“Mais vous, de qui l’avez-vous su?”
“De ses disciples.”
“Mes compagnons? Où?”
“Non. Aucun d’eux. D’autres. Nouveaux, car nous ne les avons jamais vus avec le Maître ni avec des anciens disciples. Et même nous avons été étonnés que Lui ait envoyé des inconnus pour dire où il était, mais ensuite aussi nous avons pensé qu’il l’avait fait parce que les nouveaux n’étaient pas connus par les juifs comme disciples.”
“Je ne sais pas ce que vous dira le Maître, Mais je vous dis que dorénavant vous ne devez ajouter foi qu’à des disciples connus. Soyez prudents. Tous ceux de cette nation savent ce qui est arrivé au Baptiste…” Jean-Baptiste a été attiré hors de la zone où il s'était réfugié puis capturé (cf. EMV 180.9).
“Tu penses que…”
“Si Jean, haï par une seule femme, fut pris et mis à mort, qu’en sera-t-il de Jésus également haï par le Palais royal et le Temple, et par les pharisiens, et les scribes, les prêtres et les hérodiens? Soyez donc vigilants pour ne pas avoir de remords… Mais le voilà qui vient. Allons à sa rencontre.”
559.4 – C’est une nuit profonde et sans lune, mais éclairée par les étoiles. Je ne pourrais dire l’heure ne voyant pas la position de la lune ni à quelle phase elle en est. Je vois uniquement que c’est une nuit sereine, Éphraïm toute entière est disparue dans le voile noir de la nuit. Le torrent lui-même est une voix, pas autre chose. Son écume et son scintillement disparaissent totalement sous la voûte verte des arbres des rives qui interdisent même cette lumière, qui n’en est pas une, qui vient des étoiles.
Un oiseau de nuit se lamente quelque part. Puis il se tait à cause d’un bruissement de feuillage et un bruit de roseaux rompus qui se rapproche de la maison en suivant le torrent et en venant du côté de la montagne. Puis une forme élancée et robuste émerge de la rive sur le sentier qui monte vers la maison. Elle s’arrête un moment comme pour s’orienter. Elle rase le mur en tâtant avec les mains. Elle trouve la porte, l’effleure et la dépasse, tourne, toujours en tâtonnant au coin de la maison, jusqu’à rejoindre l’entrée du jardin. Le visiteur nocturne l’essaie, l’ouvre, la pousse, entre. Il rase les murs qui donnent sur le jardin. Il reste perplexe devant la porte de la cuisine. Puis il poursuit jusqu’à l’escalier extérieur, le monte à tâtons et s’assoit sur la dernière marche, ombre noire dans l’ombre.
Mais là-bas, vers l’orient, la couleur du ciel nocturne: un voile noir dont on remarque seulement qu’il est tel à cause des étoiles qui le piquent, commence à changer de couleur, c’est-à-dire à prendre une couleur que l’œil arrive à percevoir comme telle: un gris d’ardoise qui paraît un brouillard épais et fumeux et qui est seulement une première clarté de l’aube qui s’avance. Et c’est lentement le miracle journalier, toujours nouveau, de la lumière qui revient.
Le visiteur qui s’était accroupi par terre, tout recouvert par un manteau foncé, remue, étend les bras, lève la tête, rejette son manteau un peu en arrière. C’est Manahen. Vêtu comme un homme quelconque, d’un lourd vêtement marron et d’un manteau assorti. Une étoffe rude de travailleur ou de pèlerin, toute unie, sans boucles ni ceinture. Un cordon de laine retient son habit à la taille. Il se lève, déploie sa stature. Il regarde le ciel où la lumière qui avance permet de voir ce qui l’entoure.
559.5 – En bas, une porte s’ouvre en grinçant. Manahen se penche sans faire de bruit pour voir qui sort de la maison. C’est Jésus qui avec précaution referme la porte et se dirige vers l’escalier. Manahen rentre un peu et s’éclaircît la gorge pour attirer l’attention de Jésus qui lève la tête et s’arrête au milieu de l’escalier.
“C’est moi, Maître. C’est Manahen. Viens vite car je dois te parler. Je t’ai attendu…” chuchote-t-il et il se penche pour le saluer.
Jésus monte les dernières marches:
“Paix à toi. Quand es-tu venu? Comment? Pourquoi?” demande-t-il.
“Je crois qu’à peine était passé le chant du coq, quand j’ai mis pied ici. Mais j’étais dans les buissons, là-bas au fond, depuis hier à la seconde veille.”
“Toute la nuit dehors!”
“Il n’y avait pas moyen de faire autrement. Je devais te parler, à Toi seul. Je devais connaître le chemin pour venir, la maison et n’être pas vu. Aussi je suis venu de jour et je me suis caché là-haut. J’ai vu s’apaiser la vie dans la ville. J’ai vu Judas et Jean rentrer à la maison, et même Jean est passé presque à côté de moi avec sa charge de bois, mais il ne m’a pas vu, car j’étais bien caché dans le fourré. J’ai vu, tant qu’il a fait assez clair pour y voir, une petite vieille qui entrait et sortait, et le feu qui brillait dans la cuisine, et je t’ai vu descendre de là-haut quand le crépuscule était déjà terminé, et la porte se fermer. Alors je suis venu à la lumière de la lune nouvelle et j’ai reconnu le chemin. Je suis même entré dans le jardin. La porte est plus inutile que s’il n’y en avait pas. J’ai entendu vos voix, mais je devais parler à Toi seul. Je suis reparti pour revenir à la troisième veille et être ici. Je sais que tu te lèves habituellement avant le jour pour prier, et j’ai espéré qu’aujourd’hui aussi tu le ferais. Je loue le Très-Haut qu’il en soit ainsi.”
559.6 – “Mais quel motif de devoir me voir avec tant de difficultés?”
“Maître, Joseph et Nicodème veulent te parler et ils ont pensé le faire de manière à esquiver toute surveillance. Ils ont essayé d’autres fois, mais Belzébuth doit aider beaucoup tes ennemis. Ils devaient toujours renoncer à venir car leur maison n’était pas laissée sans surveillance, et de même celle de Nikê. Et même la femme devait venir avant moi. C’est une femme courageuse et elle s’était mise en route seule par l’Hadomin. Mais elle fut suivie et arrêtée près de la “Montée du sang” On qualifiait de "Montée du sang" — explique Maria Valtorta sur une copie dactylographiée — un passage du mont Hadomim, en raison des crimes que les voleurs y accomplissaient. , et elle, pour ne pas trahir ta demeure et pour justifier les vivres qu’elle avait sur sa monture, dit: “Je monte chez un de mes frères qui est dans une grotte sur les monts. Si vous voulez venir, vous qui enseignez Dieu, vous ferez une œuvre sainte car il est malade et il a besoin de Dieu”. Et avec cette audace, elle les persuada de s’en aller. Mais elle n’osa plus venir ici et elle alla réellement trouver quelqu’un qu’elle dit être dans une grotte et que tu lui as confié.”
“C’est vrai. Mais comment Nikê a-t-elle pu le faire savoir aux autres?”
“En allant à Béthanie. Lazare n’y est pas, mais les sœurs y sont. Il y a Marie. Et Marie est-elle une femme à s’effrayer de quelque chose? Elle s’est habillée comme peut-être ne le fit pas Judith pour aller trouver le roi, et elle est allée au Temple, publiquement avec Sara et Noémi, et puis à son palais de Sion. Et de là elle a envoyé Noémi chez Joseph avec ce qu’il fallait dire. Et pendant… qu’astucieusement les juifs allaient chez elle ou envoyaient des gens pour… lui rendre honneur, la petite vieille Noémi, en habits négligés, allait à Bézèta chez l’Ancien Joseph d'Arimathie (Joseph l'Ancien) a une maison dans ce quartier nord de Jérusalem. . Nous nous sommes mis d’accord pour m’envoyer moi, le nomade que personne ne soupçonne quand on le voit chevaucher à toute allure de l’une à l’autre des résidences d’Hérode, ici pour te dire que la nuit entre le vendredi et le sabbat Joseph et Nicodème, venant l’un d’Arimathie l’autre de Rama avant le coucher du soleil, se rencontreraient à Goféna et qu’ils t’attendraient là. Je connais l’endroit et la route, et je viendrai ici le soir pour te conduire. À moi, tu peux te fier, mais ne te fie qu’à moi, Maître. Joseph recommande que personne ne connaisse notre rencontre. Pour le bien de tous.”
“Même le tien, Manahen?”
“Seigneur… moi, je suis moi. Mais je n’ai pas à sauvegarder des biens et des intérêts de famille comme Joseph.”
“Et cela confirme mes dires que les richesses matérielles sont toujours un fardeau… Mais dis bien à Joseph que personne ne connaîtra notre rencontre.”
“Alors je puis aller, Maître. Le soleil est levé et tes disciples pourraient se lever.”
“Va et que Dieu soit avec toi. Et même je t’accompagne pour te faire voir l’endroit où nous nous trouverons la nuit du sabbat…”
Ils descendent sans bruit et sortent du jardin pour descendre tout de suite sur les rives du torrent.