Tous sont d’accord. Mais Jésus intervient:
“Jean n’y est pas. Vous feriez la route pour rien. Vous pouvez aller à Nobé, mais pas chez Jean.”
“Vous pouvez! Et toi, tu ne peux pas?”
“Je ne veux pas, Simon de Jonas. J’ai déjà où aller pour ces soirs des Encénies. Mais, Moi absent, vous pouvez être tranquilles n’importe où. C’est pour cela que je vous dis: allez où vous voulez. Je vous bénis. Je vous rappelle de rester unis de corps et d’esprit, soumis à Pierre votre chef, mais pas comme à un maître, plutôt comme à un frère aîné. Dès que Lévi sera de retour avec mon sac nous nous séparerons.”
“Cela non, mon Seigneur! Te laisser aller seul, jamais de la vie!” s’exclame Pierre.
“Toujours, si je le veux, Simon de Jonas. Mais ne crains pas. Je ne resterai pas en ville. Personne, à moins d’être ange ou démon, ne découvrira mon abri.”
“C’est bien. Comme il y a trop de démons qui te haïssent. Moi, je te dis que tu n’iras pas seul!”
“Il y a aussi des anges, Simon. Et Moi, j’irai.”
“Mais où? Mais dans quelle maison puisque tu as refusé les meilleures ou volontairement ou par suite des circonstances?! Tu n’iras certainement pas, en cette saison, dans une grotte sur les monts?”
“Et s’il en était ainsi? Ce serait toujours moins glacial que les cœurs des hommes qui ne m’aiment pas” dit Jésus comme s’il se parlait à Lui-même, en baissant la tête pour cacher une larme qui brille dans ses yeux.
538.3 – “Voici Lévi. Il vient en courant” dit André qui regarde du bord de la route.
“Alors donnons-nous la paix et séparons-nous. Si vous voulez aller à Nobé, vous avez juste le temps avant le coucher du soleil.”
Lévi arrive tout essoufflé:
“Ils te cherchent partout, Maître… Me l’ont dit ceux qui t’aiment… Ils ont été dans de nombreuses maisons surtout de pauvres gens…”
“T’ont-ils vu?” demande Jacques de Zébédée.
“Bien sûr. Ils m’ont même arrêté. Mais moi, qui le savais déjà, j’ai dit: “Je vais à Gabaon” et je suis sorti par la Porte de Damas et j’ai couru derrière les murs… Je n’ai pas menti, Seigneur, car eux et moi, nous allons à Gabaon après le sabbat. Cette nuit, nous resterons dans les campagnes de la cité de David… Ce sont des jours de souvenir pour nous…”
Et il regarde Jésus avec un sourire angélique sur son visage viril et barbu, un souvenir qui réveille dans ses traits l’enfant de la nuit lointaine L'enfant de cette nuit lointaine, en EMV 30.2/3.6. .
“C’est bien. Allez, vous aussi et vous de même, j’irai Moi aussi. Chacun par son chemin. Vous me précéderez dans le village de Salomon Dans le village de Salomon, c'est-à-dire de l'autre côté du Jourdain, comme dans le passage de Jean 10,40-42, qui comble un vide du récit valtortien. où je serai dans quelques jours. Et avant de vous quitter, je vous répète les paroles que je vous ai dites avant de vous envoyer deux par deux à travers les villes Cf. EMV 265. : ‘Allez, prêchez, annoncez que le Royaume de Dieu est très proche. Guérissez les malades, purifiez les lépreux, ressuscitez les morts de l’esprit et de la chair en leur imposant en mon Nom la résurrection de l’esprit, la recherche de Moi qui est la Vie, ou la résurrection de la mort.
Et ne vous enorgueillissez pas de ce que vous faites. Évitez les disputes entre vous et avec ceux qui ne nous aiment pas. N’exigez rien pour ce que vous faites. Allez plutôt parmi les brebis perdues de la maison d’Israël que parmi les gentils et les samaritains, et cela non par aversion mais parce que vous n’êtes pas encore à même de pouvoir les convertir. Donnez ce que vous avez sans vous préoccuper du lendemain. Faites tout ce que vous m’avez vu faire, et dans un esprit semblable au mien. Voilà, je vous donne le pouvoir de faire ce que je fais, et que je veux que vous fassiez pour que Dieu soit glorifié.”
Il souffle sur eux, les embrasse un par un et les congédie.
538.4 – Tous s’éloignent à regret, en se retournant plusieurs fois. Lui les salue de la main jusqu’à ce qu’il les voie tous partis, puis il descend dans le lit du Cédron, parmi les buissons. Il s’assoit sur un rocher de la rive près de l’eau qui bouillonne. Il boit de cette eau claire et certainement glaciale. Il se lave le visage, les mains, les pieds, puis il reprend ses vêtements et revient s’asseoir. Il réfléchit… Et il ne s’aperçoit pas de ce qui arrive autour. En effet l’apôtre Jean, qui s’était déjà éloigné avec ses compagnons, revient seul et l’imite en se cachant dans un buisson épais…
Jésus reste là quelque temps, puis il se lève, met son sac en bandoulière et en suivant le Cédron, parmi les buissons, il arrive au puits de En Rogel et puis il tourne vers le sud-ouest pour prendre la route de Bethléem. Jean, à une centaine de mètres en arrière, le suit tout emmitouflé dans son manteau, pour n’être pas reconnu.
Ils marchent sans arrêt le long des chemins dépouillés par l’hiver. Jésus, de son long pas, dévore la route. Jean le suit non sans peine parce qu’il doit être prudent pour n’être pas découvert. Par deux fois Jésus s’arrête et se retourne. La première fois en passant près de la petite colline où Judas alla pour parler avec Caïphe et compagnie Cf. EMV 535.7. , la seconde fois près d’un puits où il s’assoit et grignote un peu de pain en buvant ensuite à l’amphore d’un homme. Puis il reprend sa marche, alors que le soleil descend, descend, descend… et qu’arrive le crépuscule. Il arrive au tombeau de Rachel quand la dernière rougeur du couchant s’éteint en une traînée de violet. Le ciel, vers l’occident, semble une tonnelle de glycines en fleurs alors qu’à l’orient il a déjà le pur cobalt d’un froid firmament hivernal d’orient et déjà les premières lueurs des étoiles apparaissent aux plus lointaines limites du ciel.
Jésus se hâte pour être en place avant que la nuit soit complète. Mais, arrivé à un point élevé d’où l’on voit toute la petite ville de Bethléem, il s’arrête, regarde, soupire… Puis il descend rapidement. Il n’entre pas dans la ville, il en contourne les dernières maisons et il va tout droit aux ruines de la maison ou tour de David, à l’endroit où il est né. Il passe le ruisseau qui coule près de la grotte. Il met le pied sur le petit espace couvert de feuilles sèches… Il jette un coup d’œil à l’intérieur. Il n’y a personne. Il entre…
Jean reste plus en deçà, prudemment, pour n’être ni entendu ni vu. Il fouille, il regarde. Plutôt à tâtons qu’avec la vue, il trouve une autre des étables en ruines. Il y entre à son tour et fait de la lumière dans un coin. Il y a un peu de paille, une litière sale, quelques branches, du foin dans la mangeoire.