584 – Le sabbat qui précède l’entrée à Jérusalem. La parabole des deux lampes et celle de l’enfant difforme guéri. La souffrance de l’humanité dans les siècles futurs

26 mars 1947

Vision du mercredi 26 mars 1947

584.1 – Le temps s’est rétabli après les pluies des jours précédents, dans le ciel très pur un soleil resplendissant. La terre, nettoyée par les pluies, est pure comme l’atmosphère. Elle semble créée depuis quelques heures tant elle est fraîche et pure. Tout resplendit et tout chante dans la sérénité du matin.

Jésus se promène lentement le long des sentiers les plus écartés du jardin. Seul quelque serviteur jardinier observe cette promenade solitaire dans les premières heures du matin, mais personne ne trouble le Maître. Au contraire, ils se retirent silencieusement pour le laisser en paix.

Du reste c’est le sabbat, jour de repos et les jardiniers ne sont pas au travail. Mais par suite d’une accoutumance aussi longue que leur vie ils sont dehors pour observer les plantes, les ruches, les fleurs pour lesquels il n’y a pas de sabbat, et qui parfument, bruissent et bourdonnent au soleil et au petit vent d’avril. Puis le jardin s’anime lentement, d’abord les serviteurs de la maison et les servantes, puis les apôtres et les femmes disciples, en dernier lieu Lazare. Jésus les rejoint en leur adressant son salut.

“Depuis quand es-tu ici, Maître?” demande Lazare en secouant des gouttes de rosée des boucles des cheveux de Jésus.

“Depuis l’aurore. Tes oiseaux m’ont appelé pour louer Dieu et je suis sorti ici. Contempler Dieu dans les beautés de la Création, c’est l’honorer et prier avec l’émotion de l’esprit. Elle est belle la Terre. Et dans ces premières heures du jour, d’un jour comme celui-là, elle nous apparaît fraîche comme elle l’était dans les premières heures de sa vie.”

“C’est vraiment un temps de Pâque. Il s’est arrangé Jusqu'ici, le temps était anormalement froid et la nature en retard pour la saison. et le beau temps durera car il s’est arrangé au début de la lune avec un vent favorable” déclare Pierre.

“Cela me réjouit. La Pâque avec l’eau, c’est triste.”

“Davantage encore: elle est nuisible aux moissons. Le grain demande du soleil maintenant qu’il va vers la moisson” dit Barthélemy.

584.2 – “Je suis heureux d’être ici en paix. Aujourd’hui c’est le sabbat et il ne viendra personne, pas d’étranger parmi nous” dit André.

“Tu te trompes: il y a un hôte Voir l'arrivée de l'enfant rachitique au chapitre précédent. , un petit hôte. Il dort encore, Maître. Le lit mœlleux et l’estomac repu lui donnent un long sommeil. Je suis passé pour le voir. Noémi le veille” dit Lazare.

“Mais qui est-ce? Quand est-il venu? Qui l’a amené? Pourquoi en parles-tu comme si c’était un enfant?” demandent hommes et femmes.

“C’est un enfant, un pauvre enfant. C’est sa souffrance qui l’a amené ici. Il était là, contre les barres de la grille, regardant vers la maison. Et le Maître l’a accueilli.”

“On ne savait rien… Pourquoi?”

“Parce que l’enfant avait besoin de paix” répond Jésus, et son visage s’absorbe en une pensée profonde alors qu’il termine:

“Et dans la maison de Lazare, on sait se taire.”

Un serviteur vient dire quelque chose à Marthe et puis se retire pour revenir avec les autres qui portent des plateaux garnis d’amphores de lait et des bols, et du pain avec du beurre et du miel. Tous se servent en s’assoyant çà et là sur les sièges disséminés.

584.3 – Mais ensuite, ils décident de se grouper de nouveau autour du Maître et Lui demandent une parabole, “une belle parabole” disent-ils “sereine comme ce jour de nisan.”

“Ce n’est pas une, mais deux que je vais vous donner. Écoutez.

Un homme voulut un jour allumer deux lampes pour honorer le Seigneur dans l’une de ses fêtes. Il prit donc deux vases d’égale largeur, y mit la même quantité et la même qualité d’huile, une même mèche. Il les alluma à la même heure afin qu’elles prient à sa place pendant que lui travaillerait comme il lui était permis.

Il revint après un moment et il vit que l’une des lampes avait une vive flamme alors que l’autre avait une petite flamme tout à fait tranquille qui mettait tout juste un point lumineux dans le coin où brûlaient les lampes. L’homme pensa que sa mèche était mal faite. Il l’observa. Non, elle allait bien. Mais elle ne voulait pas brûler aussi joyeusement que l’autre lampe. Celle-ci faisait vibrer sa flamme comme une langue de feu et paraissait vraiment murmurer des paroles, tant elle était joyeuse et tant, en s’agitant pour éclairer, elle avait jusqu’à un léger murmure.

“Cette lampe chante vraiment les louanges du Seigneur Très-Haut!” se dit-il. “Alors que celle-ci! Regarde-la, mon âme! Il semble qu’il lui pèse d’honorer le Seigneur, tant elle le fait avec peu d’ardeur!” et il retourna à son travail.

Il revint après un moment. Une flamme avait encore plus monté et l’autre avait encore plus baissé et brûlait de plus en plus tranquille alors que l’autre vibrait avec plus de splendeur. Il revint une seconde fois: c’était la même chose. Une troisième fois: la même chose. Mais en venant la quatrième fois, il trouva la pièce pleine d’une fumée nauséabonde et épaisse, au travers de laquelle une seule petite flamme brillait. Il alla à l’étagère où étaient les lampes et il vit que celle qui flamboyait d’abord avec tant d’ardeur s’était totalement consumée et noircie et elle avait même souillé de sa langue la blancheur du mur. L’autre, au contraire, continuait avec sa lumière toujours égale d’honorer le Seigneur.