Joël prend la main que Jésus avait posée sur son épaule et la presse contre ses lèvres; à travers le voile fin de son couvre-chef baisers et larmes descendent sur la main de Jésus, puis il s’éloigne. Jésus va trouver Zachée:
“Où sont les tiens?”
“Ils sont restés à la fontaine, Seigneur. Je leur ai dit de rester là.”
“Va les rejoindre et rends-toi avec eux à Bethphagé où sont mes disciples les plus anciens et les plus fidèles. Dis à Isaac, leur chef, qu’ils se répandent à travers la ville pour aviser tous les groupes de disciples que le lendemain matin du sabbat, Moi, en passant par Bethphagé, vers l’heure de tierce, j’entrerai dans Jérusalem pour monter solennellement au Temple. Tu diras à Isaac que cet avis est pour les seuls disciples. Il comprendra ce que je veux dire.”
“Je le comprends aussi, Maître. Tu veux surprendre les juifs pour qu’ils ne puissent pas faire obstacle à ton entrée.”
“Oui. Exécute. Rappelle-toi que c’est une charge de confiance que je te donne. Je me sers de toi et non de Lazare.”
“Et cela me dit à quel point ta bonté pour moi est sans mesure. Je te remercie, Seigneur.”
Il baise la main du Maître et s’en va.
581.4 – Jésus se dispose à revenir près de ses hôtes, mais du portail où les derniers sont en train de sortir, poussés dehors par les serviteurs, un jeune homme se détache et court se jeter aux pieds de Jésus, en criant:
“Une bénédiction, Maître! Me reconnais-tu?” dit-il en levant son visage libre de tout voile,
“Oui, tu es Joseph dit Barnabé, le disciple de Gamaliel qui est venu à ma rencontre près de Giscala Cf. EMV 471.3. .”.
“Et je te suis depuis plusieurs jours. J’étais à Silo, venant de Giscala où j’étais allé avec le rabbi en cette période où tu étais absent, et où j’étais resté pour étudier les rouleaux jusqu’à la lune de nisan. J’étais à Silo quand tu as parlé Cf. EMV 569 et suivants. , et je t’ai suivi à Lébona et à Sichem, et je t’ai attendu à Jéricho car j’avais su que tu…”
Il s’arrête à l’improviste comme s’il s’apercevait qu’il dit quelque chose qu’il devait taire.
Jésus sourit doucement et dit:
“La vérité jaillit impétueusement des lèvres véridiques et souvent dépasse les digues que la prudence met devant la bouche, mais je vais achever ta pensée… “parce que tu avais su par Judas de Kérioth resté à Sichem que j’allais à Jéricho pour retrouver mes disciples et leur donner mes ordres”. Et tu y es allé pour m’attendre, sans te préoccuper d’être vu, de perdre du temps, et de manquer auprès de ton maître Gamaliel.”
“Il ne me le reprochera pas quand il saura que j’ai tardé pour te suivre. Je lui porterai en cadeau tes paroles…”
“Oh! le Rabbi Gamaliel n’a pas besoin de paroles. C’est le rabbi sage d’Israël!”
“Oui. Nul autre rabbi ne peut lui enseigner rien de ce qui est ancien, rien, parce qu’il sait tout de l’ancien. Mais Toi, oui. Car tu as des paroles nouvelles pleines de la fraîche vie de ce qui est nouveau. C’est comme la sève du printemps ta parole. C’est le rabbi Gamaliel qui le dit, en ajoutant que les sagesses désormais couvertes par la poussière des siècles, et par conséquent desséchées et opaques, redeviennent vivantes et lumineuses quand ta parole les explique. Oh! Je lui porterai tes paroles.”
“Et mon salut. Dis-lui qu’il ouvre son cœur, son intelligence, sa vue, son ouïe; et que la question qu’il a posée il y a plus de deux fois dix ans aura une réponse Cf. EMV 41 : Devant les docteurs du Temple, le jeune Jésus prophétise sa fin. . Va! Que Dieu soit avec toi.”
Le jeune homme se penche de nouveau pour baiser les pieds du Maître et il s’en va.
581.5 – Les serviteurs peuvent fermer définitivement le portail et Jésus peut rejoindre ses amis.
“Je me suis permis d’inviter ici, pour demain, les femmes disciples” dit Jésus en se mettant à côté de Lazare et en posant son bras sur ses épaules.
“Tu as bien fait, Seigneur. Ma maison est à Toi, tu le sais. Ta Mère a préféré habiter dans la maison de Simon et j’ai respecté son désir. Mais j’espère que tu resteras sous mon toit.”
“Oui, bien que… c’est ton toit aussi l’autre maison. Une de tes premières générosités pour Moi et pour mes amis. De combien j’ai profité, mon ami!”
“Et j’espère que tu pourras en profiter encore pendant longtemps, bien que ce mot soit erroné, Maître sage. Ce n’est pas moi qui suis généreux pour Toi car moi, je reçois de Toi. Je suis ton débiteur. Et si devant les trésors que tu m’as donnés, je dépose une piécette pour Toi, qu’est donc mon misérable cadeau, en comparaison de tes trésors? “Donnez et il vous sera donné” as-tu dit. “Une mesure foulée et tassée sera versée dans votre sein, et vous aurez le centuple de ce que vous avez donné Luc 6, 38 – Cf. EMV 171.4. ”. Tu l’as dit. Moi j’ai eu le centuple du centuple au moment où je ne t’avais encore rien donné. Oh! je me rappelle notre première rencontre Cf. EMV 84. ! Toi, Seigneur et Dieu que sont indignes d’approcher les séraphins, tu es venu vers moi qui étais seul et affligé… renfermé ici dans ma tristesse, vers l’homme qui était Lazare que tous fuyaient si j’excepte Joseph et Nicodème et mon fidèle ami Simon, qui dans sa tombe de vivant ne cessait pas de m’aimer… Tu n’as pas voulu que ma joie de te voir fût troublée par les éclaboussures corrosives du mépris du monde… Notre première rencontre! Je pourrais te dire toutes tes paroles d’alors… Que t’avais-je donné alors, quand je ne t’avais jamais vu, pour avoir de Toi, tout de suite, le centuple du centuple?”