“Quand je m’en serai allé, eux (il montre les apôtres) viendront à ma place. Et en souvenir de Moi, ils ne demanderont pas quel est celui qui demande à entrer dans le troupeau du véritable et unique Pasteur.”

“Je suis vieille, Seigneur. Je ne vivrai pas assez pour voir cela. Tu es jeune et fort, et pendant longtemps elle t’aura ta Mère, et ils te posséderont ceux qui t’aiment et qui sont de ton peuple…

568.4 – Pourquoi pleures-tu, ô Mère du Béni?” demande-t-elle, étonnée de voir tomber des larmes des yeux de la Vierge Mère.

“Je n’ai rien que ma douleur… Adieu, Marie. Que Dieu te bénisse à cause de tout ce que tu as fait pour mon Fils. Et souviens-toi que si ta douleur est grande, il n’y a pas de douleur plus grande que la mienne DOULEUR DE MARIE : Il n'y a pas de douleur plus grande que la mienne, comme en Lamentations 1, 12. Marie a dit en EMV 370.17, unir à sa propre douleur "la souffrance de toutes les mères malheureuses" et que sa douleur "est causée par la haine, non pas d'une seule personne, mais de tout un monde". Et Jésus fera contempler (en EMV 603.2/3) la souffrance infiniment grande de sa Mère à la souffrance infiniment complète du Fils, qui doit expier toutes les fautes des hommes (comme le disent EMV 375.2 et EMV 613). Dans l'œuvre de Maria Valtorta, leur souffrance continuerait mystérieusement dans la gloire céleste, comme nous l'indiquerons dans une note en EMV 634.7. , et il n’y en aura pas sur la Terre. Jamais! Souviens-toi de la douloureuse Marie de Nazareth… Adieu!” Et Marie s’en détache en pleurant après avoir embrassé la petite vieille à l’entrée de la maison pour se mettre en route parmi les femmes et avec Jean à son côté.

Jean qui lui dit, un peu courbé selon son habitude et le visage levé pour regarder Celle à laquelle il parle:

“Ne pleure pas ainsi, Marie. Si beaucoup le haïssent, beaucoup l’aiment ton Jésus. Soulage ton esprit, ô Mère, en regardant ceux qui maintenant et au cours des siècles aimeront ton Fils avec tout eux-mêmes”

Et il termine doucement, presque en murmurant pour Marie seule, qu’il guide et soutient en la tenant près du coude, pour qu’elle ne bute pas dans les pierres du petit chemin, aveuglée comme elle l’est par les larmes:

“Ce ne seront pas toutes les mères qui pourront voir leur enfant aimé… Il s’en trouvera certaines qui crieront angoissées: “Pourquoi l’ai-je conçu?”

568.5 – Jésus les rejoint, car Marie et Jean sont restés seuls, un peu en arrière des femmes disciples. Jacques d’Alphée est avec Jésus. Les autres sont en arrière, en groupe, pensifs et tristes comme le sont les femmes qui sont tout en avant. En dernier, en tas, beaucoup d’hommes d’Éphraïm qui bavardent entre eux.

“Les adieux sont toujours tristes, Maman. Surtout quand on ne sait pas que quelque chose qui finit est le commencement d’une chose plus parfaite. C’est la triste conséquence du péché, et cela restera même au-delà du pardon. Mais les hommes la supporteront avec plus de courage car ils auront Dieu pour ami.”

“Tu as raison, Jésus. Mais il y a une douleur que Dieu laisse goûter tout en étant l’Ami le plus paternel qui puisse exister. Pour moi, Il est tel. Oh! Dieu est bon! Tellement bon. Je ne voudrais pas que Jacques et Jean ni aucun autre fussent scandalisés par mes pleurs. Dieu est bon, Il a toujours été bon avec la pauvre Marie. Je me le suis dit chaque jour depuis que je sais penser. Et maintenant… maintenant je le dis à chaque heure, à chaque instant. Je le dis toujours plus à mesure que la douleur m’accable… Dieu est bon. Il t’a donné à moi: Fils affectueux et saint et capable, même seulement comme enfant, de compenser toute douleur de femme… Il t’a donné à moi, pauvre jeune fille élevée au rang de Mère de son Verbe incarné… Et cette joie de pouvoir t’appeler “Fils”, ô mon Seigneur adoré, est si grande que les larmes ne devraient pas tomber de mes cils pour n’importe quel martyre, si j’étais parfaite comme tu l’enseignes. Mais je suis une pauvre femme, mon Fils! Et tu es mon Enfant… Et… quelle est la mère qui puisse ne pas pleurer quand elle sait que son enfant est haï, et elle le sait?…

Mon Fils, secours ta servante… Certainement il y avait encore en moi de l’orgueil quand je pensais être forte… Mais alors… le temps était encore éloigné… Maintenant il est ici… Je le sens… Secours-moi, Jésus, mon Dieu! Certainement si Dieu me laisse souffrir ainsi, il y a un but de bonté pour moi. Car s’il le voulait, Il pourrait me faire souffrir seulement de ce qui arrive… Lui t’a pourtant formé ainsi dans mon sein!… Comme… Il n’est pas de comparaison pour dire comment tu as été fait… Mais Il veut que je souffre… et qu’il en soit béni… toujours. Mais Toi, Jésus, aide-moi. Aidez-moi tous… tous… car c’est une mer tellement amère, celle où je me désaltère…”

“Disons la prière, nous quatre. Nous qui t’aimons de tout notre cœur, Maman. Ici, ton Fils, et Jean et Jacques qui t’aiment comme si tu étais leur mère… “Notre Père qui es aux Cieux…” et Jésus, conduisant le petit chœur des trois voix qui le suivent en sourdine, dit toute entière l’oraison dominicale en appuyant beaucoup sur certaines phrases telles quel “que ta volonté soit faite”… “ne nous induis pas en tentation.”

Puis il dit:

“Voilà, le Père nous aidera pour faire sa volonté, même si elle est telle que notre faiblesse d’humains pense ne pouvoir l’accomplir, et Il ne nous induira pas dans la tentation de penser qu’il est moins bon, car pendant que nous boirons le calice très amer, Il nous donnera son ange pour essuyer par un réconfort céleste nos lèvres abreuvées d’amertume.”

Jésus tient par la main sa Mère qui a lutté courageusement avec ses larmes pour les refouler au fond de son cœur. À leurs côtés, près de Marie: Jean; près de Jésus: Jacques d’Alphée; les deux apôtres les regardent émus.

568.6 – Les femmes disciples se sont retournées parfois en entendant Marie pleurer et les quatre qui priaient, mais elles se sont abstenues de les rejoindre.

En arrière, les apôtres se sont demandés: “Mais pourquoi pleure-t-elle ainsi Marie?” J’ai dit les apôtres, mais je veux dire tous sauf Judas de Kérioth qui avance un peu isolé et très préoccupé, presque sombre, si bien que Thomas le remarque et dit aux autres:

“Mais qu’a Judas pour être ainsi? On dirait quelqu’un qui va à la mort!”

“Il a peut-être peur de retourner en Judée” lui répond Matthieu.

“Moi… Que t’a dit le Maître pour l’argent?” demande le Zélote.

“Rien de spécial. Il m’a dit: “Maintenant nous revenons à la première situation. Judas le trésorier et vous distributeurs des aumônes. Pour les dépenses, les disciples veulent y subvenir”. Cela ne m’a pas semblé vrai! J’en ai tant manié de l’argent que je l’ai pris en haine.”

“Et elles s’occupent bien de nous les femmes disciples. Ces sandales si bien faites. On ne dirait même pas que l’on marche en montagne. Qui sait combien elles coûtent!” dit Pierre en regardant son pied chaussé de ces sandales neuves qui protègent le talon et la pointe des pieds et soutiennent la cheville avec les fines lanières de cuir. Peut-être des caligae, sandales romaines ou d'inspiration romaine.

“C’est Marthe qui y a pensé. On voit sa main riche et prévoyante. Les autres fois on les liait aussi de cette façon, mais ces ficelles étaient un supplice. On ne perdait pas la semelle, mais on perdait la peau de la jambe…” dit André.

“Et on se blessait les doigts et les talons… Voilà pourquoi celui qui nous suit les portait toujours ainsi!” dit Pierre en montrant Judas de Kérioth.