590.18 – “Ne vous agitez pas, elle n’est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l’ont recueillie pour la porter dans le sein d’Abraham. Bientôt le lys de la Terre s’ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l’horreur du monde. Homme, dis à Élise qu’elle ne pleure pas le sort de son enfant. Dis-lui qu’elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d’ici six jours elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que personne ne pleure. Son triomphe est encore plus grand que le mien parce que les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c’est le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité je vous dis que c’est pour vous tous, mais non pour Annalia, que vous avez raison de pleurer. Allons.”
Et il répète aux apôtres et à ceux qui l’entourent:
“Une fleur est tombée. Elle s’est couchée en paix et les anges l’ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de cœur car bientôt elle va voir Dieu.”
“Mais comment, de quoi est-elle morte, Seigneur?” demande Pierre qui ne peut y croire.
“D’amour. D’extase, De joie infinie. Heureuse mort!”
Ceux qui sont loin en avant ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas. Aussi les hosannas continuent, bien qu’auprès de Jésus il s’est formé un cercle de pensif silence.
C’est Jean qui le rompt:
“Oh! je voudrais le même sort avant les heures qui vont venir!”
“Moi aussi” dit Isaac. “Je voudrais voir le visage de la jeune fille morte d’amour pour Toi…”
“Je vous prie de me sacrifier votre désir. J’ai besoin de vous près de Moi…”
“Nous ne te laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun réconfort?” demande Nathanaël.
“J’y pourvoirai…”
590.19 – Ils sont aux portes de l’enceinte du Temple. Jésus descend de l’ânon que quelqu’un de Bethphagé prend en garde.
Il faut se rappeler que Jésus ne s’est pas arrêté à la première porte du Temple, mais qu’il a suivi l’enceinte, en s’arrêtant seulement quand il se trouve sur le côté nord de l’enceinte, près de l’Antonia. C’est là qu’il descend et entre dans le Temple comme pour faire voir qu’il ne se cache pas au pouvoir qui domine, se sentant innocent dans toute sa conduite.
La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, seulement que maintenant les vendeurs sont délaissés car tout le monde est accouru pour voir Jésus.
Et Jésus entre, solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses regards sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l’observent de dessous un portique.
Son regard est fulgurant d’indignation. Il se précipite au milieu de la cour. Son saut inattendu paraît un vol. Le vol d’une flamme, car son vêtement est une flamme dans le soleil qui inonde la cour.
Et il tonne d’une voix puissante:
“Hors de la maison de mon Père! Ce n’est pas un lieu d’usure et de marché. Il est écrit: “Ma maison sera appelée maison de prière”. Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs, de cette maison où on invoque le Nom du Seigneur? Hors d’ici! Purifiez ma Maison. Qu’il ne vous arrive pas qu’au lieu de me servir de cordes je vous frappe avec les foudres de la colère céleste. Hors d’ici! Hors d’ici les voleurs, les brocanteurs, les impudiques, les homicides, les sacrilèges, les idolâtres de la pire idolâtrie: celle du propre moi orgueilleux, les corrupteurs et les menteurs. Dehors! Dehors! Ou bien le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et exercera sa vengeance sur tout un peuple.”
Il ne répète pas les coups de fouet de l’autre fois, mais comme les marchands et les changeurs tardent à obéir, il va au comptoir le plus proche et le renverse en répandant balances et pièces de monnaie sur le sol.
Les vendeurs et les changeurs se hâtent de suivre l’ordre de Jésus, après avoir eu ce premier exemple. Et Jésus crie derrière eux:
“Combien de fois devrai-je vous dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de prière?” Et il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du Pontife, ne font pas un geste de représailles.
590.20 – La cour purifiée, Jésus va vers les portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des estropiés et autres affligés qui l’invoquent à grands cris.
“Que voulez-vous que je vous fasse?”
“La vue, Seigneur! Les membres! Que mon fils parle! Que ma femme guérisse! Nous croyons en Toi, Fils de Dieu!”