“Lazare, alors j’ai fui car ce n’était pas l’heure. Maintenant c’est l’heure. Et je reste.”
“Et alors je viens avec Toi. Je ne te quitte pas.”
“Non. Tu restes ici. Puisqu’il est permis quand la demeure n’est pas plus loin que le chemin du sabbat de consommer l’agneau dans sa maison, voilà que comme toujours, tu consommeras ici ton agneau. Pourtant, laisse venir tes sœurs… À cause de Maman… Ah! que te cachaient, ô Martyr, les roses de l’amour divin! L’abîme! L’abîme! Et de là, maintenant s’élèvent et s’élancent les flammes de la Haine pour te mordre le cœur! Tes sœurs, oui. Elles sont courageuses et actives… et Maman sera un être qui agonise, penché sur ma dépouille.
Jean ne suffit pas. C’est l’amour, Jean, mais il manque encore de maturité. Oh! il mûrira pour devenir un homme dans le déchirement de ces prochains jours. Mais la Femme a besoin des femmes sur ses terribles blessures. Me les donnes-tu?”
“Mais je t’ai toujours tout donné, absolument tout, avec joie, et je souffrais seulement que tu me demandes si peu!…”
“Tu le vois. De personne d’autre je n’ai accepté autant que de mes amis de Béthanie. Cela a été une des accusations que l’injuste m’a faite plus d’une fois. Mais je trouvais ici, parmi vous, assez pour consoler l’Homme de toutes ses amertumes d’homme. À Nazareth, c’était le Dieu qui se consolait auprès de l’Unique délice de Dieu. Ici, c’était l’Homme. Et avant de monter vers la mort, je te remercie, ami fidèle, affectueux, gentil, empressé, réservé, docte, discret et généreux. Je te remercie de tout. Mon Père, plus tard, t’en récompensera…”
“J’ai tout eu déjà avec ton amour et avec la rédemption de Marie.” “Oh! non. Tu dois encore avoir beaucoup. Et tu l’auras.
587.9 – Écoute. Ne te désespère pas ainsi. Donne-moi ton intelligence pour que je puisse te dire ce que je te demande encore. Tu resteras ici à attendre…”
“Non. Cela, non. Pourquoi Marie et Marthe, et pas moi?”
“Parce que je ne veux pas que tu te corrompes comme tous les hommes se corrompront. Jérusalem, dans les jours qui viennent, sera corrompue comme l’est l’air autour d’une charogne en décomposition, qui éclate à l’improviste par un imprudent coup de talon d’un passant. Infectée et répandant l’infection. Ses miasmes rendront fous même les moins cruels, et jusqu’à mes disciples. Ils s’enfuiront. Et où iront-ils dans leur désarroi? Chez Lazare. Que de fois, en ces trois années, ils sont venus pour chercher du pain, un lit, protection, un abri, et le Maître!… Maintenant ils vont revenir. Comme des brebis débandées par le loup qui s’est emparé du berger, ils courront à un bercail. Ras semble-les. Rends-leur courage. Dis-leur que je leur pardonne. Je te confie mon pardon pour eux. Ils n’auront pas de paix à cause de leur fuite. Dis-leur de ne pas tomber dans un plus grand péché en désespérant de mon pardon.”
“Tous fuiront?”
“Tous, sauf Jean.”
“Maître, tu ne me demanderas pas d’accueillir Judas? Fais-moi mourir torturé, mais cela, ne me le demande pas. Plusieurs fois ma main a frémi sur mon épée anxieuse de tuer l’opprobre de la famille, et je ne l’ai pas fait parce que je ne suis pas un violent. Je fus seulement tenté de le faire. Mais je te jure que si je revois Judas je l’égorge comme un bouc émissaire.”
“Tu ne le verras jamais plus. Je te le jure.”
“Il fuira? N’importe. J’ai dit: “Si je le vois”. Maintenant je dis: “Je le rejoindrai, fût-ce aux confins du monde, et je le tuerai”.
“Tu ne dois pas le désirer.”
“Je le ferai.”
“Tu ne le feras pas car où il sera, tu ne pourras aller.”
“Au sein du Sanhédrin? Dans le Saint? Là aussi je le rejoindrai et je le tuerai.”
“Il ne sera pas là.”
“Chez Hérode? Je serai tué, mais auparavant je le tuerai.”
“Il sera chez Satan, et toi, tu ne seras jamais chez Satan. Mais abandonne tout de suite cette pensée homicide, car autrement je te quitte.”
“Oh! oh!… Mais… Oui, pour Toi… Oh! Maître! Maître! Maître!”
“Oui, ton Maître… Tu accueilleras les disciples, tu les réconforteras. Tu les ramèneras vers la paix. Je suis la Paix. Et même ensuite… Ensuite tu les aideras. Béthanie sera toujours Béthanie tant que la Haine ne fouillera pas en ce foyer d’amour croyant en disperser les flammes, et au contraire elle les répandra sur le monde pour l’allumer tout entier.
587.10 – Je te bénis, Lazare, pour tout ce que tu as fait et pour ce que tu feras…”
“Rien, rien. Tu m’as tiré de la mort et tu ne me permets pas de te défendre. Qu’ai-je fait alors?”
“Tu m’as donné tes maisons. Tu vois? C’était écrit. Le premier logement à Sion dans une terre qui t’appartient. Le dernier encore dans l’une d’elles. C’était mon destin d’être ton Hôte. Mais de la mort, tu ne pourrais pas me défendre. Je t’ai demandé au commencement de cette conversation: “Sais-tu qui je suis?” Maintenant je réponds: “Je suis le Rédempteur”. Le Rédempteur doit consommer le sacrifice jusqu’à la dernière immolation.
Du reste, crois-le: Celui qui montera sur la croix et qui sera exposé aux regards et au mépris du monde, ne sera pas un vivant mais un mort. Je suis déjà un mort, tué par l’absence d’amour davantage et avant de l’être par la torture. Et encore une chose, ami. Demain, à l’aurore, je vais à Jérusalem, et tu entendras dire que Sion a acclamé comme un triomphateur son Roi plein de douceur, qui y entrera monté sur un ânon. Que ce triomphe ne t’illusionne pas et ne te fasse pas juger que la Sagesse qui te parle n’a pas été sage dans cette paisible soirée. Plus rapide que l’astre qui raie le ciel et disparaît à travers des espaces inconnus, disparaîtra la faveur du peuple, et dans cinq soirs, à cette même heure, je commencerai la torture avec un baiser trompeur qui ouvrira les bouches, occupées demain à clamer des hosannas, en un chœur d’atroces blasphèmes et de cris féroces de condamnation.
587.11 – Oui, tu vas l’avoir finalement, ô cité de Sion, ô peuple d’Israël, l’Agneau pascal! Tu vas l’avoir dans ce prochain rite. Le voici. C’est la Victime préparée depuis des siècles. L’amour l’a engendrée, en préparant comme couche nuptiale un sein où il n’y avait pas de tache. Et l’Amour la consume. Voilà. C’est la Victime consciente. Non comme l’agneau qui, pendant que le boucher affile son couteau pour regorger, broute encore l’herbe du pré, ou ignorant heurte de son museau rosé contre le sein maternel. Mais Moi, je suis l’Agneau qui conscient dit: “Adieu!” à sa vie, à sa Mère, à ses amis, et va vers le sacrificateur en disant: “Me voici!” Je suis la Nourriture de l’homme. Satan a mis une faim qui n’est jamais rassasiée, qui ne peut se rassasier. Il n’y a qu’un aliment qui le rassasie car il calme cette faim. Et cet aliment, le voici. Homme, voici ton pain, voici ton vin. Consomme ta Pâque, Ô Humanité! Traverse ta mer rouge des flammes sataniques. Teinte de mon Sang, tu passeras, race de l’homme, préservée du feu infernal. Tu peux passer. Les Cieux, pressés par mon désir, entrouvrent déjà les portes éternelles. Regardez, ô esprits des morts! Regardez, Ô hommes vivants! Regardez, Ô âmes qui prendrez un corps dans l’avenir! Regardez, anges du Paradis! Regardez, démons de l’Enfer! Regarde, ô Père, regarde, ô Paraclet! La Victime sourit, elle ne pleure plus…
587.12 – Tout est dit. Adieu, ami. Toi aussi, je ne te verrai plus avant de mourir. Donnons-nous le baiser d’adieu. Et ne doute pas. Ils te diront: “C’était un fou! C’était un démon! Un menteur! Il est mort alors qu’il disait qu’il était la Vie”.
À eux, et spécialement à toi-même, réponds: “Il était et il est la Vérité et la Vie. Il est le Vainqueur de la mort. Je le sais. Il ne peut être mort pour toujours. Je l’attends. Et elle ne sera pas consumée toute l’huile de la lampe Avant que ne s'épuise l'huile de la lampe, comme dans la parabole racontée en EMV 206.2/3. que l’ami tient toute prête pour faire de la lumière au monde invité aux noces du Triomphateur que Lui, l’Époux, reviendra. Et la lumière, cette fois, ne pourra jamais plus être éteinte. Crois-le, Lazare. Obéis à mon désir. Tu entends ce rossignol comme il chante après s’être tu à cause de tes sanglots? Fais comme lui. Ton âme, après les inévitables pleurs sur la Victime, qu’elle chante avec assurance l’hymne de ta foi. Sois béni, par le Père, par le Fils, par le Saint-Esprit.”
587.13 – Combien j’ai souffert! Pendant toute la nuit depuis 23h de jeudi 1er Mars jusqu’à 5h du matin du vendredi. J’ai vu Jésus dans une angoisse de peu inférieure à celle du Gethsémani, en particulier quand il parle de sa Mère, du traître, et quand il montre son horreur de la mort. J’ai obéi au commandement de Jésus d’écrire sur un carnet à part, pour en faire une Passion plus détaillée Une Passion plus détaillée. Effectivement, de nombreux épisodes de la Passion et de la Glorification ont été écrits deux fois. La première rédaction, plus concise mais à laquelle s'unit parfois un commentaire, est insérée, sans ce commentaire, dans le volume "Les Cahiers de 1944", puisqu'elle date de cette année-là. La seconde rédaction, plus détaillée, fait partie de cette Œuvre-ci, accompagnée de l'éventuel commentaire de la première. Il peut donc arriver, dans l'œuvre de Maria Valtorta, que la date d'une version d'un épisode (vision) soit postérieure à celle du commentaire (dictée), comme nous l'avons signalé dans une note en EMV 477.11. Un cas particulier qui concerne une vision dont seule la seconde partie a été réécrite de manière plus ample, est signalé dans une note en EMV 609.35. En EMV 18.1, une note fait la liste de certaines expressions de Maria Valtorta qui se réfèrent à des épisodes déjà écrits, mais placés plus loin: il arrive en effet que l'ordre de la rédaction ne corresponde pas à celui de la narration. Néanmoins, comme de nombreux épisodes de la Passion et de la Glorification ont été écrits deux fois et à un grand intervalle de temps, certaines de ces expressions pourraient faire référence à la première version, c'est-à-dire la plus concise, qui ne fait pas partie de l'Œuvre. Ainsi, nous signalons le passage en EMV 107.1 (du 13 février 1945) où l'écrivain reconnaît en Jeanne, femme de Kouza, la femme qui remet la bourse à Longinus sur le Calvaire. De toute évidence, Maria Valtorta fait référence, non à la vision du 26 mars 1945 qui se trouve en EMV 608.17, mais à la précédente, qui est rapportée dans le volume des "Cahiers de 1944" à la date du 18 février. Nous en aurons un autre exemple en EMV 629.1. . Vous avez vu mon visage ce matin… faible image de la souffrance que j’ai endurée… et je n’en dis pas davantage car il y a des pudeurs insurmontables.