“Qui est-ce? Dis-le-moi. Qui est-ce?”

“C’est inutile.”

“Si, c’est utile… Ah!… Ce ne peut être que lui: l’homme qui a toujours été une tache dans ton groupe, l’homme qu’il n’y a pas longtemps a offensé ma sœur. C’est Judas de Kériot!”

“Non. C’est Satan. Dieu a pris chair en Moi: Jésus. Satan a pris chair en lui: Judas de Kériot Satan a pris chair : en d'autres termes il s'est incarné doit se comprendre, ici et en EMV 600.32, non pas dans un sens physiologique (comme dans l'habituelle expression : Dieu le Verbe s'est incarné dans le sein de la Vierge Marie), mais au sens figuré de devenir concret, se personnifier. En ce sens, il n'est pas faux d'affirmer que Dieu s'est incarné en Jésus et que Satan s'est incarné en Judas Iscariote. Effectivement, de même que Jésus déclarera en EMV 600.26 : "Qui me voit voit le Père", Marie dira de Judas, en EMV 611.13 : "J'ai vu le Démon en lui.". De la même manière, on pourrait dire, comme Jésus l'affirme en EMV 37.6, qu'un ange "avait pris chair" en saint Joseph. Luc 22, 3 ; Jean 6, 70 ; Jean 13, 27 soulignent que Judas ne faisait qu'un avec le Démon. De même, l'Œuvre de Maria Valorta le déclare et l'explique en EMV 356.5, EMV 420.6, EMV 503.2, EMV 537.3, EMV 565.11, EMV 589.9, EMV 595.3, EMV 600.32. . Un jour… très lointain… ici, dans ton jardin, j’ai consolé des pleurs et j’ai excusé un esprit tombé dans la boue.

J’ai dit que la possession c’est la contagion de Satan qui inocule ses sucs dans l’être et le dénature. J’ai dit que c’est le mariage d’un esprit avec Satan et avec l’animalité ·J'ai dit, en EMV 84.5. . Mais la possession est encore peu de chose par rapport à l’incarnation. Je serai possédé par mes saints ·Je serai possédé par mes saints... : car les saints, les justes, note Maria Valtorta sur une copie dactylographiée, ont Dieu en eux, puisqu'ils ont la charité héroïque; en même temps Dieu-Jésus les possède, puisqu'ils sont tout à lui. , et eux seront possédés par Moi. Mais c’est seulement en Jésus Christ qu’est Dieu tel qu’il est au Ciel, car je suis le Dieu fait Chair. Il n’y a qu’une Incarnation divine. De même aussi dans un seul sera Satan, Lucifer, comme il est dans son royaume, car c’est seulement dans l’assassin du Fils de Dieu que Satan s’est incarné. Lui, pendant que je te parle, est devant le Sanhédrin. Il s’occupe de mon meurtre et s’y emploie. Mais ce n’est pas lui: c’est Satan.

587.4 – Maintenant écoute, Lazare, ami fidèle. Je te fais certaines requêtes. Tu ne m’as jamais rien refusé. Ton amour a été si grand que, sans enfreindre le respect, il a été toujours actif à mes côtés par mille aides, par tant d’aides prévoyantes et de sages conseils que j’ai toujours reçus, parce que je voyais dans ton cœur un vrai désir de mon bien.”

“Oh! mon Seigneur! Mais c’était ma joie de m’occuper de Toi! Que ferai-je maintenant si je n’ai plus à m’occuper de mon Maître et Seigneur? C’est trop peu, trop peu que tu m’as permis de faire!

Ma dette envers Toi, qui as rendu Marie à mon amour et à l’honneur, et qui m’as rendu la vie est telle que… Oh! pourquoi m’as-tu rappelé de la mort pour me faire vivre cette heure? Désormais toute l’horreur de la mort et toute l’angoisse de l’esprit, porté à la peur par Satan au moment de me présenter au Juge Éternel, je l’avais surmontée, et c’était l’obscurité… Qu’as-tu, Jésus? Pourquoi frémis-tu et deviens-tu plus pâle encore que tu n’étais? Ton visage est plus pâle que cette rose de neige qui languit sous la lune. Oh! Maître! Il semble que le sang et la vie t’abandonnent…”

“Je suis en fait comme quelqu’un qui meurt, les veines ouvertes. Jérusalem toute entière, et par là je veux dire “tous mes ennemis parmi les puissants d’Israël”, attache à Moi ses bouches avides et aspire ma vie et mon sang. Ils veulent faire taire la Voix qui pendant trois ans les a tourmentés, tout en les aimant… parce que toutes mes paroles, même si c’étaient des paroles d’amour, étaient une secousse qui invitait leurs âmes à se réveiller, et ils ne voulaient pas entendre cette âme qui était la leur et qu’ils avaient liée par la triple sensualité. Et non seulement les grands… Mais Jérusalem toute entière va s’acharner sur l’Innocent et vouloir sa mort… et avec Jérusalem, la Judée… et avec la Judée, la Pérée, l’Idumée, la Décapole, la Galilée, la Syro-Phénicie… Israël tout entier s’est rassemblé à Sion pour le “Passage” du Christ de la vie à la mort…

587.5 – Lazare, toi qui es mort et qui es ressuscité, dis-moi: qu’est-ce que la mort? Qu’as-tu éprouvé? De quoi te souviens-tu?”

“La mort?… Je ne me rappelle pas exactement ce que ce fut. À la grande souffrance succéda une grande langueur… Il me semblait ne plus souffrir et d’avoir seulement un profond sommeil… La lumière et le bruit devenaient de plus en plus faibles et lointains…

Mes sœurs et Maximin disent que je donnais les signes d’une âpre souffrance… Mais moi, je ne m’en souviens pas…”

“Oui. La pitié du Père émousse pour les mourants le sensorium intellectuel de sorte qu’ils souffrent uniquement dans la chair qui elle doit être purifiée par ce prépurgatoire qu’est l’agonie. Mais Moi… Et de la mort que te rappelles-tu?”

“Rien, Maître. J’ai un espace obscur dans l’esprit, un espace vide. J’ai, dans le cours de ma vie, une interruption que je ne sais comment remplir. Je n’ai pas de souvenirs. Si je regardais au fond de ce trou noir qui m’a gardé pendant quatre jours, bien que ce soit la nuit et que j’y serais comme une ombre, je sentirais sans le voir le froid humide monter de ses viscères et me souffler en face. C’est déjà une sensation. Mais si je pense à ces quatre jours, je n’ai rien. Rien. C’est le mot.”

“Oui. Ceux qui reviennent ne peuvent parler… Le mystère se dévoile graduellement pour celui qui y entre. Mais Moi, Lazare, je sais ce que je souffrirai. Je sais que je souffrirai en pleine conscience. Il n’y aura aucun adoucissement de boissons ou de langueur pour que mon agonie devienne moins atroce. Je me sentirai mourir. Déjà je le sens… Déjà je meurs, Lazare. Comme quelqu’un qui souffre d’une maladie incurable, j’ai continué de mourir pendant ces trente-trois ans. Et la mort s’est toujours plus accélérée à mesure que le temps me rapprochait de cette heure. Tout d’abord, la mort c’était de savoir que j’étais né pour être le Rédempteur. Puis, ce fut la mort de Celui qui se voit combattu, accusé, ridiculisé, persécuté, entravé… Quelle fatigue! Puis… la mort d’avoir à mes côtés de plus en plus près, jusqu’à l’avoir enlacé à Moi comme une pieuvre au naufragé, celui qui devait être pour Moi le traître. Quelle nausée! Maintenant je meurs déchiré de devoir dire “adieu” aux amis les plus chers, et à ma Mère…”

587.6 – “Oh! Maître! Tu pleures?! Je sais que tu as pleuré aussi devant mon tombeau parce que tu m’aimais. Mais maintenant… Tu pleures de nouveau. Tu es tout glacé. Tu as les mains déjà froides comme un cadavre. Tu souffres… Tu souffres trop!…”

“Je suis l’Homme, Lazare. Je ne suis pas seulement le Dieu. De l’homme j’ai la sensibilité et les affections. Et mon âme éprouve de l’angoisse quand je pense à ma Mère… Et même, je te le dis, elle est devenue tellement monstrueuse ma torture de subir le voisinage du Traître, la haine satanique de tout un monde, la surdité de ceux qui, sans haïr, ne savent pas aimer activement, car aimer activement c’est d’arriver à être tel que l’aimé le veut et l’enseigne, et au contraire, ici!… Oui, beaucoup m’aiment. Mais ils sont restés “eux”. Ils n’ont pas pris un autre “moi” par amour pour Moi. Sais-tu qui, parmi mes plus intimes, a su changer sa nature pour devenir du Christ, comme le Christ le veut? Une seule: ta sœur Marie. Elle est partie d’une animalité complète et pervertie pour atteindre une spiritualité angélique. Et cela par l’unique force de l’amour.”

“Tu l’as rachetée.”

“Je les ai tous rachetés par la parole. Mais elle seule s’est changée totalement par activité d’amour. Mais je disais: elle est tellement monstrueuse la souffrance qui me vient de toutes ces choses que je ne soupire qu’après le complet accomplissement. Mes forces plient… La croix sera moins lourde que cette torture de l’esprit et du sentiment…”

“La croix?! Non! Oh! non! C’est trop atroce! C’est trop infamant! Non!” Lazare, qui a tenu depuis un moment les mains glacées de Jésus dans les siennes, debout en face de son Maître, les laisse et il s’affaisse sur le siège de pierre qui est près de lui. Il cache son visage dans ses mains et il pleure désespérément.

587.7 – Jésus s’approche de lui, met la main sur ses épaules que secouent des sanglots, et il dit:

“Et quoi? C’est Moi qui meurs qui dois te consoler toi qui vis? Ami, j’ai besoin de force et d’aide. Et je te le demande. Je n’ai que toi qui puisses me le donner. Les autres, il est bon qu’ils ne sachent pas, car s’ils savaient… Il coulerait du sang. Et je ne veux pas que les agneaux deviennent des loups, même par amour pour l’Innocent. Ma Mère… oh! comme j’ai le cœur transpercé de parler d’elle!… Ma Mère est déjà tellement angoissée! Elle aussi est une mourante épuisée… Voilà trente-trois ans qu’elle meurt, elle aussi, et maintenant elle n’est qu’une plaie comme la victime d’un atroce supplice. Je te jure que cela a été un combat entre mon esprit et mon cœur, entre l’amour et la raison, pour décider s’il était juste de l’éloigner, de la renvoyer dans sa maison où elle ne cesse de rêver à l’Amour qui l’a rendu Mère, goûte la saveur de son baiser de feu, tressaille dans l’extase de ce souvenir, et avec les yeux de l’âme ne cesse de voir souffler l’air frappé et remué par la lueur angélique. En Galilée la nouvelle de la Mort arrivera quasi au moment où je pourrai lui dire: “Mère, je suis le Victorieux!” Mais je ne puis pas, non, je ne puis pas faire cela. Le pauvre Jésus, chargé des péchés du monde, a besoin d’un réconfort, et ma Mère me le donnera. Le monde encore plus pauvre a besoin de deux Victimes. Parce que l’Homme a péché avec la femme; et la Femme doit racheter, comme l’Homme rachète. Mais tant que l’heure ne sera pas sonnée, je donne à ma Mère un sourire assuré… Elle tremble… je le sais. Elle sent que la Torture s’approche. Je le sais. Et elle la repousse par dégoût naturel et par un saint amour, comme Moi je repousse la Mort parce que je suis un “vivant” qui doit mourir.

Mais malheur si elle savait que d’ici cinq jours… Elle n’arriverait pas vivante à cette heure, et je la veux vivante pour tirer de ses lèvres la force comme j’ai tiré la vie de son sein. Et Dieu la veut sur mon Calvaire pour mêler l’eau de ses larmes virginales au vin du Sang divin et célébrer la première Messe. Sais-tu ce que sera la Messe? Tu ne sais pas. Tu ne peux pas savoir. Ce sera ma mort appliquée perpétuellement au genre humain vivant ou souffrant. Ne pleure pas, Lazare. Elle est forte. Elle ne pleure pas. Elle a pleuré pendant toute sa vie de Mère. Maintenant elle ne pleure plus. Elle a crucifié le sourire sur son visage… As-tu vu quel visage elle a pris ces derniers temps? Elle a crucifié le sourire sur son visage pour me réconforter. Je te demande d’imiter ma Mère.

587.8 – Je ne pouvais plus garder pour Moi seul mon secret. J’ai regardé autour de Moi pour chercher un ami sincère et sûr. J’ai rencontré ton regard loyal. J’ai dit: “À Lazare”. Moi, quand tu avais un poids sur le cœur, j’ai respecté ton secret et je l’ai défendu contre la curiosité même naturelle du cœur. Je te demande le même respect pour le mien. Plus tard… après ma mort, tu en parleras. Tu parleras de cette conversation. Pour que l’on sache que Jésus est allé consciemment à la mort, et à des tortures connues et que l’on sache aussi qu’il n’avait rien ignoré ni pour les personnes ni pour son destin. Pour que l’on sache que pendant qu’il pouvait encore se sauver il ne l’a pas voulu, parce que son amour infini pour les hommes ne brûlait que de consommer son sacrifice pour eux.”

“Oh! Sauve-toi, Maître! Sauve-toi! Je peux te faire fuir, cette nuit même. Une fois aussi tu as fui en Égypte! Fuis aussi maintenant. Viens, partons. Nous prenons avec nous Marie et mes sœurs, et nous partons. Aucune de mes richesses ne me retient, tu le sais. Ma richesse et celle de Marie et de Marthe, c’est Toi. Partons.”