“Vous avez préparé les cœurs à la foi dans le miracle. Vous avez donc avec Moi et comme Moi aidé à guérir et consoler. Si vous saviez comme je me réjouis de vous associer à Moi en toutes mes œuvres! Ne vous rappelez-vous pas les paroles de Jean de Zacharie, mon cousin: “Il faut que Lui croisse et que moi je diminue”? Il le disait justement car tout homme, si grand qu’il soit, fût-ce même Moïse et Élie, s’assombrit comme une étoile enveloppée par les rayons du soleil à l’apparition de Celui qui vient des Cieux et qui est plus que tout homme parce qu’il est Celui qui vient du Père très Saint.

Mais Moi aussi, fondateur d’un Organisme qui durera autant que les siècles et qui sera saint comme son Fondateur et Chef, d’un Organisme qui durera pour me représenter, et sera une seule chose avec Moi, de même que les membres et le corps de l’homme sont une seule chose avec la tête qui les domine, Moi je dois dire: “Il faut que ce corps s’illumine et que Moi je perde mon éclat”. Vous devrez me continuer. Moi, bientôt, je ne serai plus parmi vous, ici sur la Terre, ici matériellement, pour diriger mes apôtres, les disciples et ceux qui me suivent… Je serai, cependant, spirituellement avec vous, toujours, et vos esprits sentiront mon Esprit, recevront ma Lumière. Mais vous devrez paraître, en première ligne, lorsque je serai retourné là d’où je suis venu. C’est pour cela que je m’applique graduellement à vous préparer à paraître les premiers. Vous me faites observer parfois; “Tu nous envoyais davantage les premiers temps”. Vous deviez être connus. Maintenant que vous l’êtes, maintenant que pour ce petit coin de la Terre vous êtes déjà “les Apôtres”, je vous garde toujours unis à Moi, participant à toute mon action, de façon que le monde dise: “Lui les a associés aux œuvres qu’il accomplit, parce qu’ils resteront après Lui pour le continuer”. Oui, mes amis. Vous devez être toujours plus en avant, devenir plus éclairés, me continuer, être Moi, pendant que Moi, comme une mère qui lentement cesse de soutenir son petit enfant qui a appris à marcher, je me retire… Il ne doit pas être brusque le passage de Moi à vous. Les petits du troupeau, les humbles fidèles en seraient effrayés. Je les passe doucement de Moi à vous, pour qu’ils n’aient pas l’impression d’être seuls, même un seul moment. Et vous, aimez-les, tellement, comme Moi je les aime. Aimez-les en souvenir de Moi, comme je les ai aimés…”

536.9 – Jésus se tait en se perdant dans une de ses pensées intimes. Et il en sort seulement quand, un peu en dehors de Béthanie, il rencontre les autres apôtres venus par l’autre chemin. Réunis, ils continuent vers la maison de Lazare. Jean dit qu’ils sont déjà attendus car les serviteurs les ont vus et il dit que Lazare est très malade.

“Je le sais. C’est pour cela que je vous ai dit que nous resterons dans la maison de Simon Celle de Simon le Zélote, l'apôtre. . Mais je n’ai pas voulu m’éloigner sans le saluer encore une fois.”

“Mais pourquoi ne le guéris-tu pas? Ce serait si juste. Tes meilleurs serviteurs, tu les laisse tous mourir. Moi, je ne comprends pas…” dit l’Iscariote toujours audacieux, même dans ses meilleurs moments.

“Ce n’est pas nécessaire que tu comprennes à l’avance.”

“Oui. Ce n’est pas nécessaire. Mais sais-tu ce que disent tes ennemis? Que tu guéris quand tu peux, pas quand tu veux, que tu protèges quand tu peux… Ne sais-tu pas que ce vieillard de Terça (Tecua) est déjà mort? Et mort assassiné?”

“Mort? Qui? Éli-Anna? Comment?” demandent-ils tous, agités.

Seulement Pierre demande:

“Et comment le sais-tu?”

“Je l’ai su par hasard tout à l’heure dans la maison où j’ai été, et Dieu sait que je ne mens pas. Il paraît que c’est un voleur, descendu en qualité de marchand, qui au lieu de payer la place l’a tué…”

“Pauvre vieux! Quelle vie malheureuse! Quelle triste mort! Tu ne parles pas, Maître?” disent plusieurs.

“Il n’y a rien à dire hormis que le vieillard a servi le Christ jusqu’à sa mort. S’il pouvait en être ainsi de tous!”

“Dis un peu, fils d’Alphée, mais n’est-ce pas peut-être comme tu disais, hein?” demande Pierre au Thaddée.

“C’est possible. Un fils qui par haine chasse son père, et pour une haine de cette nature, peut être capable de tout. Mon Frère, elles sont bien vraies tes paroles: “Et le frère sera contre son frère et le père contre ses fils En EMV 265.8.

“Oui. Et qui agira ainsi croira servir Dieu. Yeux aveugles, cœurs endurcis, esprits sans lumière. Et pourtant vous devrez les aimer” dit Jésus.

“Mais comment ferons-nous pour aimer ceux qui nous traiteront ainsi? Ce sera beaucoup si nous ne réagissons pas et si nous supportons leurs actions avec résignation…” s’écrie Philippe.

“Je vous donnerai un exemple qui vous instruira. En son temps. Et si vous m’aimez, vous ferez ce que je ferai.”

536.10 – “Voici Maximin et Sarah. Lazare doit être bien mal, si les sœurs ne viennent pas à ta rencontre!” observe le Zélote.

Les deux accourent et se prosternent. Même sur leurs visages, dans leurs vêtements, c’est l’aspect abattu qu’imprimé la douleur et la lassitude aux membres des familles où on lutte contre la mort. Ils disent simplement:

“Maître, viens…” mais avec un air si affligé qu’il vaut plus qu’un long discours. Et ils conduisent tout de suite Jésus à la porte du petit appartement de Lazare, alors que les autres serviteurs s’occupent des apôtres.

Au léger coup donné à la porte, Marthe accourt et l’entrouvre en passant dans l’entrebâillement son visage amaigri et pâle:

“Maître! Viens. Béni que tu es!”

Jésus entre, traverse la pièce qui précède celle du malade, et entre dans la pièce elle-même. Lazare dort, Lazare? Un squelette, une momie jaunâtre qui respire… C’est déjà une tête de mort son visage, et dans le sommeil est encore plus visible sa destruction qui en fait déjà une tête décharnée par la mort. La peau cireuse et tirée brille aux angles pointus des pommettes, des mâchoires, sur le front, sur les orbites tellement creusées qu’elles paraissent sans yeux, sur le nez tranchant qui semble s’être allongé sans mesure tant est annulé le contour des joues. Les lèvres sont pâles au point de disparaître, et il semble qu’elles ne puissent se fermer sur les deux rangées de dents à moitié découvertes, entrouvertes… déjà un visage de mort.

536.11 – Jésus se penche pour regarder. Il se redresse, regarde les deux sœurs qui le regardent avec toute leur âme concentrée dans leurs yeux, âme douloureuse, âme pleine d’espoir. Il leur fait un signe et sans bruit retourne dehors dans la petite cour qui précède les deux pièces. Marthe et Marie le suivent. Elles ferment la porte derrière elles.

Seuls, les trois entre les quatre murs, en silence, sous le ciel bleu, ils se regardent. Les sœurs ne savent même plus demander, ne savent même plus parler.

Mais Jésus parle:

“Vous savez qui je suis. Moi je sais qui vous êtes. Vous savez que je vous aime. Moi, je sais que vous m’aimez. Vous connaissez ma puissance. Moi, je connais votre foi en Moi. Vous savez aussi, toi particulièrement Marie, que plus on aime et plus on obtient.

C’est aimer que de savoir espérer et croire au-delà de toute mesure et de toute réalité qui puisse démentir la foi et l’espérance. Eh bien, pour tout cela, Moi je vous dis de savoir espérer et croire en dépit de toute réalité contraire. Vous me comprenez? Je dis: sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire. Je ne puis m’arrêter que quelques heures. Le Très-Haut sait combien, comme Homme, je voudrais m’arrêter, ici avec vous, pour l’assister et le consoler, vous assister et vous réconforter. Mais comme Fils de Dieu, je sais qu’il est nécessaire que je m’en aille, que je m’éloigne… Que je ne sois pas ici quand… vous me désirerez plus que l’air que vous respirez. Un jour, bientôt, vous comprendrez les raisons qui maintenant pourront vous paraître cruelles. Ce sont des raisons divines. Douloureuses pour Moi Homme, comme pour vous. Douloureuses maintenant. Maintenant, parce que vous ne pouvez en embrasser la beauté et la sagesse, et Moi je ne puis vous le révéler. Quand tout sera accompli, alors vous comprendrez et vous jouirez… Écoutez. Quand Lazare sera… mort. Ne pleurez pas ainsi! Alors faites-moi appeler tout de suite, Et, en attendant, occupez-vous des funérailles et invitez beaucoup de gens, comme il convient pour Lazare et pour votre maison. Lui, c’est un grand juif. Peu l’estiment pour ce qu’il est. Mais lui en dépasse beaucoup aux yeux de Dieu… Je vous ferai savoir où je suis pour que vous puissiez toujours me trouver.”

“Mais pourquoi n’être pas ici, au moins à ce moment-là? Nous nous résignons, oui, à sa mort… Mais Toi… Mais Toi… Mais Toi…”

Marthe sanglote, ne pouvant rien dire d’autre, étouffant ses pleurs dans ses vêtements…

Marie, au contraire, regarde Jésus, fixement, fixement, comme hypnotisée… et elle ne pleure pas.

“Sachez obéir, sachez croire, espérer… sachez dire toujours oui à Dieu… Lazare vous appelle… Allez. Maintenant je vais venir… Et si je n’ai plus la possibilité de vous parler à part, rappelez-vous ce que je vous ai dit.”

Et alors qu’elles rentrent en toute hâte, Jésus s’assoit sur un banc de pierre et il prie.