“En Samarie?!!” La stupeur est à son comble.

“En Samarie. À sa frontière, du moins. Jean aussi alla dans ces parages pour vivre jusqu’à l’heure marquée pour sa prédication du Christ. Ennon (Aenon).

“Il ne se sauva pas de cette façon!” objecte Jacques de Zébédée.

“Je ne cherche pas à me sauver, mais à sauver. Et je sauverai jusqu’à l’heure marquée. C’est vers les brebis les plus malheureuses que va le Pasteur persécuté. Pour que elles, les abandonnées, aient leur part de sagesse pour les préparer aux temps nouveaux.”

Il va de son pas rapide, après la halte qui a servi à se reposer et à respecter le sabbat, car il veut arriver avant que la nuit rende les sentiers impraticables.

551.10 - Quand ils arrivent au petit torrent qui vient d’Éphraïm et va vers le Jourdain, Jésus appelle Pierre et Nathanaël et il leur donne une bourse en disant:

“Allez en avant, et cherchez Marie de Jacob. Je me rappelle Jésus lors de son voyage pour les derniers Tabernacles était passé à Éphraïm où il avait été très bien accueilli Cf. EMV 484.1/7. que Malachie m’avait dit qu’elle était la plus pauvre de l’endroit, bien qu’elle ait une grande maison, maintenant qu’elle n’y a plus ses fils et ses filles Malachie est le nom du chef de la synagogue d'Ephraïm, comme nous le verrons en EMV 552.5 et par la suite. Il s'agit du notable rencontré en EMV 484.1/2. .

Nous resterons chez elle. Donnez-lui une bonne somme pour qu’elle nous loge tout de suite sans faire mille discours. Vous connaissez la maison. Cette grande maison ombragée par quatre grenadiers, qui est presque près du pont sur le torrent.”

“Nous la connaissons, Maître. Nous allons faire comme tu dis.”

Ils s’en vont vivement et Jésus les suit lentement avec les autres.

De la cuvette que le torrent divise en deux moitiés on voit le village qui blanchit aux dernières lueurs du jour et aux premières clartés de la lune. Il n’y a pas âme qui vive quand ils arrivent à la maison déjà toute blanchie par la lune. Seul le torrent se fait entendre dans le silence du soir. Quand on se retourne en arrière et qu’on regarde l’horizon on voit une grande partie du ciel étoilé qui se penche sur une grande étendue de terrains dévalant vers la plaine déserte qui descend au Jourdain. Une paix profonde règne sur la Terre.

Ils frappent à la porte. Pierre ouvre:

“Tout est fait, Seigneur. La vieille femme a pleuré en se voyant donner de l’argent. Elle n’avait plus la moindre pièce. Je lui ai dit: “Ne pleure pas, femme. Où est Jésus de Nazareth il n’y a plus de douleur”. Elle m’a répondu: “Je le sais. J’ai souffert pendant toute ma vie et maintenant j’étais vraiment aux limites de la souffrance. Mais le Ciel s’est ouvert pour moi sur mon soir et il m’amène l’Étoile de Jacob pour me donner la paix”. Maintenant elle est à côté qui prépare les pièces fermées depuis si longtemps. Hum! c’est bien peu, mais la femme paraît très bonne. La voilà!

551.11 - Femme! Le Rabbi est ici!”

Se présente une petite vieille amaigrie, aux doux yeux mélancoliques. Elle s’arrête confuse, à quelques pas de Jésus. Elle est intimidée.

“Paix à toi, femme. Je ne te dérangerai pas beaucoup.”

“Moi… je voudrais… je voudrais que tu me marches sur le cœur pour te rendre plus douce l’entrée dans ma pauvre maison. Entre, Seigneur, et que Dieu entre avec Toi.”

Elle a repris son souffle et de la hardiesse sous la lumière du regard de Jésus.

Ils entrent tous et ferment la porte. La maison est vaste comme une hôtellerie et vide comme un endroit abandonné. Seule la cuisine est gaie, à cause d’un feu qui flambe dans le foyer au milieu de la pièce.

Barthélemy, qui était en train d’alimenter le feu, se retourne et dit en souriant:

“Réconforte cette femme, Maître. Elle est affligée de ne pas pouvoir t’honorer.”

“Ton cœur me suffit, femme. Ne te soucie de rien. Demain nous aviserons. Je suis un pauvre, Moi aussi. Apportez-lui les provisions. Entre pauvres, on partage le pain et le sel, sans honte et avec un amour fraternel. Pour toi, femme, c’est un amour filial, car tu pourrais être ma mère, et je t’honore comme telle…”

La femme verse des larmes silencieuses de vieille femme affligée en essuyant ses yeux à son voile et elle murmure:

“J’avais trois garçons et sept filles. Un garçon a été emporté par le torrent et un autre par la fièvre. Le troisième m’a abandonnée. Cinq des filles ont pris le mal du père, et elles sont mortes. La sixième est morte en enfantant et la septième… Ce que la mort n’a pas fait le péché l’a fait. Dans ma vieillesse, je ne suis pas honorée par mes enfants et cela me fait si… Dans le village, ils sont bons… Mais pour la pauvre femme… Toi, tu es bon pour la mère…”

“J’ai une Mère, Moi aussi. Et en toute femme qui est mère, j’honore la mienne. Mais ne pleure pas. Dieu est bon. Aie foi, et les enfants qui te restent pourront revenir vers toi un jour. Les autres sont en paix…”

“Je pense que c’est un châtiment parce qu’ils sont de cet endroit…”

“Aie foi. Dieu est plus juste que les hommes…”

Reviennent les apôtres qui étaient allés dans les pièces avec Pierre. Ils apportent les vivres. Ils réchauffent l’agneau rôti par Nikê et l’apportent sur la table. Jésus offre et bénit et il veut que la petite vieille soit avec eux, au lieu de rester dans son coin à manger la chicorée de son souper…

L’exil aux confins de la Judée est commencé…