Jésus sourit et à l’apôtre qui Lui demande: “T’ai-je fait mal? Je ne voulais pas… Pardon”, il dit: “Non, ami. Tu l’as fait sans malice et cela ne me fait pas mal.”
Judas le regarde. Un regard troublé, fuyant…
Jésus passe à Thomas, puis à Philippe… il suit le côté étroit de la table et arrive à son cousin Jacques. Il le lave, et en se levant le baise au front. Il passe à André qui rougit de honte et fait des efforts pour ne pas pleurer, il le lave, le caresse comme un enfant. Puis c’est Jacques de Zébédée qui ne cesse de murmurer: “Oh! Maître! Maître! Maître! Tu t’anéantis, mon sublime Maître!” Jean a déjà délacé ses sandales et alors que Jésus se penche pour lui essuyer les pieds, il s’incline pour baiser ses cheveux. Mais Pierre!… Il n’est pas facile de le persuader de se prêter à ce rite!
“Toi, me laver les pieds? N’y pense pas! Tant que je suis en vie, je ne le permettrai pas. Je suis un ver, tu es Dieu. Chacun à sa place.”
“Ce que je fais, tu ne peux le comprendre maintenant, mais par la suite, tu le comprendras. Laisse-moi faire.”
“Tout ce que tu veux, Maître. Veux-tu me couper le cou? Fais-le. Mais me laver les pieds, tu ne le feras pas.”
“Oh! mon Simon! Tu ne sais pas que si je ne te lave pas tu n’auras pas part à mon Royaume? Simon, Simon! Tu as besoin de cette eau pour ton âme et pour le tant de chemin que tu dois faire. Tu ne veux pas venir avec Moi? Si je ne te lave pas, tu ne viens pas dans mon Royaume.”
“Oh! mon Seigneur béni Mais alors lave-moi tout entier! Pieds, mains et tête!”
“Celui qui, comme vous, a pris un bain n’a besoin que de se laver les pieds, puisqu’il est entièrement pur. Les pieds… L’homme avec ses pieds va dans les ordures. Et ce serait encore peu car, je vous l’ai dit Je vous l'ai dit en EMV 300.9 | EMV 301.6 | EMV 567.22. , ce n’est pas ce qui entre et sort avec la nourriture qui souille, et ce n’est pas ce qui va sur les pieds, en route, qui contamine l’homme. Mais c’est ce qui couve et mûrit dans son cœur et sort de là pour contaminer ses actions et ses membres. Et les pieds de l’homme à l’âme impure vont aux orgies, à la luxure, aux commerces illicites, aux crimes… Ce sont donc parmi les membres du corps, ceux qui ont une grande partie à purifier… avec les yeux, avec la bouche…
Oh! homme! homme! Créature parfaite un jour, le premier! Et ensuite tellement corrompu par le Séducteur! Et il n’y avait pas de malice en toi, ô homme, et pas de péché!… Et maintenant? Tu es tout entier malice et péché, et il n’y a pas de parties de toi qui ne pèche pas!”
Jésus lave les pieds à Pierre, les baise, et Pierre pleure et il prend dans ses grosses mains les mains de Jésus, les passe sur ses yeux et les baise ensuite.
Simon aussi a quitté ses sandales et se laisse laver. Mais ensuite, quand Jésus va passer à Barthélemy, Simon s’agenouille et Lui baise les pieds en disant: “Purifie-moi de la lèpre du péché comme tu m’as purifié de la lèpre du corps, pour que je ne sois pas confondu à l’heure du jugement, mon Sauveur!”
“Ne crains pas, Simon. Tu viendras dans la Cité céleste blanc comme la neige.”
“Et moi, Seigneur? À ton vieux Bartholmaï que dis-tu? Tu m’as vu sous l’ombre du figuier et tu as lu dans mon cœur. Et maintenant que vois-tu, et où me vois-tu? Rassure un pauvre vieux qui craint de ne pas avoir la force et le temps pour arriver à ce que tu veux qu’il soit.” Barthélemy est très ému.
“Toi aussi, ne crains pas. J’ai dit alors: “Voici un vrai Israélite en qui il n’y a pas de fraude”. Maintenant je dis: “Voilà un vrai chrétien, digne du Christ”. Où je te vois? Sur un trône éternel, vêtu de pourpre. Je serai toujours avec toi.”
C’est le tour de Jude Thaddée. Celui-ci, quand il voit Jésus à ses pieds, ne sait pas se contenir, il penche la tête sur son bras appuyé à la table et il pleure.
“Ne pleure pas, doux frère. Tu es maintenant comme quelqu’un qui doit supporter qu’on lui enlève un nerf et il te paraît ne pas pouvoir le supporter. Mais ce sera une brève douleur. Puis… oh! tu seras heureux parce que tu m’aimes. Tu t’appelles Jude, et tu es comme notre grand Juda Jude, Judas, Juda, sont un même prénom qui s'écrivent pareil en grec, en latin et en italien, mais se différencient en français. Il s'agit ici de la comparaison avec Juda, l'un des fils de Jacob Genèse 49, 8. Voir aussi Deutéronome 33,7. : comme un géant. Tu es celui qui protège. Tes actions sont du lion et du lionceau qui rugit Genèse 49, 9. . Tu découvriras les impies qui reculeront devant toi, et les gens iniques seront terrifiés. Moi, je sais. Sois courageux. Une éternelle union resserrera et rendra parfaite notre parenté dans le Ciel.”
Il le baise lui aussi sur le front comme l’autre cousin.
“Je suis pécheur, Maître. Pas à moi…”
“Tu étais pécheur, Matthieu. Maintenant tu es l’Apôtre. Tu es une de mes “voix”. Je te bénis. Ces pieds, que de chemin ils ont fait pour avancer toujours, vers Dieu… L’âme les excitait et ils ont quitté tout chemin qui n’était pas mon chemin. Avance. Sais-tu où finit le sentier? Sur le sein du Père qui est le mien et le tien”
Jésus a fini. Il enlève la serviette, se lave les mains dans de l’eau propre, reprend son vêtement, retourne à sa place et dit alors qu’il s’assied à sa place: “Maintenant vous êtes purs, mais pas tous. Seulement ceux qui ont eu la volonté de l’être.”
Il fixe Judas de Kérioth qui fait semblant de ne pas entendre, occupé à expliquer à son compagnon Matthieu comment son père se décida à l’envoyer à Jérusalem, conversation inutile dont le seul but est de donner une contenance à Judas qui, malgré son audace, doit se sentir mal à l’aise.
600.12 - Jésus pour la troisième fois verse du vin dans le calice commun. Il boit, fait boire. Puis il entonne et les autres font un chœur:
“J’aime parce que le Seigneur écoute la voix de ma prière Psaume 114 (116), 1. , parce qu’il tend son oreille vers moi. Je l’invoquerai toute ma vie Psaume 114 (116), 2. . J’étais entouré des douleurs de mort Psaume 114 (116), 3. ” et cætera Psaume 114 (116), 4-9. .
Un moment d’arrêt, puis il recommence à chanter: