“Il n’y a pas de quoi rire. Tant qu’il a dit: “J’ai des brebis malades et si elles meurent, je suis ruiné” j’ai eu pitié de lui. C’est comme si pour nous pêcheurs, la barque devenait vermoulue. On ne peut pêcher ni manger, et tout le monde a le droit de manger. Mais quand il a dit:“Et je les veux saines car je veux devenir riche et étonner le village avec la dot que je ferai à Esther et la maison que je me construirai”, alors je suis devenu mauvais. Je lui ai dit:“Et c’est pour cela que tu as fait une si longue route? Tu ne penses qu’à la dot et à la richesse et à tes brebis? Tu n’as pas une âme?” Il m’a répondu:“Pour elle, j’ai le temps. Pour l’instant je me préoccupe davantage des brebis et des noces car c’est un bon parti pour Esther, et elle commence à vieillir”. Alors, voilà, si ce n’était que je me rappelais que Jésus dit que l’on doit être miséricordieux avec tout le monde, il était frais! Je lui ai parlé vraiment entre tramontane et sirocco Sans doute une expression populaire pouvant dire qu'il a soufflé le chaud (sirocco) et le froid (Tramontane). …”

“Et il semblait que tu n’allais plus en finir. Tu ne prenais pas le temps de souffler. Les veines de ton cou s’étaient gonflées et tendues comme deux baguettes” dit Jacques de Zébédée.

“Le berger était parti depuis un bon moment et toi, tu continuais de prêcher. Heureusement que tu dis que tu ne sais pas parler aux gens!” ajoute Thomas, et il l’embrasse en disant; “Pauvre Simon! Quelle grosse colère tu as prise!”

“Mais n’avais-je pas raison, peut-être? Qu’est-il le Maître? Le faiseur de fortunes de tous les sots d’Israël? Le paranymphe des mariages d’autrui, peut-être?”

“Ne te fâche pas, Simon. Le poisson va te faire mal si tu le manges avec ce poison” plaisante Matthieu, débonnaire.

“Tu as raison. Je sens en tout la saveur qu’ont les banquets dans les maisons des pharisiens quand je mange mon pain avec crainte et la viande avec colère.”

Tout le monde rit. Jésus sourit et se tait.

547.4 – Ils sont à la fin du repas. Repus de nourriture et contents de la chaleur, ils restent un peu somnolents autour de la table. Ils parlent moins aussi, quelques-uns sommeillent. Thomas s’amuse à dessiner avec son couteau une branche fleurie sur le bois de la table.

Ils sont réveillés par la voix de Jésus qui desserrant les bras qu’il tenait croisés sur le bord de la table et présentant les mains comme fait le prêtre quand il dit: “Dominus vobiscum (Le Seigneur soit avec vous)”, dit:

“Et pourtant, il faut partir!”

“Où, Maître? Chez l’homme aux brebis?” demande Pierre.

“Non, Simon, Chez Lazare. Nous retournons en Judée Ils sont sur la rive jordanienne du Jourdain, donc en Pérée. .”

“Maître, rappelle-toi que les juifs te haïssent!” s’écrie Pierre.

“Ils voulaient te lapider, il n’y a pas si longtemps” dit Jacques d’Alphée.

“Mais, Maître, c’est une imprudence!” s’écrie Matthieu.

“Tu ne te soucies pas de nous?” demande l’Iscariote Les apôtres craignent pour Jésus, sauf Judas qui craint pour sa personne. .

“Oh! mon Maître et frère, je t’en conjure au nom de ta Mère, et au nom aussi de la Divinité qui est en Toi: ne permets pas que les satans mettent la main sur ta personne pour étouffer ta parole. Tu es seul, trop seul, contre tout un monde qui te hait et qui sur la Terre est puissant” dit le Thaddée.

“Maître, protège ta vie! Qu’adviendrait-il de nous, de tous, si nous ne t’avions plus?”

Jean, bouleversé, le regarde avec les yeux dilatés d’un enfant effrayé et affligé.

Pierre, après sa première exclamation, s’est tourné pour parler avec animation avec les plus âgés et avec Thomas et Jacques de Zébédée. Ils sont tous de l’avis que Jésus ne doit pas retourner près de Jérusalem, au moins tant que le temps pascal ne rend pas plus sûr son séjour là-bas car, disent-ils, la présence d’un très grand nombre de fidèles du Maître, venus pour les fêtes pascales de tous les points de la Palestine, sera une défense pour le Maître. Personne de ceux qui le haïssent n’osera le toucher quand tout un peuple sera serré affectueusement autour de Lui… Et ils le Lui disent, avec angoisse, le Lui imposant presque… L’amour les fait parler.

547.5 – “Paix! Paix! La journée n’est-elle pas peut-être de douze heures? Si quelqu’un marche de jour, il ne trébuche pas car il voit la lumière de ce monde; mais s’il marche de nuit, il trébuche, car il n’y voit pas. Je sais ce que je me fais car j’ai la Lumière en Moi. Vous, laissez-vous guider par celui qui voit. Et puis sachez que tant que ce n’est pas l’heure des ténèbres, rien de ténébreux ne pourra arriver.

Quand ensuite ce sera cette heure, aucun éloignement ni aucune force, même pas les armées de César, ne pourront me sauver des juifs. Car ce qui est écrit doit arriver et les forces du mal travaillent déjà en secret pour accomplir leur œuvre. Laissez-moi donc faire, et faire du bien tant que je suis libre de le faire. L’heure viendra où je ne pourrai remuer un doigt ni dire une parole pour opérer le miracle. Le monde sera vide de ma force. Heure redoutable de châtiment pour l’homme. Pas pour Moi. Pour l’homme qui n’aura pas voulu m’aimer.

Heure qui se répétera, par la volonté de l’homme qui aura repoussé la Divinité jusqu’à faire de lui-même un sans Dieu, un disciple de Satan et de son fils maudit. Heure qui viendra quand sera proche la fin de ce monde. La non-foi devenue maîtresse souveraine rendra nulle ma puissance de miracle. Ce n’est pas que je puisse la perdre, mais c’est que le miracle ne peut être accordé là où il n’y a pas de foi ni de désir de l’obtenir, là où on ferait du miracle un objet de mépris et un instrument au service du mal, en se servant du bien obtenu pour faire un plus grand mal. Maintenant je puis encore faire le miracle, et le faire pour donner gloire à Dieu.

547.6 – Allons donc chez notre ami Lazare qui dort. Allons l’éveiller de ce sommeil afin qu’il soit frais et dispos pour servir son Maître.”

“Mais, s’il dort, c’est bien. Il va finir de guérir. Le sommeil est déjà un remède. Pourquoi l’éveiller?” Lui fait-on remarquer.