“Salut!”
“Jésus va rapidement vers la porte et prend en hâte le chemin qui conduit au Cédron et au Gethsémani et de là au Camp des Galiléens.
592.14 – Dans les oliviers de la montagne, il rejoint Judas de Kériot qui monte lui aussi vers le camp qui s’éveille.
Judas fait un geste presque d’épouvante en se trouvant en face de Jésus. Jésus le regarde fixement, sans parler.
“Je suis allé apporter la nourriture aux lépreux. Mais… j’en ai trouvé deux à Hinnom, cinq à Siloan. Les autres: guéris. Encore là, mais si bien guéris qu’ils m’ont prié d’avertir le prêtre. J’étais descendu au point du jour pour être libre ensuite. La chose va faire du bruit. Un si grand nombre de lépreux guéris ensemble après que tu les as bénis en présence de tant de gens!”
Jésus ne parle pas. Il le laisse parler. Il ne lui dit ni: “Tu as bien fait”, ni autre chose ayant trait à l’action de Judas et au miracle, mais s’arrêtant à l’improviste et regardant fixement l’apôtre, il lui demande:
“Eh bien? Qu’est-ce que cela a changé de t’avoir laissé la liberté et l’argent?”
“Que veux-tu dire?”
“Ceci: je te demande si tu t’es sanctifié depuis que je t’ai rendu la liberté et l’argent. Et tu me comprends… Ah! Judas! Souviens-toi! Souviens-toi toujours: tu as été celui que j’ai aimé plus que tout autre, en recevant de toi moins d’amour que tous les autres m’en ont donné.
En recevant même une haine plus grande, car c’était la haine de quelqu’un que je traitais en ami, que la haine la plus féroce du plus féroce pharisien. Et rappelle-toi encore ceci: que Moi, même maintenant je ne te hais pas mais, pour autant que cela dépend du Fils de l’homme, je te pardonne. Va, maintenant. Il n’y a plus rien à se dire entre toi et Moi. Tout est déjà fait…”
Judas voudrait dire quelque chose, mais Jésus, d’un geste impérieux, lui fait signe d’aller en avant… Et Judas, tête basse comme un vaincu, s’en va…
592.15 – À la limite du Camp des Galiléens les apôtres et les deux serviteurs de Lazare sont déjà prêts.
“Où as-tu été, Maître? Et toi, Judas? Vous étiez ensemble?”
Jésus devance la réponse de Judas:
“J’avais quelque chose à dire à des cœurs. Judas est allé chez les lépreux… Mais ils sont tous guéris, sauf sept.”
“Oh! pourquoi y es-tu allé? Je voulais venir moi aussi!” dit le Zélote.
“Pour être libre maintenant de venir avec nous” dit encore Jésus. “Allons. Nous entrerons dans la ville par la Porte du Troupeau. Faisons vite.”
592.16 – Il va en avant, en passant par les oliveraies qui conduisent du Camp, à moitié route entre Béthanie et Jérusalem, à l’autre petit pont qui passe le Cédron près de la Porte du Troupeau.
Des maisons de paysans sont éparses sur les pentes, et tout en bas, près des eaux du torrent, un figuier ébouriffé se penche sur la rivière. Jésus se dirige vers lui et il cherche si dans le feuillage fourni et gras il y a quelque figue mûre. Mais le figuier est tout en feuilles, nombreuses, inutiles, mais il n’a pas un seul fruit sur ses branches. “Tu es comme beaucoup de cœurs en Israël. Tu n’as pas de douceurs pour le Fils de l’homme, et pas de pitié. Qu’il ne puisse plus jamais naître de toi un seul fruit et que personne ne se rassasie de toi à l’avenir” dit Jésus. Le figuier sera complétement desséché le lendemain, provoquant la surprise des apôtres que rapporte l'Évangile. Cf. EMV 594.1.
Les apôtres se regardent. La colère de Jésus pour la plante stérile, peut-être sauvage, les étonne. Mais ils ne disent rien. Ce n’est que plus tard, après avoir passé le Cédron, que Pierre Lui demande:
“Où as-tu mangé?”
“Nulle part.”
“Oh! Alors tu as faim! Voici là-bas un berger avec quelques chèvres qui paissent. Je vais demander du lait pour Toi. Je fais vite”
Et il s’en va à grands pas et revient doucement avec une vieille écuelle pleine de lait.
592.17 – Jésus boit et il rend le bol au pastoureau qui a accompagné Pierre, en le caressant…